Haïti : le Bureau de Suivi de l’Accord de Montana dénonce une mise sous tutelle, accuse l’OEA et le CPT de trahison et appelle à une alternative souveraine portée par le peuple…

Le drapeau haitien...

PORT-AU-PRINCE, 1er juillet 2025 (RHINEWS) – Le Bureau de Suivi de l’Accord de Montana (BSA), accuse les puissances régionales et internationales, en particulier les États-Unis, de placer officiellement Haïti sous tutelle à travers une nouvelle résolution adoptée par l’Organisation des États américains (OEA). « C’est à visage découvert, sans détour, qu’elles ont confié à l’OEA la mission d’officialiser la mise sous tutelle de la République d’Haïti », dénonce le BSA, qualifiant cette démarche d’« ingérence sacrilège » sollicitée par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) lui-même.

Le BSA déplore que cette résolution, adoptée le 27 juin à l’OEA, demande au Secrétaire général de l’organisation d’élaborer sous 45 jours un plan d’action global pour Haïti. Pour les signataires de la déclaration, cela réactive de « sombres souvenirs », notamment ceux du plan d’action de 2010 qui, selon eux, avait « renversé les résultats des urnes » et « précipité notre effondrement institutionnel ».

À travers un ton dénonciateur, le BSA critique également la mise en scène d’un prétendu « succès diplomatique » dominicain auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, obtenue grâce à une demande conjointe des autorités dominicaines et d’ex-chefs d’État de ce pays. Pour le BSA, il s’agit là d’une hypocrisie manifeste : « Ce pays, avec lequel nous ne sommes pourtant pas en guerre, a lancé les hostilités en fermant ses frontières aériennes, terrestres et ses consulats », tout en continuant « d’inonder nos marchés de produits manufacturés spécifiquement pour notre misère ». Le BSA accuse la République dominicaine de pratiques violentes à l’encontre des migrants haïtiens : « Ses agents d’immigration chassent, traquent, battent, humilient, volent, souvent violent et tuent nos compatriotes […] dans l’indifférence et le silence des autorités haïtiennes et de celles de la région. »

À l’échelle internationale, le BSA estime que la mise sous tutelle de Haïti ne fait plus de doute. « Elle s’organise, sans aucun bilan des échecs répétés de la tutelle officieuse qui nous étouffe depuis plusieurs décennies », s’insurge le texte. Il fustige les récentes déclarations américaines qualifiant la situation d’améliorée, alors que « les gangs étendent leurs emprises, que les armes illégales affluent, faisant prospérer les industries américaines d’armement, pendant que nous sommes massacrés ».

Sur le plan national, le BSA accuse le CPT et le gouvernement de trahison, les accusant d’avoir perpétré un « coup d’État contre l’accord du 3 avril », pourtant élaboré « exclusivement par les parties haïtiennes avec une feuille de route claire ». Selon le Bureau, ces autorités ont « abdiqué toutes les missions régaliennes de l’État en soumission à la communauté internationale et au profit des entreprises privées étrangères de sécurité ». Il évoque un détournement manifeste des ressources publiques « lorsqu’il s’agit de piller les caisses de l’État ».

Le Bureau reconnaît également que la société haïtienne doit faire son propre examen de conscience. « Il nous appartient aussi d’assumer nos responsabilités dans le dévoiement de la transition et son échec », écrit-il, tout en appelant à l’émergence d’une « alternative capable d’identifier — et de rompre avec — les schémas récurrents de gouvernance antidémocratique et corrompue. »

Dans cet esprit, le BSA appelle à un rassemblement élargi au-delà des signataires de l’Accord du 3 avril, vers « d’autres forces sociales inscrites dans la lutte pour la vie et le progrès social », et vers « les citoyennes et citoyens intègres et patriotes de toutes nos régions et de notre diaspora ». Le texte évoque un « pacte mortifère » et un « complot de destruction » contre le peuple haïtien, auquel il faut résister en s’organisant autour d’une nouvelle dynamique politique : « Asseyons-nous. Écoutons-nous. Organisons-nous. Et traçons ensemble — par nous, pour Haïti — la voie de notre liberté, de notre souveraineté, de notre bien-être. »

À l’égard de la CARICOM, le BSA adopte une position nuancée. Il salue l’invitation au dialogue régional, tout en dénonçant l’échec de la mission de médiation. « Les représentants de la CARICOM ici présents doivent assumer leur part de responsabilité », déclare-t-il, accusant la communauté caribéenne d’avoir transformé son rôle de facilitateur en celui d’« arbitre » en modifiant « la nature et le contenu des négociations, malgré la résistance de plusieurs secteurs. » Le BSA recommande à la CARICOM de changer d’approche : « Nous seuls pouvons tracer le chemin vers une sortie de crise durable. » Il l’invite à écouter, à respecter la souveraineté du peuple haïtien, et à porter « avec loyauté, rigueur et vigueur » la parole populaire haïtienne dans les instances internationales.