Le chargé d’affaires américain en Haïti plaide pour une responsabilité des élites haïtiennes face au chaos et à l’anarchie…

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PORT-AU-PRINCE, 4 juillet 2025 (RHINEWS)Le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry T. Wooster, a placé les élites au cœur de la réflexion sur la transformation sociale et politique, lors de la célébration du 249e anniversaire de l’indépendance américaine, organisée jeudi 3 juillet à Port-au-Prince. Dans un discours solennel prononcé devant le Premier ministre, le président du Conseil présidentiel de transition, plusieurs membres du gouvernement, des diplomates et invités haïtiens, M. Wooster a évoqué avec force l’héritage fondateur des États-Unis et ses résonances avec le contexte haïtien actuel.

« Deux cent quarante-neuf ans plus tôt, 56 personnes ont choisi le courage face à l’incertitude en signant la Déclaration d’indépendance », a déclaré le diplomate. « Nos Pères fondateurs étaient prêts à en payer le prix avec leur vie, croyant que c’était la bonne chose à faire, en misant sur le fait que les générations futures en bénéficieraient. »

Revenant sur cet acte fondateur, M. Wooster a rappelé que les signataires de la Déclaration étaient issus des élites culturelles et économiques de l’époque, des hommes instruits et privilégiés qui avaient pourtant beaucoup à perdre en défiant l’ordre établi. « Il est remarquable que la décision de rompre avec le statu quo ait été prise par ceux qui en bénéficiaient le plus, ou dit autrement, par ceux qui avaient le plus à perdre », a-t-il affirmé. « Ceux qui connaissent l’histoire américaine savent que le prix fut élevé : personnellement, financièrement et professionnellement. »

Dans cette logique, le chargé d’affaires a souligné que les élites américaines du XVIIIe siècle avaient su se montrer à la hauteur des exigences historiques du moment. Il a invité implicitement les élites haïtiennes à réfléchir à leur propre rôle dans la construction nationale et à faire preuve d’un courage équivalent. « Les analystes d’Haïti, comme les Haïtiens eux-mêmes, évoquent souvent les ‘élites’ en parlant de la culture politique du pays », a-t-il observé, laissant entendre que ce mot, souvent perçu négativement, peut aussi renvoyer à une responsabilité historique et morale.

« Les récits fondateurs nourrissent l’imagination, le cœur, la raison et l’esprit d’un peuple », a-t-il poursuivi. « Se souvenir de notre histoire nous inspire. »

M. Wooster a également mis en parallèle la quête américaine d’une « union plus parfaite » et les efforts que doivent entreprendre les nations confrontées à l’instabilité. « Les États-Unis se sont engagés dans une entreprise audacieuse pour former une union plus parfaite, un projet toujours en cours, même aujourd’hui », a-t-il déclaré. « Audacieuse, car il leur fallait imaginer un monde sans précédent, où les valeurs de liberté et d’égalité primeraient. »

Faisant écho à cette quête, il a salué la relation historique entre les États-Unis et Haïti, fondée sur des valeurs partagées et des défis communs. « Depuis 1776, l’Amérique a tissé ses liens les plus forts avec des nations partageant les valeurs de vie, de liberté et de recherche de justice », a-t-il souligné. « Haïti et les États-Unis partagent les mêmes objectifs : stabilité sociale, croissance économique et avenir positif pour nos citoyens. »

Face à la grave crise sécuritaire que traverse Haïti, M. Wooster a réaffirmé la position claire de son pays. « Les États-Unis restent engagés à rechercher des solutions aux défis actuels d’Haïti : des gangs armés qui cherchent à renverser l’État », a-t-il déclaré. « La perspective de voir un État souverain devenir un espace non gouverné — ou, pire, gouverné par l’anarchie, la criminalité et le terrorisme — est contraire aux intérêts des États-Unis, de la région, d’Haïti lui-même, et de tous les États membres de la communauté internationale. »

S’adressant directement aux décideurs haïtiens présents dans l’assistance, le diplomate a souligné l’exigence d’un « courage moral » de la part des responsables publics, civils comme militaires. « Créer et maintenir les conditions qui permettront à nos enfants, puis aux leurs, de réussir, exige du courage moral de la part de nos serviteurs de l’État, qu’ils portent costume ou uniforme. »

Le discours a aussi été l’occasion pour le chargé d’affaires d’honorer la mémoire de la révolution haïtienne, qu’il a qualifiée de « réalisation historique singulière ». Il a rappelé que la lutte pour l’indépendance d’Haïti, inspirée de la Révolution française, s’était déroulée contre ce qui semblait être des forces insurmontables. « À ce jour, l’accomplissement d’Haïti reste unique dans l’histoire », a-t-il affirmé.

Dans un registre plus léger mais symbolique, Henry Wooster a cité une phrase populaire tirée de la série américaine Ted Lasso : « Believe. » Un mot d’encouragement simple mais porteur d’une charge symbolique forte dans un pays en quête de renouveau.

En conclusion, il a exprimé sa reconnaissance envers le peuple haïtien pour son hospitalité et envers toutes les équipes ayant rendu possible la cérémonie. « Merci anpil pour tout le travail que vous accomplissez, jour après jour, pour permettre la diplomatie américaine et faire vivre la relation entre les États-Unis et Haïti », a-t-il déclaré.

À travers ce discours, le représentant des États-Unis a lancé un appel subtil mais ferme : les élites, lorsqu’elles embrassent leur rôle avec lucidité, courage et altruisme, peuvent changer le cours de l’histoire — comme ce fut le cas en 1776. Le moment serait venu, en Haïti, pour qu’une génération d’élites se montre digne de cet héritage.