NEW YORK, vendredi 25 septembre 2026 (RHINEWS)– Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour Haïti et chef du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, a appelé à une approche intégrée combinant sécurité, désarmement, démantèlement et réinsertion (DDR), justice et processus électoral, estimant que les progrès réalisés dans un domaine ne pourront être durables sans avancées parallèles dans les autres.
Intervenant jeudi 24 septembre à New York à la réunion ministérielle du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC), Carlos Ruiz Massieu a insisté sur l’urgence de transformer les éventuelles avancées sécuritaires en une stabilisation durable pour la population haïtienne. Son intervention intervient alors que le BINUH a recensé au moins 1 408 personnes tuées et 656 autres blessées entre avril et juin 2026 dans le contexte des violences en Haïti. Au cours de la même période, 326 personnes ont également été victimes de violences sexuelles, selon les données communiquées par les Nations Unies, qui précisent que ce dernier chiffre pourrait être largement sous-estimé.
« Tout commence par la sécurité », a déclaré le responsable onusien, qui a placé la question sécuritaire au centre de son intervention.
Alors que le Conseil de sécurité doit examiner avant la fin du mois le renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs (FRG), Carlos Ruiz Massieu a estimé que le maintien de l’unité internationale autour de cette force demeurait essentiel. Il a toutefois souligné que le renouvellement de son mandat ne constituait qu’une partie de la réponse.
« Le renouvellement de la FRG est fondamental. Mais le renouvellement n’est qu’une partie de l’équation », a-t-il déclaré, appelant à ce que la force atteigne « sa pleine capacité de déploiement et sa pleine capacité opérationnelle le plus tôt possible », parallèlement au renforcement des forces de sécurité haïtiennes.
Pour le chef du BINUH, les opérations de sécurité ne peuvent cependant constituer une fin en soi. Leur véritable efficacité devra être mesurée à leur capacité à permettre aux autorités haïtiennes de maintenir les gains obtenus et à produire des changements durables dans la vie des populations.
« Conduire des opérations de sécurité, aussi importantes soient-elles, n’est que la première étape », a-t-il affirmé. « Le véritable test est de savoir si nous pouvons maintenir ces acquis et les traduire en changements durables pour la population haïtienne. »
Il a expliqué que lorsqu’un territoire redevient accessible, la présence de l’État et les services de base doivent immédiatement suivre. Cela implique notamment la police et les autorités locales, mais également les écoles, les institutions judiciaires et les activités économiques.
À défaut, a-t-il averti, « le vide demeure et les gangs ont la possibilité de revenir ».
Carlos Ruiz Massieu a ainsi appelé les autorités nationales, les Nations Unies, les partenaires du développement et les institutions financières internationales à être en mesure d’intervenir rapidement et de manière coordonnée chaque fois que de nouvelles possibilités d’ouverture sécuritaire se présentent.
Il a également insisté sur la nécessité de placer les institutions haïtiennes au centre de la réponse. Selon lui, l’expérience des précédentes interventions internationales en Haïti montre que les acquis ne pourront être durables que si les institutions nationales sont capables d’établir leur présence, de fournir des services publics et de rétablir la confiance des communautés.
« L’une des leçons les plus claires des précédents engagements internationaux en Haïti est que les acquis ne seront durables que si les institutions nationales sont capables d’établir leur présence, de fournir des services et de renforcer la confiance avec les communautés », a-t-il déclaré.
Pour le responsable onusien, la question du contrôle territorial ne constitue toutefois qu’une partie du problème. Il a également appelé à s’attaquer à la capacité des gangs à recruter de nouveaux membres et à reconstituer leurs effectifs, tout en renforçant les efforts visant à interrompre les flux d’armes et de munitions qui alimentent la violence.
C’est dans ce contexte qu’il a présenté le désarmement, le démantèlement et la réinsertion comme un élément essentiel de la réponse sécuritaire et de stabilisation. Il a jugé « critique » le travail entrepris avec les autorités haïtiennes pour élaborer un cadre global de DDR dirigé par Haïti.
« Le DDR ne peut pas attendre que la sécurité soit rétablie », a-t-il prévenu.
Selon Carlos Ruiz Massieu, ce mécanisme doit fonctionner parallèlement à la pression sécuritaire, en offrant des voies crédibles à ceux qui souhaitent individuellement ou collectivement abandonner la violence, en mettant en place des mécanismes et des garanties adaptés aux enfants et en empêchant de nouveaux recrutements.
