PORT-AU-PRINCE, dimanche 3 août 2025 (RHINEWS) – À quelques jours de son départ de la présidence du Conseil présidentiel de transition (CPT), Fritz Alphonse Jean a lancé une mise en garde solennelle sur la concentration du pouvoir exécutif entre les mains du secteur privé, tout en dénonçant des manipulations politiques et des fractures sociales persistantes au sein de la société haïtienne.
« Le 7 août, lorsque je passerai le flambeau à Laurent Saint-Cyr, les deux branches exécutives seront contrôlées par le secteur privé », a déclaré M. Jean dans une adresse publique empreinte de gravité. Il fait ici référence à la désignation de Laurent Saint-Cyr comme président du CPT et d’Alix Didier Fils-Aimé comme Premier ministre.
Pour l’économiste et ancien gouverneur de la Banque centrale, cette nouvelle configuration institutionnelle suscite une inquiétude croissante. « Le fait que certains membres de ce secteur privé aient été des opérateurs actifs du chaos dans lequel Haïti est actuellement plongée a commencé à soulever des interrogations au sein des partis politiques, d’organisations de la société civile et d’intellectuels », a-t-il souligné.
Fritz Alphonse Jean n’a pas hésité à rappeler que « certains membres de ce secteur privé sont déjà sanctionnés par le Canada et les États-Unis », ce qui, selon lui, vient « renforcer les craintes exprimées par plusieurs observateurs », tandis que d’autres « semblent en passe de tomber sous le couperet du système judiciaire américain ».
Il a également évoqué les tensions historiques liées à la couleur de peau et aux classes sociales en Haïti, estimant que « l’héritage douloureux des clivages de classe et de couleur pèse encore lourd dans la société haïtienne ». Selon lui, la nomination simultanée de Saint-Cyr et de Fils-Aimé à la tête des deux branches de l’exécutif fait l’objet de nombreuses analyses sur les réseaux sociaux et dans les médias, concernant de possibles fractures sociales à venir.
Réagissant aux accusations récurrentes de corruption visant trois membres du CPT, M. Jean a dénoncé une « pure manipulation narrative orchestrée par des entrepreneurs politiques qui s’efforcent de maintenir le statu quo ». Il a qualifié ces attaques de « tentative désespérée et triviale pour attirer la sympathie des membres du Congrès américain et de l’administration américaine ».
Dans un appel à la lucidité collective, Fritz Alphonse Jean a exhorté la population à porter « une meilleure appréciation de cette violence nourrie par la criminalité transnationale, qui a encouragé le viol et la torture de nos femmes et de nos fillettes, et détruit les bases économiques du pays ».
« Les bourreaux et les victimes ne doivent pas être interchangeables », a-t-il insisté, en guise de mise en garde contre toute confusion entre les responsables du chaos et ceux qui en subissent les conséquences.
La transmission des responsabilités du 7 août marquera une nouvelle étape de la transition politique en Haïti, dans un contexte marqué par une profonde crise sécuritaire, une défiance généralisée et des attentes de rupture face aux pratiques du passé.

