NEW YORK, lundi 19 octobre 2026 (RHINEWS) – Les violences des gangs continuent de s’étendre aux zones rurales haïtiennes malgré l’intensification des opérations de sécurité, tandis que les élections présidentielle et législatives, initialement prévues le 13 décembre, sont reportées à une date indéterminée. Réuni lundi sur la situation en Haïti, le Conseil de sécurité des Nations unies a été alerté sur les conséquences de cette insécurité pour la population et pour le rétablissement des institutions démocratiques.
Entre juillet et début octobre, 1 123 personnes ont été tuées et 440 blessées dans des violences liées aux gangs, selon le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU présenté au Conseil. Les groupes armés multiplient les prises d’otages, les intimidations et les représailles contre les habitants pour maintenir leur emprise territoriale et contester l’autorité de l’État.
« Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est la capacité des gangs à adapter leurs tactiques à mesure que les opérations de sécurité s’intensifient », a déclaré Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH).
L’attaque menée les 23 et 24 août à Kenscoff, commune montagneuse située au sud-est de Port-au-Prince, illustre cette stratégie, selon les éléments présentés. Au moins 47 personnes ont été tuées, 22 blessées et 52 prises en otage. Treize des personnes enlevées ont ensuite été libérées grâce à des initiatives locales soutenues par l’ONU.
Dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, 241 personnes ont été tuées pour avoir prétendument résisté aux gangs. Des attaques ont également été signalées à Saint-Michel-de-l’Attalaye, à Marigot et à Léogâne, témoignant de l’extension des violences au-delà des principaux foyers urbains. Les groupes armés s’en prennent aux terres agricoles, aux habitations et aux infrastructures publiques.
Le rapport fait aussi état de violences sexuelles à grande échelle. En juillet et août, 689 femmes et filles auraient été violées par des membres de gangs. Parmi elles, 87 % auraient subi des viols collectifs.
Les opérations des forces de sécurité contribuent également au bilan humain. Selon le rapport, elles sont à l’origine de 52 % des personnes tuées ou blessées depuis le début de juillet, soit 808 personnes. Parmi ces victimes, 148 n’étaient pas associées aux gangs.
Face à la persistance des attaques, la Force de répression des gangs (FRG), qui bénéficie d’un soutien logistique des Nations unies, poursuit son déploiement. Au 12 octobre, elle comptait 1 563 membres en uniforme, sur un effectif de 5 550 autorisé par le Conseil de sécurité. Elle a notamment établi une base dans l’Artibonite, étendant sa présence au-delà de la capitale.
Les groupes armés conservent toutefois une capacité de riposte. Dimanche 18 octobre, un véhicule blindé transportant des militaires salvadoriens de la force a été attaqué à Croix-des-Bouquets, dans l’agglomération de Port-au-Prince. Selon des informations de presse évoquées dans le compte rendu, quatre militaires étaient toujours portés disparus lundi.
Pour Carlos Ruiz Massieu, les opérations visant à reprendre les territoires contrôlés par les gangs doivent s’accompagner du rétablissement durable de la présence de l’État et de programmes de désarmement et de réinsertion, notamment pour les enfants recrutés par les groupes armés.
« L’expérience a montré que les seules opérations de sécurité ne peuvent apporter une stabilisation durable », a-t-il averti.
Cette insécurité compromet également l’organisation des élections censées permettre la sortie de la transition. Les scrutins présidentiel et législatifs prévus le 13 décembre ont été reportés, sans qu’une nouvelle date ait été fixée. Haïti n’a plus organisé d’élections depuis 2016.
Des avancées ont néanmoins été enregistrées dans les préparatifs. Selon M. Ruiz Massieu, plus de 35 partis et regroupements politiques ainsi que 3 500 candidats se sont enregistrés.
L’inscription des électeurs demeure cependant limitée. Au 5 octobre, 759 257 électeurs potentiels figuraient sur les listes, pour un corps électoral estimé à 6,5 millions de personnes. Les déplacements massifs de population et les difficultés d’accès aux territoires affectés par les violences compliquent davantage l’organisation du vote.
« Fixer de nouvelles dates pour les élections sans une évaluation réaliste de leur faisabilité ne fera qu’éroder la confiance de la population et la crédibilité des institutions haïtiennes », a prévenu le chef du BINUH.
À ces difficultés sécuritaires et politiques s’ajoute une crise humanitaire persistante. Près de 1,5 million de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, dont plus de 740 000 enfants.
L’économie haïtienne devrait, par ailleurs, se contracter pour la septième année consécutive, tandis que le plan humanitaire des Nations unies pour 2026 n’est financé qu’à hauteur d’environ la moitié des besoins.
Les échanges au Conseil de sécurité ont ainsi mis en évidence les obstacles qui continuent de peser sur la sortie de crise : protéger les populations, rétablir la présence de l’État dans les territoires touchés par les violences et réunir les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles.

