NEW YORK, 1er juillet 2025 (RHINEWS) —Un juge fédéral à New York a suspendu la décision de l’administration Trump visant à abréger l’extension du Temporary Protected Status (TPS) accordée aux ressortissants haïtiens vivant aux États-Unis. La décision rendue vendredi par le juge Brian Cogan, du tribunal de district de Brooklyn, maintient provisoirement en vigueur la prolongation de cette protection décidée en 2024 sous l’administration Biden, qui bénéficie à près de 500 000 Haïtiens.
Dans son jugement de 23 pages, le magistrat a estimé que la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, avait violé les dispositions de la loi encadrant le TPS en annonçant, le 27 juin, la fin anticipée du programme dès le 2 septembre 2025. Cette décision annulait de facto l’échéance initiale du 3 février 2026 prévue par l’administration Biden. Selon le juge Cogan, cette révocation anticipée ne respecte pas les procédures légales, notamment l’obligation d’attendre l’expiration de la période en cours avant toute résiliation.
« Lorsqu’un gouvernement accorde un bénéfice pour une période définie, le bénéficiaire est raisonnablement en droit de s’attendre à le conserver jusqu’à la fin de cette période », a écrit le juge, nommé par l’ancien président George W. Bush. « La secrétaire Noem ne peut remettre en cause la désignation TPS pour Haïti d’une manière qui prenne effet avant le 3 février 2026 », a-t-il tranché.
Cette décision intervient alors que la Cour suprême des États-Unis a, de son côté, autorisé en mai l’administration à annuler une autre désignation TPS en faveur de quelque 350 000 Vénézuéliens, revenant ainsi sur un jugement de première instance. L’affaire haïtienne, elle, poursuit donc un chemin judiciaire distinct, mais elle s’inscrit dans une offensive plus large de l’administration Trump contre les programmes de protection humanitaire et de parole humanitaire visant plus d’un million de ressortissants étrangers, incluant des citoyens de Cuba, du Nicaragua, du Venezuela, du Cameroun, d’Afghanistan et d’Haïti.
La secrétaire Noem a justifié sa décision en affirmant que « la situation environnementale en Haïti s’est suffisamment améliorée pour permettre un retour sûr des citoyens haïtiens ». Une évaluation contredite par les faits observés sur le terrain. Le Département d’État américain continue d’ailleurs de recommander à ses ressortissants d’« éviter tout voyage en Haïti en raison des risques élevés d’enlèvements, de criminalité, de troubles civils et du système de santé limité ».
Le juge Cogan a souligné dans son arrêt que de nombreux bénéficiaires haïtiens du TPS avaient « inscrit leurs enfants à l’école, trouvé un emploi et entamé des traitements médicaux sur la base des garanties fournies par le gouvernement américain quant à la durée de la protection ».
La décision représente une victoire juridique temporaire pour les communautés haïtiennes et les organisations de défense des droits des migrants, qui dénoncent depuis plusieurs semaines la vague d’expulsions annoncée. Les Haïtiens concernés restent toutefois dans l’incertitude, alors que d’autres recours pourraient être introduits, et que les pressions politiques autour de la politique migratoire américaine continuent de s’intensifier à l’approche de l’élection présidentielle de novembre.

