L’ambassade américaine en Haïti offre jusqu’à 3 millions de dollars pour des informations sur le financement de “Gran Gri” et de “Viv Ansanm”

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PORT-AU-PRINCE, mercredi 16  septembre 2026 (RHINEWS)- L’ambassade des États-Unis en Haïti renouvelle son appel à la population pour obtenir des informations susceptibles de permettre de perturber les mécanismes financiers de Viv Ansanm et de Gran Grif, deux organisations que le gouvernement américain a désignées comme organisations terroristes étrangères (FTO).

« Vous pourriez être éligible à la relocalisation et à une récompense pouvant atteindre 3.000.000 de dollars. Envoyez votre alerte en toute confidentialité, dès aujourd’hui », indique l’ambassade américaine dans un message diffusé sur ses plateformes officielles. Les autorités américaines invitent les personnes disposant d’informations à utiliser les applications WhatsApp, Signal ou Telegram au +1 202-702-7843. (Facebook⁠)

Cette offre, qui ne vise pas directement la capture d’un chef de gang, s’inscrit dans le programme Rewards for Justice (RFJ) du département d’État américain. Elle porte sur les informations permettant de perturber les mécanismes financiers de Viv Ansanm et de Gran Grif, notamment les entreprises, comptes bancaires, investissements, sociétés-écrans, transactions financières ou contributions servant à soutenir leurs activités. Le programme prévoit également, selon les cas, une possibilité de relocalisation du bénéficiaire.

Formée en septembre 2023 à partir d’une alliance entre les deux principales coalitions armées opérant à Port-au-Prince, le G9 et le G-Pèp, Viv Ansanm est dirigée par Jimmy Chérizier, alias « Barbecue ». Le Conseil de sécurité de l’ONU l’a inscrite sur sa liste de sanctions en juillet 2025, la décrivant comme une coalition de gangs constituée pour mener des actions violentes visant notamment à déstabiliser Haïti et à empêcher le rétablissement de l’autorité de l’État.

Le dispositif américain intervient après plusieurs années d’offres de récompenses visant individuellement des chefs de gangs haïtiens. Dans plusieurs de ces dossiers, les recherches sont conduites notamment par le FBI, tandis que les récompenses ont été établies par le département d’État.

Jimmy Chérizier fait ainsi l’objet d’une récompense pouvant atteindre 5 millions de dollars pour toute information conduisant à son arrestation ou à sa condamnation. Le FBI le recherche pour une accusation de complot visant à violer la législation américaine sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (International Emergency Economic Powers Act). L’agence américaine le présente comme le chef de l’alliance Viv Ansanm. Un mandat d’arrêt fédéral a été délivré contre lui aux États-Unis.

D’autres chefs de gangs haïtiens ont également fait l’objet d’offres de récompenses américaines. Vitel’homme Innocent, chef du gang Kraze Baryè, a fait l’objet d’une récompense pouvant atteindre 2 millions de dollars après son inscription sur la liste des fugitifs les plus recherchés du FBI. Wilson Joseph, chef de 400 Mawozo, a fait l’objet d’une récompense pouvant atteindre 1 million de dollars. Les deux hommes ont été inculpés par la justice américaine pour leur rôle présumé dans l’enlèvement armé de citoyens américains en Haïti en octobre 2022.

Johnson « Izo » André, chef du groupe criminel 5 Segond, fait pour sa part l’objet d’une récompense pouvant atteindre 1 million de dollars dans le cadre du programme Rewards for Justice. Le département d’État américain l’accuse d’avoir ordonné l’identification et la prise en otage de personnes contre rançon. Une plainte pénale déposée en décembre 2024 par le parquet fédéral du district de Columbia et le FBI le poursuit pour prise d’otages et complot en vue de commettre une prise d’otages. Les autorités haïtiennes le recherchent également notamment pour assassinat, enlèvement contre rançon, possession illégale d’armes à feu, détournement de camions de transport et association de malfaiteurs.

Renel Destina, alias « Ti Lapli », chef de Grand Ravine, est également recherché par le FBI pour conspiration de prise d’otages et prise d’otages. Selon l’acte d’accusation cité par le FBI, Destina et des associés auraient enlevé en février 2021 un citoyen américain sous la menace d’une arme et l’auraient retenu pendant quatorze jours, jusqu’au paiement d’une rançon.

