PORT-AU-PRINCE, mardi 18 novembre 2025 (RHINEWS)- Le Conseil électoral provisoire (CEP) a transmis au Conseil présidentiel de transition (CPT) un document détaillant un calendrier électoral particulièrement dense, prévu pour s’étendre d’octobre 2025 à janvier 2027, mais assorti de préalables jugés « incontournables » pour éviter un échec annoncé du processus. Le texte met en évidence un contraste « préoccupant » entre la succession rapide des activités programmées et la réalité institutionnelle, sécuritaire et financière du pays.
Selon le CEP, l’exécution de ce calendrier repose sur quatre conditions strictes, sans lesquelles « les dates critiques convenues ne peuvent tenir ». L’institution insiste d’abord sur la nécessité de publier dans les délais le décret électoral, décrit comme « le principal pilier » du processus. « Beaucoup d’activités inscrites dans le calendrier ne peuvent démarrer et certains matériels établis dans le projet de décret ne peuvent être produits sans ce texte de loi », rappelle le CEP, soulignant qu’un retard dans sa publication « retarde le processus » dans son ensemble.
Cette exigence contraste avec l’ampleur du planning déjà enclenché. Certaines étapes débutent dès novembre 2025, comme la communication civique ou la mise à jour des centres de vote, tandis que d’autres, comme l’enregistrement des partis politiques (janvier 2026), l’inscription des électeurs (avril-juin 2026) et la campagne du premier tour (mars-août 2026), doivent s’inscrire dans un enchaînement sans marge de manœuvre. Le CEP prévient que « la publication tardive du décret » compromettrait irrémédiablement ces séquences.
Le deuxième préalable concerne un climat sécuritaire « acceptable ». Le document rappelle que « 23 communes » des départements de l’Ouest, de l’Artibonite, du Centre et du Nord-Ouest sont aujourd’hui « réputées sous le contrôle des bandits armés ». Dans certaines zones, notamment Croix-des-Bouquets, Gressier et Petite-Rivière-de-l’Artibonite, l’État est « totalement absent », ce qui rend impossible « d’installer et faire fonctionner un BEC dans un environnement aussi hostile ». Le CEP souligne que l’Ouest et l’Artibonite représentent « 54 % de l’électorat national », de sorte qu’un accès limité à ces régions aurait un impact direct sur la légitimité du scrutin.
À cette contrainte sécuritaire se juxtapose le rythme resserré d’activités logistiques cruciales : recrutement des membres de bureaux de vote prévu entre mai et juillet 2026, formation du personnel vacataire jusqu’en août 2026, distribution des matériels électoraux entre août et décembre 2026 pour les deux tours présidentiels, législatifs et locaux. Or, avertit l’institution, « la situation sécuritaire actuelle a des incidences majeures sur la logistique électorale ».
Le troisième préalable touche à la disponibilité des moyens financiers. Le CEP insiste sur la nécessité de disposer de ressources propres, affirmant que « l’accès à des moyens financiers au quotidien augmente l’efficacité du CEP dans la conduite du processus électoral ». Selon le document, les procédures actuelles de décaissement sont trop lourdes et risquent de compromettre le respect strict des échéances. « Le CEP doit disposer de ses propres moyens financiers pour gérer certaines activités et les imprévus », indique l’institution, prévenant que la planification actuelle suppose une rapidité d’exécution incompatible avec des financements incertains ou retardés.
Le dernier préalable concerne la « continuité des actions du CEP », qui affirme avoir déjà réalisé une partie significative des travaux préparatoires : recrutement et formation des membres des BED et BEC, évaluation des structures déconcentrées hors zones de conflit, acquisition de 15 000 tablettes, élaboration d’une liste préliminaire des centres de vote, et installation progressive des bases logistiques départementales. « Pour pouvoir organiser les élections dans un délai raisonnable, le CEP doit pouvoir miser sur ces acquis », insiste le document, signalant toutefois que plusieurs sites logistiques — dont Mirebalais et Roseaux — ont dû être abandonnés pour raisons sécuritaires.
Le contraste le plus frappant demeure toutefois l’écart entre le calendrier, qui fixe le premier tour des législatives et de la présidentielle au 30 août 2026, et les préalables dont la réalisation n’est pas garantie. La phase de communication civique s’étend ainsi sur 430 jours, jusqu’en janvier 2027, tandis que le recrutement du personnel ou l’inscription des électeurs interviennent dans un contexte jugé « non sécurisé » par le CEP. L’institution rappelle qu’elle ne peut « opérer dans toutes les communes » tant que les conditions minimales ne sont pas réunies.
Le document se veut à la fois technique et alarmant : sans amélioration du climat sécuritaire, sans publication rapide du décret et sans dotation financière stable, « les activités établies dans le projet de calendrier » risquent de rester théoriques. Dans son message au CPT, le CEP conclut que l’exécution du calendrier électoral « est conditionnée par la réalisation » de ces quatre préalables, estimés indispensables pour conduire un processus crédible dans un pays où plus de la moitié de l’électorat se trouve aujourd’hui dans des zones affectées par l’insécurité.

