Haïti : la FJKL redoute un retour au climat de violence ayant précédé le massacre de la ruelle Vaillant en 1987…

Symbole de la FJKL...

PORT-AU-PRINCE, jeudi 10  septembre 2026 (RHINEWS)- La Fondasyon Je Klere (FJKL) se dit préoccupée par la recrudescence de la violence et de l’insécurité en Haïti, qu’elle estime comparable au climat qui prévalait à la veille des élections de 1987, marquées notamment par le massacre de la ruelle Vaillant.

Dans une prise de position publiée mercredi, l’organisation de défense des droits humains dénonce une « augmentation exponentielle de la violence et de l’insécurité » au cours des derniers jours. Elle évoque notamment des massacres, des actes de violence, des enlèvements, des séquestrations et la diffusion sur les réseaux sociaux d’images de violences commises par des groupes criminels.

Selon la FJKL, cette situation se déroule dans un contexte où les autorités politiques et les forces de l’ordre seraient, selon elle, incapables d’apporter une réponse à la hauteur de la gravité de la situation.

L’organisation affirme également constater une extension de l’activité des gangs à plusieurs régions du pays. Elle cite notamment l’enlèvement et la séquestration de l’inspecteur général James Boyard et de sa fille mineure depuis le 11 juin 2026, ainsi que celui du prêtre catholique Snell Armand, enlevé au Cap-Haïtien le 31 juillet.

La FJKL mentionne également la disparition et l’assassinat présumé de Joseph Villard Vancol, coordonnateur du Centre de formation de l’Institut de technologie et d’animation (ITECA) et directeur de Ti Boukan FM, à Ti Boucan, Gressier, depuis le 20 août 2026.

Elle dénonce parallèlement la multiplication des enlèvements et séquestrations visant notamment des écoliers, des journalistes et des citoyens dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. L’organisation cite aussi l’enlèvement, dans le Haut-Artibonite, de Me Caleb Jean Baptiste, de la directrice de l’Office national de partenariat en éducation (ONAPÉ), Stéphanie Paultre, et d’autres personnes qui se trouvaient à bord de leur véhicule.

« La liberté de circuler sans entrave injustifiée à travers le pays est de plus en plus restreinte au grand dam de la population civile abandonnée à son sort », déplore la FJKL.

L’organisation critique par ailleurs les dépenses engagées par le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour le recours à des mercenaires étrangers dans le cadre de la lutte contre les gangs. Elle avance le montant de 52 millions de dollars américains et estime que cette somme pourrait, selon ses calculs, couvrir les salaires de près de 17.000 soldats des Forces armées d’Haïti (FAD’H).

La FJKL établit également un lien entre la détérioration de la situation sécuritaire et la perspective du référendum constitutionnel et des élections générales annoncés pour décembre prochain.

Elle reproche au gouvernement de transition de mobiliser des fonctionnaires et des ressources publiques au profit d’une plateforme politique engagée dans la compétition électorale. Selon l’organisation, une telle situation risque d’alimenter les tensions et la violence à l’approche du scrutin.

« La neutralité d’un gouvernement de transition dans un processus électoral est historiquement un gage pour la réussite des élections », soutient la FJKL, appelant les autorités à garantir « la transparence, la crédibilité et le bon déroulement du scrutin dans un climat calme et serein ».

L’organisation estime que le contexte actuel présente des similitudes avec celui ayant précédé les élections de 1987, qui avaient été ensanglantées par plusieurs violences, dont le massacre de la ruelle Vaillant, le 29 novembre de la même année.

« Un peuple amnésique est condamné à revivre les pires moments de son histoire », avertit la FJKL, qui considère qu’exposer la population à un scrutin dans un contexte d’insécurité généralisée constituerait une grave responsabilité.

« Inviter le peuple à se faire massacrer par souci de plaire à la communauté internationale est criminel », affirme-t-elle, appelant à tirer les leçons de l’histoire récente du pays.

La FJKL réclame enfin la mise en place d’un gouvernement qu’elle qualifie de « responsable », estimant que l’équipe actuellement aux commandes a démontré son incapacité à faire face à la crise sécuritaire et politique.

L’organisation appelle à l’établissement de repères institutionnels capables de garantir le respect des règles de la vie collective et la protection des libertés fondamentales sur l’ensemble du territoire national.