Il a précisé que cette démarche ne devait être interprétée ni comme un affaiblissement de la réponse sécuritaire ni comme une possibilité d’impunité pour les chefs de gangs.
« Il ne s’agit pas d’affaiblir la réponse sécuritaire, ni d’offrir l’impunité aux chefs de gangs », a-t-il déclaré, expliquant que l’objectif était de rendre la pression sécuritaire « plus durable ».
À mesure que la pression exercée sur les gangs augmente et que les incitations commencent à évoluer, a-t-il ajouté, les mécanismes permettant aux personnes qui souhaitent abandonner la violence doivent déjà être opérationnels.
Le représentant du Secrétaire général a parallèlement insisté sur la place de la justice dans cette stratégie. Les communautés fortement touchées par les violences des gangs, a-t-il estimé, doivent pouvoir distinguer clairement les mécanismes permettant de sortir de la violence des éventuels processus pouvant être perçus comme des voies vers l’impunité.
« Le défi consiste donc à faire progresser ensemble la sécurité, le DDR et la justice », a-t-il affirmé.
Il a préconisé le maintien de la pression sur les gangs, la création de mécanismes différenciés, notamment pour les enfants, ainsi que la poursuite des responsables des crimes graves.
Dans ce cadre, Carlos Ruiz Massieu a souligné l’importance des progrès vers l’opérationnalisation des unités judiciaires spécialisées, appelées à jouer un rôle dans l’enquête et la poursuite des auteurs de crimes graves.
Il a également établi un lien direct entre la situation sécuritaire et l’avenir du processus politique et électoral. Selon lui, le processus électoral est engagé, comme l’a indiqué le Premier ministre, mais son rythme et sa portée dépendront en définitive de l’instauration de conditions minimales de sécurité.
La réouverture des axes routiers stratégiques, le rétablissement de la présence de l’État et l’amélioration de la liberté de circulation, a-t-il expliqué, ne sont donc pas uniquement des objectifs sécuritaires. Ils sont également nécessaires au rétablissement de l’espace permettant à la vie politique et démocratique de fonctionner.
Alors que les institutions haïtiennes examinent les éventuels ajustements nécessaires à l’avancement du processus électoral, il a appelé à maintenir la dynamique vers les élections, à préserver la confiance dans le processus et à éviter que l’incertitude sur la suite du calendrier ne devienne une nouvelle source d’instabilité.
Carlos Ruiz Massieu a résumé son intervention autour d’un principe : les progrès dans les domaines de la sécurité, du DDR, de la justice et des élections ne peuvent être poursuivis séparément.
« Chacun doit créer les conditions permettant aux autres de progresser », a-t-il déclaré.
Il a estimé que, sans des voies crédibles permettant de sortir de la violence, les gains sécuritaires resteraient fragiles ; sans justice, le DDR risquerait d’être perçu comme une voie vers l’impunité ; et sans progrès politique, aucun de ces acquis ne pourrait finalement s’inscrire dans la durée.
Selon lui, faire en sorte que ces différents efforts se renforcent mutuellement se trouve précisément au cœur du mandat du BINUH et des Nations Unies en Haïti, qui consiste à travailler aux côtés des autorités haïtiennes et des partenaires internationaux pour soutenir une réponse intégrée.
Cette approche nécessite toutefois, a-t-il souligné, un soutien international durable et coordonné.
Carlos Ruiz Massieu a attribué au Groupe consultatif ad hoc de l’ECOSOC un rôle important dans ce dispositif, notamment pour maintenir l’attention internationale sur Haïti, mobiliser les appuis et contribuer à les aligner sur les priorités définies par les autorités haïtiennes.
Il a également évoqué le Fonds fiduciaire multipartenaires récemment lancé, présenté comme un mécanisme destiné à rassembler les partenaires et les ressources autour de ces priorités communes.
« Nous devons maintenant veiller à ce qu’il soit pleinement utilisé comme un instrument de soutien continu et coordonné à Haïti », a-t-il déclaré.
Le responsable onusien a enfin estimé que la situation actuelle constituait une « fenêtre d’opportunité » qui ne devait pas être manquée.
« C’est une fenêtre d’opportunité pour travailler collectivement aux côtés des autorités haïtiennes. Elle doit être saisie », a conclu Carlos Ruiz Massieu.

