Etats-Unis/immigration : la Cour suprême autorise l’administration Trump à mettre fin aux protections migratoires de centaines de milliers d’Haïtiens et de Syriens…

Marlene Bstien en noir, gauche entouree de jeunes haitiennes

WASHINGTON, jeudi 25 juin 2026 (RHINEWS) – La Cour suprême des États-Unis a autorisé jeudi l’administration du président Donald Trump à mettre fin au Statut de protection temporaire (TPS) accordé à plus de 350 000 ressortissants haïtiens et environ 6 100 Syriens vivant légalement sur le territoire américain, une décision qui les expose désormais à une possible expulsion et qui pourrait avoir des répercussions sur plus d’un million d’autres bénéficiaires de ce programme humanitaire.

Par un vote de six juges contre trois, la plus haute juridiction américaine a donné raison à l’administration fédérale en estimant que les décisions de l’exécutif concernant l’octroi ou la suppression du TPS relèvent largement de son pouvoir discrétionnaire et ne peuvent, dans la plupart des cas, être contestées devant les tribunaux.

Le juge Samuel Alito, rédigeant l’opinion majoritaire, a considéré que la loi encadrant le TPS limite considérablement le contrôle judiciaire des décisions prises par le département de la Sécurité intérieure. Les trois magistrats progressistes de la Cour ont exprimé leur désaccord.

Cette décision renverse plusieurs jugements rendus ces derniers mois par des tribunaux fédéraux de New York et de Washington qui avaient suspendu la suppression du TPS pour les ressortissants haïtiens et syriens dans l’attente d’un examen approfondi des recours déposés par des organisations de défense des immigrants et des bénéficiaires du programme.

Créé en 1990, le Statut de protection temporaire permet à des ressortissants de pays touchés par des conflits armés, des catastrophes naturelles ou des crises humanitaires de vivre et de travailler légalement aux États-Unis sans risque d’expulsion. Les Haïtiens bénéficient de cette protection depuis le séisme dévastateur de janvier 2010, tandis que les Syriens y ont été admis en raison de la guerre civile qui ravage leur pays depuis 2011.

Selon les organisations de défense des migrants, la décision pourrait avoir des conséquences majeures pour des dizaines de milliers de familles établies aux États-Unis depuis de nombreuses années. Beaucoup de bénéficiaires du TPS possèdent des emplois, paient des impôts, exploitent des entreprises et ont des enfants nés sur le sol américain.

« Cette décision bouleverse la vie de centaines de milliers de personnes qui ont construit leur existence aux États-Unis », ont réagi plusieurs groupes de défense des immigrants, dénonçant une mesure qu’ils jugent « profondément déstabilisatrice » pour des communautés entières.

Les avocats des plaignants soutenaient notamment que l’administration Trump avait ignoré la gravité de la situation sécuritaire en Haïti et en Syrie. Ils faisaient valoir que les autorités américaines elles-mêmes continuent de déconseiller les voyages vers ces deux pays en raison de la violence, de l’instabilité politique et des risques élevés pour la sécurité.

Les défenseurs du programme affirmaient également que la suppression du TPS risquait d’affecter l’économie américaine en privant de nombreux secteurs de travailleurs légalement employés depuis des années. Ils invoquaient aussi des irrégularités administratives dans le processus ayant conduit à la révocation des protections.

L’administration Trump a pour sa part soutenu que le TPS n’a jamais été conçu comme un mécanisme permanent d’immigration. Les responsables fédéraux estiment que le programme doit rester temporaire et que l’exécutif dispose de l’autorité nécessaire pour y mettre fin lorsqu’il juge que les conditions le permettent.

Pour la communauté haïtienne des États-Unis, cette décision intervient dans un contexte particulièrement sensible. Haïti demeure confrontée à une crise multidimensionnelle marquée par l’expansion des groupes armés, des déplacements massifs de population, l’effondrement de nombreux services publics et une grave détérioration de la situation humanitaire.

La décision de la Cour suprême pourrait également servir de précédent pour d’autres litiges liés au TPS. Plusieurs observateurs estiment qu’elle ouvre la voie à de nouvelles suppressions de protections accordées à des ressortissants d’autres pays bénéficiant actuellement de ce statut humanitaire.

Les procédures individuelles d’immigration déjà engagées par certains bénéficiaires demeurent toutefois distinctes du TPS. Les personnes ayant obtenu ou sollicité un autre statut légal pourraient encore disposer de recours spécifiques devant les autorités migratoires américaines.

Cette affaire constituait l’un des dossiers migratoires les plus attendus du mandat de Donald Trump et pourrait marquer un tournant majeur dans la politique américaine en matière d’immigration et de protection humanitaire.