Vive polémique entre Anie Alerte, Marie Bedjine Love David et Rutchelle Guillaume. Qu’ont-elles à gagner ?

Anie Alerte, Marie Bedjine Love David. et Rutchelle Guillaume, artistes-chanteuses...

MIAMI, dimanche 3 août 2025 (RHINEWS)Une polémique animée secoue les réseaux sociaux ces dernières semaines. Au centre du tumulte : trois des plus belles voix féminines du compas haïtien contemporain – Anie Alerte, Marie Bedjine Love David et Rutchelle Guillaume. Entre rivalités de fans, commentaires tranchés et propos déformés, l’échange vire parfois à la confrontation stérile. Mais au-delà de la ferveur populaire, cette polémique pose une question essentielle : qu’apporte-t-elle vraiment à la carrière de ces artistes ? Et à la santé de la musique haïtienne ?

MIAMI, dimanche 3 août 2025 (RHINEWS)-

La montée en puissance des réseaux sociaux a rendu les polémiques plus visibles, plus rapides, plus brutales. Celle qui oppose aujourd’hui les fans d’Anie Alerte, Marie Bedjine Love David et Rutchelle Guillaume est née d’une série de propos rapportés ou mal interprétés lors d’interventions publiques, parfois amplifiés par des conversations privées devenues virales. Très vite, les réseaux – en particulier Facebook – se sont transformés en rings virtuels où chaque camp brandit ses arguments avec une passion souvent excessive. Pour les uns, Anie Alerte est la référence : voix puissante, grande précision, maîtrise technique indéniable. Pour d’autres, c’est Bedjine qui touche le cœur : plus émotive, plus humaine, plus proche de la sensibilité de la jeune génération. Même si certains la brocardent sur sa maîtrise du français – un reproche sans fondement dans une nation créolophone, où le français reste un legs colonial encombrant. Et puis il y a Rutchelle Guillaume, que d’aucuns placent au sommet, saluant sa formation musicale, son charisme sur scène, sa beauté, sa longévité et sa rigueur artistique.

Jusque-là, rien de problématique : une émulation peut être salutaire pour la vitalité artistique, surtout lorsqu’elle pousse chaque chanteuse à se surpasser dans ses prestations, ses albums, ses collaborations. Malheureusement, cette dynamique s’est muée en polémique stérile, nourrie par des dérives personnelles, des attaques mesquines, voire des calomnies déguisées. En sortant du champ strictement musical, cette rivalité a perdu de sa noblesse. Car la musique est un art, pas un champ de guerre. On ne grandit pas en traînant les autres dans la boue. La véritable scène d’évaluation doit rester celle des performances, des textes, de l’engagement artistique et du dialogue avec le public.

Ce n’est pas la première fois que des artistes féminines occupent le devant de la scène en Haïti. Bien avant elles, des figures comme Yole Dérose, Carole Démesmin, Jacqueline Dénis, Danielle Thermidor, Emeline Michel ou encore les groupes féminins “Riske” et “4×4” ont marqué l’histoire sans jamais s’entredéchirer en public. Elles ont montré qu’il était possible de briller sans éclipser l’autre, de se différencier sans se haïr, de défendre son art sans tomber dans la vulgarité ou l’hostilité. La génération actuelle a tout à gagner à s’inspirer de cet héritage.

Anie Alerte, Bedjine et Rutchelle Guillaume sont trois voix singulières, trois femmes de talent, trois parcours respectables. Elles ont franchi, chacune à sa manière, les obstacles d’une industrie exigeante, souvent injuste envers les femmes. Elles ont dû, pour se faire entendre, affronter les préjugés, les doutes, les exploitations. Elles savent ce que coûte la réussite dans un secteur où peu de femmes parviennent à s’imposer durablement. C’est dire que leur responsabilité est aujourd’hui plus grande : elles incarnent l’image féminine de la musique haïtienne à une époque où le compas direct fête ses 70 ans, dans un contexte où cette musique doit plus que jamais s’exporter, se renouveler, se défendre.

Faire de la polémique, pourquoi pas – tant qu’elle reste artistique. Tant qu’elle se traduit par des morceaux qui frappent, des scènes qui électrisent, des textes qui provoquent. Tant qu’elle ne glisse pas dans l’invective, la vulgarité ou la division. L’artiste est un être humain, mais il est aussi porteur d’un projet culturel plus vaste que ses émotions personnelles. Les réseaux sociaux ne sont pas des journaux intimes. Ils peuvent nourrir le débat ou ruiner une réputation en quelques heures. Ce que les artistes disent, ce qu’elles partagent, ce qu’elles laissent propager les engage, les définit, les précède.

Ce n’est pas de vues supplémentaires dont la musique haïtienne a besoin. Ce n’est pas de likes en cascade, ni de buzz artificiels. Elle a besoin de qualité, de solidarité, de constance. Elle a besoin d’ambassadrices solides, qui sachent transformer la rivalité en performance, la critique en inspiration, la diversité en richesse. Dans ce combat pour la reconnaissance du compas et de la culture haïtienne, personne ne gagne à salir l’autre.

Comme le disait si justement Ti Manno avec DP Express : « Mizisyen se yon sèl kò fanmi. » À l’heure où la musique haïtienne cherche sa voie sur la scène mondiale, il est temps de faire bloc, de faire œuvre commune. Que la polémique devienne un moteur artistique, pas un poison relationnel. Que la scène soit un espace de dépassement, pas un terrain de règlements de comptes. Car ce que la musique unit, aucune vanité ne devrait le diviser.