- PORT-AU-PRINCE, dimanche 27 juillet 2025 (RHINEWS) – Dans un contexte de crise humanitaire aggravée, l’Église catholique haïtienne lance un cri d’alarme face à l’effondrement général des institutions et à la souffrance croissante de la population. Dans une déclaration publiée le mardi 23 juillet, la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) dénonce la perte de justice, d’ordre, de sécurité et d’accès aux besoins les plus élémentaires.
« Nous assistons à la décomposition de la société et à la désintégration des institutions censées la soutenir », ont écrit les évêques haïtiens. « L’État ne garantit plus la sécurité, ni la justice, ni même les besoins essentiels de la vie. » Le texte évoque une population « déplacée, humiliée, appauvrie, blessée dans son corps et dans son âme », face à laquelle les autorités semblent impuissantes.
Depuis le début de l’année 2025, plus de 3 000 personnes ont été tuées dans des violences armées selon les Nations Unies, tandis que 129 000 enfants devraient nécessiter une aide nutritionnelle vitale d’ici la fin de l’année. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) signale déjà 21 500 admissions pour malnutrition aiguë chez des enfants, et les pénuries alimentaires sont particulièrement visibles à l’hôpital Fontaine de Port-au-Prince. Environ 1,3 million de personnes ont fui le pays, et 15 000 déplacés supplémentairesont été enregistrés rien que la semaine dernière.
Dans ce tableau de désolation, les évêques décrivent « des actes barbares » qui traduisent, selon eux, une perte du sens de Dieu et de la dignité humaine. Aucun lieu, symbole ou personne n’est désormais épargné par la violence des gangs, ajoutent-ils. Ils s’interrogent : « Qu’est-ce qui est à l’origine de cette déshumanisation ? Pourquoi les autorités ne font-elles pas davantage pour défendre la vie, la liberté, la culture et la mémoire ? »
Abordant le projet de nouvelle Constitution présenté en mai 2025, les prélats reconnaissent qu’il s’agit d’un moment significatif de la vie nationale, porteur de certaines innovations positives : transparence, lutte contre la corruption, reconnaissance des droits sociaux, ouverture envers la diaspora. Toutefois, ils mettent en garde contre des dérives potentielles, notamment un renforcement excessif du pouvoir présidentiel et une absence de participation populaire réelle. « Une Constitution n’est pas seulement un texte juridique, mais un pacte social », rappellent-ils.
Dans cette perspective, les évêques appellent à repousser l’adoption de la nouvelle Constitution, estimant que le moment est mal choisi. « Les priorités urgentes aujourd’hui sont la sécurité, la paix et une gouvernance tournée vers le bien-être du peuple », affirment-ils.
Malgré la gravité de la situation, le message des évêques se veut porteur d’espoir. « Il est encore temps d’éviter l’irréparable », écrivent-ils, en appelant à la responsabilité de tous face à l’hémorragie sociale en cours. « Trop de sang a été versé. Trop de familles sont brisées. Trop de jeunes ont perdu espoir. »
Les évêques concluent leur message par un message de compassion envers toutes les victimes de la crise, et une prière à Marie pour qu’elle accorde à Haïti « les grâces de conversion, de paix et de renouveau ».

