À l’ONU, Fils-Aimé appelle à soutenir Haïti sans se substituer à elle face à la crise sécuritaire et humanitaire…

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PORT-AU-PRINCE, vendredi 25 septembre 2026 (RHINEWS)- Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a appelé vendredi la communauté internationale à soutenir Haïti dans son combat pour la sécurité, la stabilité et le développement, tout en insistant sur la nécessité de respecter la souveraineté du pays et sa capacité à reprendre en main son destin.

S’exprimant à la tribune de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, M. Fils-Aimé a replacé la crise haïtienne dans le contexte plus large des conflits, des crises humanitaires et des bouleversements qui affectent le monde, en rappelant le rôle historique joué par Haïti dans la création de l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale.

« Il y a plus de 80 ans, au lendemain d’une guerre qui avait plongé le monde dans le chaos, Haïti, membre fondateur des Nations Unies, s’unissait aux nations du monde pour faire le pacte de la paix, du dialogue, du respect de la dignité humaine », a-t-il déclaré.

Selon lui, alors que « les crises et conflits meurtriers s’intensifient » et que de nouvelles menaces pèsent sur la stabilité internationale, les principes ayant présidé à la création de l’ONU demeurent d’actualité.

« Il est impératif que face aux crises, comme à celles qui bouleversent tant de régions, les nations fassent front commun autour de l’essentiel : la paix, la sécurité et le bien-être des peuples », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a salué le président de l’Assemblée générale pour son action à la tête de l’organe onusien ainsi que le secrétaire général António Guterres pour son engagement en faveur de la paix. Il a notamment évoqué la visite effectuée par M. Guterres à Port-au-Prince le 16 juin 2026, qu’il a qualifiée de « témoignage fort de sa solidarité envers le peuple haïtien ».

Alix Didier Fils-Aimé a également exprimé la reconnaissance du gouvernement haïtien envers les partenaires internationaux qui continuent d’accompagner le pays dans un contexte marqué par la violence des groupes armés et une importante crise humanitaire.

Il a salué l’engagement du système des Nations Unies, du Conseil de sécurité, de l’Organisation des États américains (OEA), de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et de l’Union européenne, estimant que leur soutien demeure « plus que jamais essentiel ».

Le chef du gouvernement a rendu un hommage particulier aux pays qui contribuent à l’effort international de sécurité en Haïti et qui, selon lui, « partagent avec nous le poids du combat pour la paix et la sécurité ».

Il a également souligné le partenariat avec les États-Unis, l’appui du Canada ainsi que l’accompagnement de la France, du Chili et du Mexique dans la modernisation des capacités opérationnelles de sécurité d’Haïti.

La République dominicaine a également été citée pour son ouverture au dialogue et son plaidoyer en faveur d’une résolution durable de la crise haïtienne.

« Nous exprimons notre reconnaissance continue aux agences, fonds et programmes présents sur le terrain, ainsi qu’à l’ensemble de nos partenaires multilatéraux pour leur engagement constant aux côtés du peuple haïtien », a déclaré M. Fils-Aimé.

Le Premier ministre a ensuite consacré une partie importante de son intervention à l’histoire d’Haïti et à son rôle dans la lutte contre l’esclavage et pour la liberté.

« Je porte une voix, celle d’un peuple qui a gravé son nom dans les annales de l’histoire en osant accomplir l’impensable, briser les chaînes de l’esclavage et faire naître, sur une terre conquise par le sacrifice, la sueur et le sang, la première République noire libre du monde », a-t-il déclaré.

Il a présenté cette histoire comme une référence dans le combat actuel du pays contre la violence criminelle.

« Haïti est la preuve éternelle qu’aucune puissance, aussi grande soit-elle, ne peut venir à bout de la soif de liberté d’un peuple », a-t-il soutenu.

Évoquant la mémoire des victimes de l’esclavage et des fondateurs de l’indépendance haïtienne, il a cité notamment Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe et Alexandre Pétion, ainsi que « tous nos pères et mères fondateurs ».

Selon lui, l’héritage de la liberté haïtienne demeure vivant malgré les crises contemporaines.

« Même si la violence criminelle menace, cherche à dérober à nos enfants le fruit de cette liberté si chèrement acquise, Haïti résiste, Haïti est debout », a-t-il affirmé.

« Elle est debout parce que le peuple ne cède jamais devant les forces du chaos. Elle est debout parce que le peuple, né du sacrifice, sait le prix à payer de la paix et de la sécurité », a ajouté le Premier ministre.

Il a estimé que les expériences historiques d’Haïti montrent que la liberté, la paix et la sécurité ne sont jamais définitivement acquises.

« Haïti sait, pour l’avoir appris dans sa propre chair, que ces conquêtes ne sont jamais définitivement acquises et que, pour les préserver, il faut le courage de les défendre », a-t-il déclaré.

Dans ce contexte, Alix Didier Fils-Aimé a présenté la demande d’Haïti à ses partenaires comme une demande d’accompagnement et non de substitution.

