Haïti et République Dominicaine : au-delà du mur frontalier…

Guichard Dore...

PORT-AU-PRINCE, samedi 10 octobre 2026 (RHINEWS)– Les différences entre les modèles institutionnels haïtien et dominicain contribuent à expliquer les écarts de stabilité politique et de développement économique entre les deux pays, estime Guichard Doré dans une analyse consacrée aux relations entre les deux États partageant l’île.

Selon lui, la séparation dépasse le mur frontalier voulu par le président dominicain Luis Rodolfo Abinader Corona. Elle tient également à l’organisation des pouvoirs publics. Il décrit le système issu de la Constitution haïtienne de 1987, amendée en 2011, comme un « régime mixte non rationalisé ayant pour corollaire la confusion des pouvoirs ».

Guichard Doré oppose ce fonctionnement au régime présidentiel dominicain, qu’il présente comme fondé sur une séparation stricte des pouvoirs. « À l’ouest, l’instabilité politique. À l’est, la stabilité politique », écrit-il, estimant que les responsabilités sont partagées « à géométrie variable » en Haïti, tandis qu’elles sont attribuées à des autorités constitutionnellement identifiées en République dominicaine.

L’auteur soutient que le modèle dominicain, dans lequel le président exerce à la fois les fonctions de chef de l’État et de chef du gouvernement, a favorisé la conduite de réformes économiques et sociales. Il souligne que le gouvernement dominicain ne procède pas du Parlement et que l’élection présidentielle au suffrage universel détermine les orientations de la politique nationale.

À l’inverse, il considère que le fonctionnement institutionnel haïtien entretient la paralysie de l’exécutif et l’instabilité gouvernementale. Selon son analyse, la nécessité de rechercher l’accord des opposants au pouvoir complique la mise en œuvre des réformes. « Le modèle d’Haïti montre clairement qu’un pouvoir exécutif affaibli ne peut pas conduire l’entreprise du développement économique et social d’un pays », affirme-t-il.

Guichard Doré relève également des différences dans l’organisation des institutions de sécurité. Il cite, du côté dominicain, l’armée, une agence centrale de renseignement, la Police nationale et un Conseil national de sécurité chargé, selon lui, du pilotage stratégique de ces institutions.

Concernant Haïti, il rappelle la démobilisation de l’armée et déplore l’absence, selon son constat, d’une agence centrale de renseignement et d’un Conseil national de sécurité et de défense opérationnels. Il estime que les problèmes de sécurité collective auxquels le pays est confronté menacent les fondements de l’État.

Sur le plan économique, l’auteur attribue le « décrochage d’Haïti par rapport à la République dominicaine » à une perte de compétitivité et à l’absence d’une politique d’animation économique du territoire depuis plus de quarante ans.

Il avance un produit intérieur brut par habitant de 11 900 dollars pour la République dominicaine, contre 3 079 dollars pour Haïti, sans préciser l’année de référence ni la source de ces données. Il fait également état d’une croissance dominicaine moyenne de 5 % au cours des vingt dernières années, tandis qu’Haïti serait entrée, selon lui, dans une récession prolongée depuis sept ans, après une période de faible croissance précédant les épisodes de blocage connus sous le nom de « peyi lòk ».

Pour illustrer les échanges commerciaux entre les deux pays, Guichard Doré indique que les exportations dominicaines vers Haïti ont atteint 1 064,22 millions de dollars en 2025, soit une hausse de 32 % sur un an. La source de ces chiffres n’est pas indiquée dans le texte transmis.

« Les secteurs porteurs de croissance en Haïti sont en état d’hibernation depuis des décennies », conclut-il, reliant les difficultés économiques du pays à ses choix institutionnels et à l’absence de politiques durables de développement.