PORT-AU-PRINCE, 4 août 2025 (RHINEWS) —L’organisation de défense de la liberté de la presse SOS Journalistes a dénoncé ce qu’elle qualifie de “persécutions politiques caractérisées” contre le journaliste haïtien Guerrier Henri, visé par un mandat de recherche de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ).
Selon un communiqué signé par Joseph Guyler C. Delva, secrétaire général de l’organisation, “SOS Journalistes s’inquiète des nouveaux et graves développements intervenus dans le dossier du journaliste Guerrier Henri recherché et poursuivi par la DCPJ.”
Une lettre officielle adressée au journaliste par les autorités policières fait état de trois chefs d’accusation : affiliation à la coalition criminelle des gangs de “Viv Ansanm”, enrichissement illicite, et blanchiment des avoirs, a rapporté SOS Journalistes.
Mais Guerrier Henri, contacté par l’organisation, a “rejeté ces accusations qu’il qualifie de mensongères et de méchantes”, précise le communiqué.
Tout en affirmant son respect pour l’état de droit et le travail des autorités judiciaires, SOS Journalistes demande un traitement “juste et équitable” dans le respect des droits fondamentaux du journaliste. L’organisation dénonce par ailleurs “des persécutions politiques ouvertes de la part du pouvoir en place”, motivées, selon elle, par le ton critique du travail de Guerrier Henri.
Dans son communiqué, SOS Journalistes rappelle que, sur instruction du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), le Conseil National des Télécommunications (CONATEL) avait ordonné en novembre 2024 la suspension de l’émission “Boukante Lapawòl” animée par Guerrier Henri sur Radio Méga, pour une période de huit mois.
Le CONATEL avait alors accusé la station d’utiliser sa fréquence “à des fins de diffusion massive de propagande en faveur des groupes armés”, selon une note officielle en date du 22 novembre 2024. SOS Journalistes dénonce cette décision comme “abusive” et potentiellement motivée par une volonté politique d’intimidation.
“Le journaliste a été potentiellement victime de l’animosité des autorités qui ont, à plusieurs reprises, essayé de procéder abusivement à son arrestation”, affirme encore SOS Journalistes.
L’organisation demande aux autorités compétentes de produire “des preuves tangibles, vérifiables et irréfutables” pour justifier les accusations portées. Elle réitère son soutien au journaliste, tout en saluant “le courage de Guerrier Henri qui accepte de collaborer avec la DCPJ en dépit des suspicions légitimes quant aux manœuvres politiques”.
SOS Journalistes conteste également la logique selon laquelle la diffusion d’interviews de chefs de gangs constituerait un motif d’accusation. “Des journalistes des plus grandes chaînes françaises, américaines… ont pu se rendre, sans obstacle, dans les bases connues de membres de la coalition criminelle ‘Viv Ansanm’, pour de longues interviews, voire des documentaires”, souligne le communiqué.
“SOS Journalistes condamne de toutes ses forces ce comportement honteux et discriminatoire affiché par nos dirigeants, tandis que journalistes haïtiens et/ou étrangers sont tous des journalistes à part entière”, insiste l’organisation.