« C’est le combat qu’Haïti mène aujourd’hui et c’est pourquoi elle demande au monde non pas à la sauver, mais à se tenir à ses côtés pendant qu’elle reprend en main son destin », a-t-il déclaré.

Cette volonté de renforcer la capacité d’action nationale intervient alors que le gouvernement haïtien cherche à renforcer les forces nationales de sécurité et à accélérer la mise en œuvre de la force internationale destinée à lutter contre les groupes armés. Lors de sa rencontre avec António Guterres, jeudi à New York, le Premier ministre avait notamment insisté sur la nécessité d’accélérer le déploiement effectif de cette force et sur une approche associant sécurité, justice, désarmement, réinsertion et création d’opportunités pour les jeunes.

Dans son discours, M. Fils-Aimé a par ailleurs élargi son propos aux conséquences du dérèglement climatique et aux inégalités qui affectent les pays vulnérables.

« Pour un petit État comme Haïti, la facture du dérèglement climatique est devenue insoutenable », a-t-il déclaré, estimant qu’il s’agissait d’une « injustice profonde » que les pays ayant historiquement le moins contribué au changement climatique soient parmi ceux qui en subissent les conséquences les plus lourdes.

Il a appelé à renforcer les moyens consacrés à l’adaptation et à la résilience et à améliorer l’accès des pays vulnérables au capital, aux marchés et aux technologies.

« Aucun peuple ne devrait choisir entre répondre à l’urgence et financer son développement », a-t-il soutenu.

Le Premier ministre a également abordé la question de l’intelligence artificielle et des transformations technologiques.

« L’intelligence artificielle ouvre des possibilités immenses, mais sans règles ni garde-fous éthiques, elle risque d’accentuer les inégalités », a-t-il déclaré.

Selon lui, « la technologie doit demeurer un instrument de progrès partagé au service de l’humanité ».

« Nous devons rester les maîtres de la technologie et jamais les sujets. Et aucun peuple ne doit être laissé de côté », a-t-il ajouté.

L’intervention du chef du gouvernement haïtien a également porté sur la faim, les déplacements forcés, les conflits, les migrations et la dignité humaine.

« Nous devons aussi tenir la promesse d’un monde où nul n’est condamné à la faim, privé de ses droits, déplacé par les armes ou victime d’expulsion et de discrimination », a-t-il déclaré.

Il a particulièrement insisté sur la situation des migrants haïtiens et sur la contribution de la diaspora aux sociétés d’accueil.

« Derrière les statistiques et les débats, il y a des femmes, des enfants et des hommes qui portent avec eux une histoire, des talents, des espérances et parfois le poids de l’exil », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a rappelé que les Haïtiens établis à l’étranger contribuent depuis plusieurs générations aux sociétés qui les accueillent, tout en continuant à apporter leur contribution à leur pays d’origine.

« Haïti a été une terre d’accueil, de refuge et d’espérance. Nous travaillons pour qu’elle redevienne un pays où l’on puisse rester, revenir et construire son avenir dans la dignité », a-t-il affirmé.

Sur la question migratoire, il a réaffirmé l’attachement du gouvernement haïtien aux droits fondamentaux.

« Aucune circonstance ne saurait justifier que leur dignité soit bafouée », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que « la protection d’une frontière doit être assurée sans jamais que la dignité humaine soit sacrifiée ».

Il a appelé à une « responsabilité partagée » et à des réponses permettant de s’attaquer aux causes des déplacements et des migrations.

Le chef du gouvernement a enfin établi un lien direct entre la crise migratoire haïtienne et la crise sécuritaire qui frappe le pays.

« La crise sévère en Haïti, qui a provoqué l’exode de milliers d’Haïtiens, passe par le rétablissement de la stabilité », a-t-il déclaré, en annonçant que cette stabilité s’inscrit parmi les trois priorités de son gouvernement.

L’intervention de M. Fils-Aimé intervient alors que son gouvernement poursuit les préparatifs en vue des élections annoncées pour décembre 2026 et cherche, parallèlement, à renforcer la coopération internationale dans le domaine de la sécurité. Des rencontres tenues à New York avec plusieurs partenaires ont porté sur la sécurité, les élections, la formation et le renforcement des capacités des forces haïtiennes. (Clin D oeil Info⁠)

Lors de sa rencontre avec António Guterres en juin, Fils-Aimé avait déjà indiqué que la sécurité constituait une priorité pour permettre à la transition d’organiser les élections et de « revenir à un régime républicain ». )

À l’Assemblée générale, le Premier ministre a ainsi articulé le message d’Haïti autour de plusieurs axes : rétablissement de la sécurité, appui international aux capacités nationales, organisation des élections, respect de la souveraineté, développement économique, lutte contre les effets du changement climatique, encadrement de l’intelligence artificielle et protection des droits fondamentaux des migrants.

« Haïti est debout », a-t-il réaffirmé, appelant les partenaires internationaux à accompagner le pays dans la reprise en main de son destin plutôt qu’à se substituer à lui.