NEW YORK, mardi 1er juillet 2025 (RHINEWS) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies s’apprête à renouveler, d’ici au 15 juillet, le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), dans un contexte de dégradation accélérée de la situation sécuritaire, humanitaire et politique du pays. Une séance d’information est prévue le 2 juillet avec la participation de Miroslav Jenča, Secrétaire général adjoint pour l’Europe, l’Asie centrale et les Amériques, suivie de consultations à huis clos sur les développements récents et le dernier rapport du Secrétaire général.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti est plongé dans une crise multidimensionnelle. Les violences des gangs ont atteint un niveau alarmant, avec un contrôle estimé de 85 % de la capitale, Port-au-Prince, selon l’ONU. Ces groupes armés se livrent à des assassinats, enlèvements, violences sexuelles, et ont récemment étendu leur influence à l’Artibonite et au Centre. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a rapporté, dans un communiqué du 13 juin, que 2 680 personnes ont été tuées entre janvier et mai 2025, tandis qu’au moins 65 exécutions sommaires auraient été perpétrées par des éléments de la police nationale.
Les enfants sont particulièrement affectés. Le rapport annuel du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, daté du 17 juin, recense 2 269 violations graves en 2024 contre 1 373 enfants, incluant le recrutement forcé, les meurtres, les violences sexuelles, les attaques contre les écoles et hôpitaux, les enlèvements, et l’entrave à l’aide humanitaire. Pour la première fois, la coalition de gangs Viv Ansanm figure dans les annexes du rapport comme auteur de violations graves.
Malgré la présence de la mission de soutien à la sécurité multinationale (MSS), dirigée par le Kenya, les résultats sur le terrain demeurent limités. La mission, dont le mandat expire le 2 octobre, souffre de sous-financement et d’un effectif largement en deçà des 2 500 agents prévus : seuls environ 1 000 agents sont actuellement déployés. La Police nationale d’Haïti (PNH), sous-équipée et en sous-effectif, fait également face à de lourdes difficultés. Le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, a confirmé le 20 juin l’engagement de contractants militaires américains chargés d’opérations de drones contre les gangs, suscitant des interrogations sur la légalité et l’efficacité de ces moyens.
La crise humanitaire atteint, elle aussi, des proportions catastrophiques. Quelque 5,7 millions d’Haïtiens sont en insécurité alimentaire aiguë, dont plus de 8 400 dans une situation de famine (Phase 5). Le nombre de déplacés internes s’élève à près de 1,3 million, un record historique, selon l’OIM. Le plan de réponse humanitaire de l’ONU n’est financé qu’à hauteur de 8,3 % au 24 juin. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti qu’« une seule tempête pourrait plonger des millions de personnes dans une catastrophe humanitaire » à l’approche de la saison cyclonique.
Le contexte politique reste tout aussi incertain. Le Conseil présidentiel de transition, mis en place après l’accord de mars 2024 facilité par la CARICOM et les États-Unis, demeure miné par des divisions internes. Un décret du 10 avril 2024 a fixé la fin du mandat du CPT au 7 février 2026, sans possibilité de prolongation. Les autorités de transition ont promis l’organisation d’un référendum constitutionnel, dont le projet de nouvelle constitution a été présenté en mai. Une version révisée est attendue après consultation publique.
Dans une lettre du 24 février, le Secrétaire général a écarté la transformation de la MSS en mission de maintien de la paix, jugeant cette option irréalisable à court terme tant que les gangs contrôlent de vastes territoires. Il propose plutôt la création d’un bureau d’appui logistique de l’ONU pour soutenir la MSS. Il recommande aussi que le BINUH se concentre sur l’appui aux autorités haïtiennes dans la gestion des détenus à haut risque et la mise en œuvre des sanctions onusiennes, notamment l’embargo sur les armes.
Cependant, les consultations du 28 mai n’ont pas permis de discuter concrètement ces recommandations, faute de position claire des États-Unis. À l’initiative du Panama et du groupe A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), une nouvelle session a été convoquée le 30 juin. Ce groupe est appuyé par une lettre du Kenya datée du 19 juin appelant à une « prise en compte rapide » des propositions du Secrétaire général.
Les instances régionales s’impliquent également. Le 27 juin, l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA) a adopté une résolution enjoignant le Secrétaire général de l’OEA à élaborer un plan d’action pour appuyer Haïti dans les domaines de la sécurité, de l’aide humanitaire et des élections. Le texte appelle à intensifier les efforts diplomatiques en coordination avec l’ONU.
Sur le plan des droits humains, un rapport du 28 mars du HCDH souligne que la prolifération des armes illégales, facilitée par la corruption et l’impunité, constitue un facteur central des violations. Entre 270 000 et 500 000 armes circuleraient illicitement en Haïti. Le rapport exhorte les États membres à renforcer la PNH, à respecter l’embargo sur les armes et à élargir la liste des personnes et entités sanctionnées par le Conseil de sécurité.
Les violences sexuelles atteignent des sommets alarmants. Le 4 juin, la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles en période de conflit, Pramila Patten, a dénoncé une « escalade dramatique » de ces crimes, en particulier dans les zones contrôlées par les gangs, où les femmes et les filles sont victimes de viols collectifs, d’esclavage sexuel et d’agressions dans des lieux publics ou à domicile. « La situation a atteint un point de rupture », a-t-elle déclaré.
Enfin, en matière de sanctions, les États-Unis ont désigné en mai Viv Ansanm et Gran Grif comme organisations terroristes étrangères. Le groupe International Crisis Group a estimé que cette désignation « aura peu d’effet sur la sécurité et pourrait compliquer les opérations humanitaires ». Le Secrétaire d’État américain Marco Rubio a toutefois précisé que les ONG contraintes de verser des droits de passage aux gangs ne seront pas sanctionnées.
À la veille de décisions cruciales sur le futur du BINUH et sur l’appui international à la sécurité en Haïti, la communauté internationale semble divisée. Le sort du pays reste suspendu à une réponse coordonnée qui tarde à se dessiner, alors que la population haïtienne fait face à une crise sans précédent.

