WASHINGTON, samedi 5 juillet 2025 (RHINEWS) – Le projet de l’administration Trump visant à expulser huit hommes condamnés pour des crimes graves aux États-Unis vers le Soudan du Sud a franchi une étape décisive vendredi soir, après le rejet d’une seconde plainte par un juge fédéral du Massachusetts. Cette tentative de dernière minute cherchait à bloquer les expulsions en invoquant leur caractère prétendument inconstitutionnel et punitif.
Le juge Brian E. Murphy, de la cour de district fédérale à Boston, a estimé que deux décisions précédentes de la Cour suprême, favorables au gouvernement, s’appliquaient également à ce nouveau recours, qui soulevait des arguments « substantiellement similaires ». Il a ainsi refusé de suspendre les expulsions, ouvrant la voie à leur exécution immédiate.
Selon un avocat du ministère de la Justice, l’avion censé transporter les huit hommes de Djibouti vers le Soudan du Sud devait décoller vendredi à 19h, heure de l’Est. Depuis plusieurs semaines, les détenus étaient enfermés dans un conteneur climatisé sur la base militaire américaine de Camp Lemonnier, à Djibouti, selon des sources judiciaires.
Tricia McLaughlin, porte-parole du département de la Sécurité intérieure, a déclaré jeudi que les hommes expulsés étaient des « malades » et qu’ils seraient « au Soudan du Sud pour la fête de l’indépendance ».
L’expulsion marque une victoire pour l’administration Trump, qui a fait de la fermeté migratoire un axe majeur de sa politique. La Maison-Blanche n’a pas caché son hostilité envers les juges ayant tenté de freiner ces mesures, qualifiant le juge Murphy d’« activiste d’extrême gauche ». Stephen Miller, chef adjoint du cabinet de Donald Trump, a accusé le magistrat de mener un « coup d’État judiciaire » après qu’il eut ordonné la suspension temporaire des expulsions afin de permettre aux hommes concernés d’exprimer leur crainte d’être torturés s’ils étaient renvoyés dans ce pays instable.
L’un des avocats des migrants, Me Trina Realmuto, a dénoncé l’intervention de la Cour suprême, qui selon elle, a privé les juges fédéraux de la possibilité d’examiner pleinement la légalité de ces renvois. « Il est profondément troublant que la décision procédurale de la Cour suprême ait empêché un tribunal d’évaluer si ces expulsions sont punitives de manière inconstitutionnelle », a-t-elle affirmé.
Plus tôt vendredi, le juge Randolph D. Moss, de la cour fédérale de Washington D.C., avait brièvement suspendu les expulsions, laissant entendre que les nouveaux arguments juridiques présentés méritaient d’être examinés. « Il est évident que le gouvernement des États-Unis ne peut envoyer des êtres humains dans des conditions où leur intégrité physique est en danger, simplement pour les punir ou dissuader d’autres migrants », a déclaré le juge Moss, avant de renvoyer l’affaire au tribunal du Massachusetts.
Les hommes concernés sont originaires du Vietnam, du Mexique, du Laos, de Cuba et de Birmanie. Un seul d’entre eux est citoyen sud-soudanais. Leurs avocats soutiennent qu’en cas de retour, plusieurs risquent d’être soumis à la torture. Le gouvernement américain affirme de son côté avoir reçu des assurances diplomatiques du Soudan du Sud garantissant leur sécurité.
Le sort des huit hommes une fois arrivés sur place demeure incertain. Lors de l’audience, un avocat du ministère de la Justice a lu une note diplomatique dans laquelle les autorités sud-soudanaises promettent de leur accorder un statut d’immigration temporaire.
En mai dernier, le juge Murphy avait déjà reproché au gouvernement d’avoir violé une de ses injonctions en ne notifiant les expulsions que quelques heures avant leur exécution. Dans d’autres dossiers, la Cour suprême s’est montrée critique à l’égard de l’administration Trump, notamment sur l’usage de la loi sur les ennemis étrangers pour expulser des Vénézuéliens soupçonnés d’appartenir à des gangs. Mais dans ce cas précis, elle a annulé une décision de première instance qui cherchait à ralentir la procédure afin d’examiner les demandes des détenus.