Ces procédures individuelles précèdent donc la nouvelle approche américaine consistant à cibler plus directement les circuits financiers des organisations armées. Cette orientation rejoint plusieurs années d’enquêtes du Groupe d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU sur Haïti, qui a documenté les sources de revenus des gangs et leurs réseaux de financement.

Dans son rapport de septembre 2023, le Groupe d’experts indiquait déjà que les gangs avaient progressivement développé des moyens autonomes de financement. Il citait notamment les enlèvements contre rançon, les détournements de camions, le racket des usagers des routes et le pillage. Le rapport soulignait également que certains acteurs politiques et économiques avaient historiquement utilisé ou financé des groupes armés pour défendre des intérêts politiques ou économiques.

Le rapport final du Groupe d’experts publié en 2024 constatait, après la formation de Viv Ansanm, que les gangs avaient étendu leur contrôle territorial afin d’accroître leurs revenus provenant notamment des enlèvements, de l’extorsion et du trafic de stupéfiants. Le Groupe avait également documenté les attaques contre les ports, les infrastructures publiques, les entreprises et les axes routiers.

Dans son rapport intérimaire publié en mars 2026, le Groupe d’experts a apporté de nouveaux éléments sur l’évolution des méthodes de financement. Il a notamment relevé que les gangs avaient adapté leurs pratiques face aux opérations policières visant les postes de contrôle, en renforçant leur contrôle sur certaines maisons de transfert, en utilisant parfois des personnes chargées de surveiller les bénéficiaires de transferts et en imposant des prélèvements aux commerces et aux opérateurs financiers.

Le Groupe d’experts a également documenté l’extorsion exercée autour des ports et des principaux axes économiques. Les camions de marchandises, notamment ceux desservant le terminal pétrolier de Varreux, ont été parmi les principales cibles. Selon le rapport, les gangs ont progressivement adapté leurs méthodes, utilisant notamment des observateurs chargés d’identifier les opérateurs économiques avant de réclamer les paiements directement auprès de leurs entreprises. Le rapport évoque des estimations selon lesquelles l’extorsion des seuls transports de conteneurs pourrait représenter entre 60 et 75 millions de dollars par an, tout en précisant que les revenus provenant d’autres secteurs — transports publics, stations-service, rançons et contributions d’acteurs économiques ou politiques — pourraient être plusieurs fois supérieurs.

L’enquête onusienne relève par ailleurs que Viv Ansanm demeure « une grande structure criminelle » intégrée à des réseaux transnationaux qui contribuent à ses approvisionnements en armes et à ses ressources financières. Le rapport de mars 2026 souligne notamment que certains groupes associés à l’alliance utilisent leur position géographique pour contrôler des corridors commerciaux, accéder aux ports, développer le trafic de stupéfiants et accroître leurs revenus illicites.

Le Groupe d’experts avait déjà établi, dans ses travaux antérieurs, que les sources de revenus des gangs ne se limitaient pas aux enlèvements. Il avait documenté les prélèvements imposés aux entreprises et aux particuliers, le contrôle des routes, les détournements de marchandises, le trafic d’armes et de stupéfiants ainsi que diverses formes de racket. Des rapports des Nations unies ont également fait état de liens entre certains acteurs politiques ou économiques et des groupes armés, notamment dans l’Artibonite.

La nouvelle campagne américaine intervient ainsi dans un contexte où les autorités américaines et les Nations unies ont progressivement déplacé une partie de leur attention de la seule identification des chefs de gangs vers les réseaux financiers, logistiques et économiques qui permettent aux groupes armés de maintenir leurs capacités opérationnelles.

L’offre allant jusqu’à 3 millions de dollars ne constitue donc pas une nouvelle prime pour la capture de Jimmy Chérizier ou d’un autre chef de gang. Elle vise spécifiquement les informations susceptibles de permettre de perturber les mécanismes financiers de Viv Ansanm et de Gran Grif, avec une possibilité de relocalisation pour les informateurs éligibles.

La multiplication des offres de récompenses individuelles depuis plusieurs années, sans arrestation des principaux chefs recherchés, contraste avec cette nouvelle stratégie centrée sur les sources de financement. Les investigations du Groupe d’experts de l’ONU montrent, de leur côté, que ces organisations ont progressivement diversifié leurs revenus et développé des mécanismes de financement liés au contrôle territorial, à l’extorsion, aux enlèvements, au trafic et à l’exploitation de certaines activités économiques.