Guy Philippe accusé de liens avec Viv Ansanm et de rencontres avec un chef du gang Simon Pelé…

Guy Philippe, ex-senateur elu...

PORT-AU-PRINCE, samedi 10 octobre 2026 (RHINEWS) – Le Groupe d’experts des Nations Unies sur Haïti accuse Guy Philippe de soutenir la coalition de gangs Viv Ansanm et rapporte plusieurs rencontres entre l’ancien responsable policier et Jean Misnord, alias « Fado », présenté comme le numéro trois du gang Simon Pelé. Ces contacts sont évoqués dans le cadre des tentatives d’expansion des groupes armés vers la Grand’Anse.

Dans son rapport S/2026/714, daté du 8 septembre 2026, le Groupe décrit Philippe comme un « ancien haut responsable de la police qui poursuit une carrière politique et soutient Viv Ansanm ». Il renvoie à son rapport de 2024 pour les éléments déjà recueillis concernant ses relations avec cette coalition.

« Des facteurs politiques sont à l’origine des violences qui ont éclaté dans la commune de Kenscoff et dans le département de l’Artibonite », écrivent les experts au paragraphe 36. Ils estiment que ces facteurs expliquent également les tentatives d’expansion des gangs vers le sud de la Grand’Anse, où Philippe aurait rencontré à plusieurs reprises Jean Misnord.

L’annexe 7 précise que la police a arrêté « Fado » le 13 janvier 2026 à Jérémie, chef-lieu du département. Le gang Simon Pelé auquel il appartient est dirigé par Djouma Albert, alias « Djouma ».

Selon les informations recueillies par les experts, un acteur influent de la Grand’Anse aurait transporté Jean Misnord à bord de son bateau depuis Wharf Jérémie, dans la commune de Cité Soleil. Le document ne révèle pas l’identité de cet acteur.

« Fado a ensuite rencontré Guy Philippe à plusieurs reprises en Grand’Anse, la dernière fois en janvier 2026 », indique l’annexe, rédigée en anglais, dans une traduction en français. Les experts fondent ces informations sur des entretiens avec des sources confidentielles réalisés en février et mai 2026.

Le Groupe rappelle avoir déjà signalé le risque que représente pour la paix et la stabilité du pays Guy Philippe, qui, selon ses termes traduits de l’anglais, « entretient des liens étroits avec les gangs ». Les passages concernés ne précisent toutefois ni le contenu des rencontres avec Jean Misnord ni les décisions qui auraient pu en découler.

Guy Philippe a été condamné le 21 juin 2017 à Miami à 108 mois, soit neuf ans de prison, par la juge fédérale Cecilia M. Altonaga, après avoir plaidé coupable de complot visant à blanchir de l’argent provenant du trafic de stupéfiants. Le département américain de la Justice avait également annoncé une mesure de confiscation monétaire de 1,5 million de dollars à suivre.

Dans le cadre de son plaidoyer de culpabilité, Philippe avait reconnu avoir utilisé ses fonctions au sein de la Police nationale d’Haïti pour protéger des cargaisons de drogue et des fonds issus du trafic arrivant en Haïti, en échange de paiements. Entre juin 1999 et avril 2003, il avait reçu entre 1,5 et 3,5 millions de dollars de pots-de-vin de narcotrafiquants, en sachant que ces sommes provenaient de ventes de cocaïne à Miami et ailleurs aux États-Unis.

Il avait également admis avoir partagé une partie de ces paiements avec des responsables policiers et d’autres agents de sécurité pour assurer leur coopération. Les fonds avaient notamment servi à acheter une résidence dans le comté de Broward, en Floride, et à entretenir sa famille. Philippe avait transféré 376 000 dollars depuis des banques en Haïti et en Équateur vers un compte conjoint à Miami, en utilisant les noms de tiers. Il avait aussi organisé des dépôts totalisant plus de 70 000 dollars, fractionnés en montants inférieurs à 10 000 dollars pour éviter les obligations fédérales de déclaration.

En février 2004, Guy Philippe avait été l’un des principaux chefs du mouvement armé contre le président Jean-Bertrand Aristide, aux côtés notamment de Louis-Jodel Chamblain, ancien dirigeant du Front révolutionnaire pour l’avancement et le progrès d’Haïti (FRAPH). La rébellion réunissait d’anciens militaires, des membres de cette organisation paramilitaire et des hommes armés des Gonaïves. Elle s’était étendue à plusieurs régions avant le départ d’Aristide, le 29 février 2004, dans des circonstances contestées, alors que les insurgés menaçaient de marcher sur Port-au-Prince.

Amnesty International a documenté des homicides, des détentions illégales et des violences sexuelles impliquant notamment des rebelles et des militaires démobilisés durant cette période. L’organisation a rapporté la mort de Plaisius Joseph, le 1er avril 2004 à Savanette, imputée à un groupe armé associé à d’anciens militaires. Le 30 juin, à Ranquitte, un homme accusé de vol aurait été détenu et battu à mort par un chef de section réinstallé par des militaires démobilisés. En novembre, des délégués d’Amnesty avaient constaté que d’anciens militaires détenaient illégalement quatre personnes au commissariat de Petit-Goâve.

L’organisation a également signalé des viols et des viols collectifs commis par des membres de groupes armés, des soldats démobilisés et des policiers, ainsi que des intimidations visant des journalistes et des défenseurs des droits humains. Ces faits documentent les exactions de la période sans établir, à eux seuls, la responsabilité personnelle de Philippe dans chacun de ces crimes.

Certains dirigeants du mouvement avaient déjà été impliqués dans des atrocités antérieures. Human Rights Watch rappelait en février 2004 que Chamblain avait été condamné par contumace pour l’assassinat d’Antoine Izméry en 1993 et pour sa participation au massacre de Raboteau en 1994. Jean-Pierre Baptiste, alias « Jean Tatoune », autre acteur de la rébellion, avait lui aussi été condamné pour sa participation au massacre de Raboteau avant de s’évader en août 2002.

Concernant Philippe, Human Rights Watch indiquait que, lorsqu’il dirigeait la police de Delmas entre 1997 et 1999, la Mission civile internationale ONU/OEA avait recueilli des informations sur l’exécution sommaire de dizaines de membres présumés de gangs, principalement par des policiers placés sous les ordres de son adjoint, l’inspecteur Berthony Bazile.