PORT-AU-PRINCE, 25 juin 2026 (RHINEWS) – Plusieurs organisations syndicales, professionnelles et de la société civile haïtienne ont adressé une lettre ouverte au secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, pour exprimer leur opposition au projet annoncé lors de la 56e Assemblée générale de l’organisation au Panama visant à établir cinq bases opérationnelles avancées en Haïti dans le cadre du soutien à la sécurité.
Dans cette correspondance rendue publique, les signataires affirment que cette initiative s’inscrit dans une logique de « mise sous tutelle permanente » du pays et demandent au chef de l’OEA de renoncer à toute démarche qu’ils jugent contraire à la souveraineté nationale.
La lettre fait référence à une déclaration d’Albert Ramdin lors de l’ouverture de l’Assemblée générale de l’OEA. Selon les auteurs, le secrétaire général avait réaffirmé que l’organisation demeurait engagée à « soutenir les efforts dirigés par les Haïtiens eux-mêmes pour stabiliser le pays, renforcer les institutions démocratiques et créer les conditions nécessaires permettant au peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants ».
Les organisations citent également un communiqué de l’OEA annonçant le lancement d’un projet financé à hauteur de 11,6 millions de dollars par l’Union européenne pour la mise en place de cinq bases opérationnelles avancées à Port-au-Prince. Selon ce communiqué, le projet intervient « à un moment crucial alors que se poursuivent les préparatifs en vue du déploiement complet de la mission internationale d’appui à la sécurité autorisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies ».
Dans leur argumentaire, les signataires critiquent les interventions internationales successives en Haïti et estiment que les organisations régionales et multilatérales n’ont pas apporté de solutions durables à la crise haïtienne. Ils rappellent notamment les critiques formulées par diverses personnalités internationales au cours des dernières années à l’égard du rôle de la communauté internationale en Haïti.
La lettre évoque également les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio devant le Sénat des États-Unis, le 20 mai 2025. Selon les signataires, ce dernier avait appelé l’OEA à jouer un rôle accru dans la réponse à la crise haïtienne. Ils citent notamment cette déclaration : « Cela signifie que des organisations comme l’OEA, à laquelle nous contribuons de manière significative, doivent s’engager et fournir une mission multinationale regroupant plusieurs pays membres pour s’attaquer à la crise haïtienne ».
Les auteurs du texte soulignent par ailleurs que les États-Unis demeurent le principal contributeur financier de l’organisation régionale. Ils rappellent qu’en 2026, le budget de l’OEA est estimé à environ 90 millions de dollars et que la contribution américaine représenterait plus de la moitié de ce montant.
Tout en reconnaissant la gravité de la crise sécuritaire qui affecte Haïti, les signataires estiment que les réponses internationales antérieures n’ont pas permis de rétablir durablement la stabilité. Ils citent notamment le bilan controversé de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) ainsi que les débats entourant la Mission multinationale d’appui à la sécurité dirigée par le Kenya.
« Osez dire non à toute résolution démagogique et violatrice du droit à l’autodétermination et à la souveraineté du peuple haïtien », écrivent-ils à l’intention du secrétaire général de l’OEA. « La tutelle multiforme doit cesser sur Haïti, premier État indépendant sans esclavage de toute l’Amérique », ajoutent-ils.
La lettre est signée par des représentants de plusieurs organisations, dont la Centrale unitaire des travailleurs/euses des secteurs public et privé d’Haïti (CUTRASEPH), l’Association nationale des greffiers haïtiens (ANAGH), l’Association nationale syndicale des transporteurs visionnaires d’Haïti (ANSTVH), le Jeune Barreau de Port-au-Prince, l’Union nationale des normaliens haïtiens (UNNOH) ainsi que plusieurs syndicats de fonctionnaires et associations professionnelles.

