Crise sécuritaire en Haïti : Pierre Espérance accuse le système judiciaire d’entretenir l’impunité par son laxisme…

Pierre Esperance, Directeur executif du Reseau National de Defense des Droits Humains (RNDDH)...

PORT-AU-PRINCE, mercredi 6 mai 2026 (RHINEWS)-L’insécurité persistante en Haïti trouve sa source dans « une impunité qui s’est érigée en système », conséquence directe du laxisme de l’appareil judiciaire, a déclaré Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), dans une analyse de la situation sécuritaire.

Selon lui, la dégradation de la sécurité remonte à plusieurs années et s’est traduite notamment par le blocage des principaux axes routiers, dont les routes nationales reliant la capitale aux grandes villes de province. « Depuis le 1er juin 2021, soit quelques semaines avant l’assassinat de Jovenel Moïse, les routes nationales étaient déjà paralysées à partir de Martissant. Ce sont les groupes armés, désignés organisations terroristes par les États-Unis qui en avaient le contrôle », a-t-il affirmé, attribuant cette situation à la « banalisation de la vie » et à l’emprise croissante des gangs.

Pierre Espérance soutient que cette réalité ne relève pas uniquement de la criminalité ordinaire, mais aussi de responsabilités politiques. « Lorsque les autorités affirment que les routes sont bloquées, il faut comprendre qu’il s’agit aussi d’un problème politique, car les groupes armés contrôlent des territoires entiers et agissent en toute impunité », a-t-il indiqué, ajoutant que certains acteurs aujourd’hui au pouvoir « avaient auparavant des liens avec ces groupes et modifient désormais leur discours face aux faits accomplis ».

Le responsable du RNDDH a également évoqué l’intervention de forces étrangères dans la lutte contre les gangs, estimant qu’elles opèrent selon leur propre logique. « Ces forces ne sont pas venues pour collaborer avec les institutions haïtiennes ni pour rendre des comptes aux autorités locales. Elles conduisent leurs opérations selon leur propre stratégie », a-t-il déclaré, mettant en garde contre les risques de décalage avec les priorités nationales. Toutefois, il espère que cette force placée sous contrôle des Nations-Unies, pourra se se collecter avec les gangs.

Pour Pierre Espérance, la crise sécuritaire est étroitement liée à des intérêts économiques et à des réseaux de financement impliquant différents secteurs. Il dénonce l’existence de circuits alimentant les gangs en armes et en ressources, avec des ramifications nationales et internationales. « Le phénomène des gangs est à la fois politique et économique, et il est nourri par l’impunité », a-t-il insisté.

Il cite notamment des cas emblématiques de personnes accusées de financement de groupes armés qui n’ont pas été poursuivies de manière effective. « Des individus identifiés par des instances internationales comme impliqués dans le financement des gangs continuent d’échapper à la justice », a-t-il affirmé, évoquant des décisions judiciaires contestées qui, selon lui, envoient « de mauvais signaux » à la population.

Le défenseur des droits humains rappelle que depuis le massacre de La Saline en novembre 2018, plus de cinquante attaques similaires ont été documentées par son organisation. « Malgré ces crimes graves, les poursuites judiciaires restent limitées, et les auteurs bénéficient souvent de protections au plus haut niveau de l’État », a-t-il dénoncé.

Il estime que toute solution durable doit passer par une réforme profonde du système judiciaire. « Il ne peut y avoir de justice sans sécurité, ni de sécurité sans justice. L’État de droit et la bonne gouvernance sont indispensables pour briser ce cycle », a-t-il conclu, tout en appelant à une mobilisation des secteurs concernés pour lutter contre l’impunité et restaurer l’autorité de l’État.