PORT-AU-PRINCE, jeudi 23 avril 2026 (RHINEWS)- Le Secrétaire général des Nations Unies dresse un tableau contrasté de la situation en Haïti, marquée à la fois par des progrès dans la transition politique et les préparatifs électoraux, mais aussi par une dégradation persistante de la sécurité et des conditions humanitaires, dans un rapport soumis au Conseil de sécurité couvrant la période allant de janvier à mars 2026.
Selon le rapport, la transition politique s’est poursuivie après la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition le 7 février 2026, avec un transfert « pacifique » du pouvoir exécutif au Conseil des ministres dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Le Secrétaire général se félicite de cette évolution, estimant qu’« Haïti est entré dans une phase décisive de sa transition, en assurant la continuité institutionnelle ». Toutefois, il souligne que les débats sur les modalités de gouvernance et les tensions politiques ont continué de dominer le paysage national, malgré les efforts de dialogue interhaïtien soutenus par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).
La signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, le 23 février, constitue une avancée majeure, avec 350 signataires issus de partis politiques, du secteur privé et de la société civile. Le texte met l’accent sur la sécurité et la tenue d’élections crédibles comme conditions du retour à l’ordre constitutionnel. Le Secrétaire général salue « une initiative politique majeure menée par les Haïtiens », tout en appelant à traduire les engagements en « mesures concrètes » et à maintenir le dialogue avec les acteurs non signataires.
Sur le plan électoral, des progrès significatifs ont été enregistrés, notamment avec l’enregistrement de 320 partis politiques entre le 2 et le 12 mars, dont 282 ont été autorisés à participer aux scrutins. Le Conseil électoral provisoire a également finalisé son plan d’activités et soumis un budget de 240 millions de dollars. Le Secrétaire général souligne que « des élections crédibles constituaient le seul moyen légitime de rétablir l’ordre constitutionnel », tout en insistant sur la nécessité de ressources financières et d’un engagement politique soutenu pour respecter le calendrier électoral.
Malgré ces avancées, la situation sécuritaire reste extrêmement préoccupante. Entre décembre 2025 et février 2026, 2 444 personnes ont été tuées, soit une hausse de 22,8 % par rapport à la période précédente. Parmi elles, 193 femmes et plusieurs enfants. Le rapport indique que 64 % des victimes étaient des membres présumés de gangs, tandis que 158 civils ont également été tués lors d’opérations ou d’affrontements. Le nombre d’enlèvements demeure élevé avec 267 cas recensés. « La violence des gangs continue de saper l’autorité de l’État et de perturber la vie quotidienne », avertit le Secrétaire général.
Les gangs continuent de commettre de graves violations des droits humains, incluant des exécutions ciblées, des violences sexuelles généralisées et le recrutement d’enfants. Le rapport mentionne notamment des attaques meurtrières dans l’Artibonite et dans plusieurs communes où « les victimes ont été abattues dans leur cour ou devant l’entrée de leur domicile ». Par ailleurs, les violences sexuelles demeurent massives, avec 277 cas recensés en trois mois, dont 77 % de viols collectifs.
Le système judiciaire reste paralysé par des grèves et des dysfonctionnements structurels. Au 8 avril, plus de 82 % des 7 551 détenus étaient en détention provisoire, dans des prisons fonctionnant à 312 % de leur capacité. Le Secrétaire général insiste sur la nécessité de renforcer l’état de droit et de lutter contre l’impunité, déplorant que plusieurs affaires emblématiques de violations des droits humains n’aient « pas véritablement progressé ».
La situation humanitaire et socioéconomique continue de se détériorer. Plus de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et près de 30 % dans l’extrême pauvreté. L’insécurité alimentaire touche 5,7 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population analysée, tandis que 6,4 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire en 2026. Le Secrétaire général souligne que « l’insécurité croissante, les déplacements massifs et les graves difficultés de financement ont aggravé la situation humanitaire ».
Les déplacements internes ont atteint des niveaux records, avec plus de 1,45 million de personnes déplacées, dont une majorité d’enfants. Parallèlement, plus de 270 000 migrants haïtiens ont été expulsés en 2025, principalement depuis la République dominicaine. Les services de santé sont également gravement affectés, seuls 10 % des établissements hospitaliers étant pleinement opérationnels.
Face à cette situation, le Secrétaire général appelle à un renforcement du soutien international, notamment pour accélérer le déploiement de la force multinationale d’appui à la sécurité et financer le plan de réponse humanitaire, qui n’était couvert qu’à 18,4 % en mars. Il insiste sur la nécessité d’une approche globale combinant sécurité, développement et gouvernance, estimant que « la capacité des autorités nationales de faire des progrès […] sera indispensable pour maintenir la confiance dans les efforts visant à mener à bien la transition ».
- Tout en saluant certaines avancées, il met en garde contre l’ampleur des défis à relever, affirmant que « les difficultés à surmonter restent considérables » et que seule une stabilisation durable permettra de rétablir la démocratie et de favoriser le développement du pays.

