PORT-AU-PRINCE, mercredi 16 septembre 2026 (RHINEWS)– La Communauté des Caraïbes (CARICOM) réunira, du 17 au 19 septembre à la Barbade, des dirigeants politiques, représentants d’organisations internationales, universitaires, acteurs de la société civile et représentants de la diaspora africaine à l’occasion de sa troisième Conférence régionale sur les réparations, consacrée au thème « La justice réparatrice comme prochaine ère des Lumières ».
La secrétaire générale de la CARICOM, Dr Carla Barnett, interviendra lors de la cérémonie d’ouverture de cette rencontre organisée au Wyndham Grand Sam Lord’s Castle, à Saint-Philip, par le Secrétariat de la CARICOM et la Commission des réparations de la CARICOM (CRC), avec le soutien du gouvernement et de la Task Force sur les réparations de la Barbade. La conférence devrait réunir quelque 150 à 200 participants.
Cette rencontre constitue, selon les organisateurs, la première grande conférence régionale consacrée aux réparations dans la Caraïbe depuis plus d’une décennie. Elle fait suite aux conférences organisées à Saint-Vincent-et-les-Grenadines en 2013 et à Antigua-et-Barbuda en 2014. Les travaux de 2026 doivent notamment porter sur la mise en œuvre du plan révisé de dix points de la CARICOM consacré à la justice réparatrice et sur la traduction de cette démarche en mesures politiques, juridiques, économiques, sociales et institutionnelles.
Le plan révisé, intitulé « CARICOM Ten Point Plan for Reparatory Justice: A Manifesto for the Coming Enlightenment », a été approuvé par les chefs de gouvernement de la CARICOM lors de leur 51e réunion ordinaire, tenue du 5 au 8 juillet 2026 à Sainte-Lucie. Élaboré par la Commission des réparations de la CARICOM, il constitue le cadre politique régional de la revendication de réparations auprès des États européens et des autres acteurs considérés par la Commission comme ayant participé à la traite transatlantique, à l’asservissement des Africains, au génocide des peuples autochtones et aux systèmes coloniaux d’exploitation.
La CARICOM présente toutefois ce document non comme un mécanisme définitif de règlement financier, mais comme un cadre stratégique destiné à orienter la mobilisation et les négociations autour de la justice réparatrice. Le plan relie ainsi la question des réparations aux conséquences sociales, économiques, sanitaires, culturelles et institutionnelles que la Commission attribue à plusieurs siècles d’esclavage et de colonisation. (
Les revendications formulées dans ce cadre dépassent donc la seule question d’une éventuelle indemnisation financière. Elles comprennent notamment une demande d’excuses officielles et formelles de la part des gouvernements concernés, des programmes de développement destinés aux peuples autochtones, le financement de dispositifs permettant le retour ou la réinstallation en Afrique des descendants de personnes réduites en esclavage, ainsi que la création d’institutions culturelles et la restitution du patrimoine culturel.
Le volet sanitaire constitue également l’un des axes de la démarche. La Commission demande une participation au traitement des problèmes de santé qu’elle relie aux conditions historiques de l’esclavage, de la colonisation et de leurs conséquences sociales. Le plan met également l’accent sur l’éducation, considérée comme un instrument de réduction des séquelles historiques et de renforcement des capacités de développement de la région.
La question de la transmission des connaissances historiques et culturelles occupe un autre volet important. Le plan prévoit notamment le développement d’échanges entre les populations africaines et caribéennes, ainsi que des initiatives destinées à renforcer la connaissance de l’histoire, des cultures et des liens entre les peuples d’Afrique, de la Caraïbe et de leur diaspora. Il prévoit également des mesures de réhabilitation psychologique, en raison des traumatismes que la Commission associe à l’esclavage et à leur transmission entre générations.
Sur le plan économique, la CARICOM inscrit dans son agenda la question du droit au développement, notamment à travers l’accès aux technologies, leur transfert et le renforcement des capacités scientifiques et productives des États de la région. Le dixième volet du plan porte sur l’annulation de dettes et la compensation monétaire, faisant de la question financière l’un des éléments d’un programme de réparation plus large.
« Les discussions étaient guidées par une idée centrale : améliorer la vie des populations de la Communauté des Caraïbes », avait déclaré le Premier ministre de Sainte-Lucie et président de la CARICOM, Philip J. Pierre, après l’adoption du plan révisé en juillet.
Le président de la Commission des réparations de la CARICOM, le professeur Sir Hilary Beckles, considère pour sa part que l’enjeu est désormais moins celui de la reconnaissance du principe des réparations que celui de sa mise en œuvre. « La question maintenant est celle de la mise en œuvre et de la demande. C’est là où nous en sommes », avait-il déclaré en juillet, après l’adoption du plan révisé.
La démarche régionale intervient également dans un contexte international marqué par l’adoption, le 25 mars 2026, de la résolution A/RES/80/250 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui reconnaît la traite transatlantique des Africains et l’asservissement racial des Africains comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Tous les États membres de la CARICOM avaient voté en faveur de cette résolution, selon le Secrétariat de l’organisation.
La conférence de la Barbade doit notamment examiner les suites à donner à cette évolution internationale, ainsi que les possibilités de coopération entre la CARICOM, l’Union africaine, les Nations unies, les commissions nationales de réparations, les milieux universitaires, la société civile et la diaspora africaine. Le programme prévoit des séances plénières, des dialogues de haut niveau, des tables rondes et des sessions techniques, avec notamment la présentation attendue d’un « Plan d’action de Bridgetown ».
La CARICOM entend également inscrire la question des réparations dans ses prochains rendez-vous diplomatiques. Les chefs de gouvernement ont notamment décidé de renforcer la collaboration avec l’Union africaine et de donner une visibilité accrue à cette question lors du prochain Sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth, prévu en novembre 2026 à Antigua-et-Barbuda.
La conférence de Bridgetown doit ainsi servir de cadre pour passer de la formulation des revendications à l’élaboration de mécanismes et d’actions concrètes. Les organisateurs la présentent comme une étape destinée à structurer la prochaine phase du mouvement régional et international en faveur de la justice réparatrice, en mettant l’accent sur les dimensions historiques, juridiques, économiques, sociales, culturelles et institutionnelles de la réparation.

