WASHINGTON, mercredi 6 avril 2026 (RHINEWS)– Le Fonds monétaire international a annoncé l’achèvement d’une mission à distance consacrée à la troisième revue du programme de référence avec Haïti, saluant l’atteinte de toutes les cibles à fin décembre 2025, tout en mettant en garde contre une dégradation persistante de l’environnement économique et sécuritaire qui menace les perspectives du pays et complique la mise en œuvre des réformes. Cette mission, conduite du 23 mars au 1er avril 2026 sous la direction de Camilo E. Tovar, reste soumise à l’approbation de la direction du FMI.
Dans son communiqué, l’institution explique qu’un programme de référence constitue « un accord informel entre un pays membre et les services du FMI » permettant de suivre l’exécution des politiques économiques sans validation du conseil d’administration, mais avec transmission des rapports pour information. Ce cadre vise notamment à aider les autorités à bâtir un historique crédible de réformes susceptible d’ouvrir la voie à un appui financier futur.
Le FMI souligne que « toutes les cibles du programme ont été atteintes » à la fin de 2025, couvrant notamment l’accumulation de réserves internationales, le solde budgétaire primaire, la mobilisation des recettes, le financement monétaire et les dépenses sociales. Toutefois, l’institution note que « la mise en œuvre des réformes a progressé, quoique ces progrès aient été plus lents que prévu dans certains domaines », en raison « de conditions de sécurité difficiles, de contraintes de capacités et d’incertitude politique ».
Dans un contexte marqué par une insécurité persistante et des chocs multiples, le FMI insiste sur la gravité de la situation, affirmant que « la persistance de l’insécurité, la fragilité politique et la récente hausse des cours internationaux du pétrole aggravent la situation humanitaire et économique dramatique du pays ». Il encourage ainsi les autorités à utiliser une partie des réserves accumulées « afin d’aider à amortir les chocs, de préserver la stabilité macroéconomique et de protéger les couches de la population les plus vulnérables ».
Les autorités haïtiennes ont réaffirmé leur engagement envers ce programme et sollicité une prolongation jusqu’au 19 juin 2027, une démarche destinée à « renforcer l’ancrage de la stabilité macroéconomique et garantir le maintien du programme de réformes ». Le FMI souligne qu’elles continuent de faire preuve « d’une forte appropriation du programme » et collaborent étroitement avec ses services via un comité de haut niveau.
Dans sa déclaration, M. Tovar décrit une conjoncture particulièrement difficile : « Haïti est confronté à un environnement macroéconomique difficile marqué par une insécurité persistante et des chocs internes et externes récurrents ». Il met en avant l’impact du choc pétrolier lié à la guerre au Moyen-Orient, qui « a constitué un obstacle majeur, occasionnant une hausse notable de la facture des importations de carburant et du coût des subventions implicites », aggravant une situation budgétaire déjà fragile. À cela s’ajoutent « les dégâts causés par l’ouragan Melissa en octobre 2025 », ainsi qu’une « transition politique fragile » censée déboucher sur les premières élections en dix ans.
Sur le plan macroéconomique, le FMI indique que « le PIB réel s’est contracté durant l’exercice 2025 pour la septième année consécutive », tandis que l’inflation, bien qu’en recul à 22,1 % après un pic proche de 32 %, « devrait demeurer élevée ». La contraction de l’intermédiation financière se poursuit, dans un contexte de baisse du crédit bancaire et d’incertitude accrue, même si les ratios de capital des banques restent « bien supérieurs aux minimums réglementaires ».
L’institution note néanmoins certains éléments de résilience, notamment des réserves internationales jugées « à un niveau confortable ». Celles-ci devraient atteindre environ 3,4 milliards de dollars d’ici la fin de l’exercice 2026, couvrant plus de sept mois d’importations. Le taux de change est resté globalement stable, contribuant à un ancrage nominal important malgré l’inflation élevée.
Sur le plan budgétaire, le FMI souligne que la politique économique demeure « entravée par la persistance des problèmes de sécurité, les faiblesses institutionnelles et des marges de manœuvre limitées ». La mobilisation des recettes reste faible en raison des perturbations économiques et de la paralysie institutionnelle liée à l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition. La hausse des prix du pétrole accentue encore les tensions via l’augmentation des subventions implicites, rendant les arbitrages budgétaires plus difficiles et soulignant « l’importance de hiérarchiser les dépenses tout en préservant le soutien aux personnes les plus vulnérables ».
Le FMI met en garde contre des risques « orientés à la baisse », évoquant la possibilité d’une détérioration supplémentaire de la sécurité, d’une prolongation des prix élevés du pétrole ou encore de changements dans les politiques migratoires susceptibles d’affecter les transferts de la diaspora. À l’inverse, il estime que le déploiement de la Force de répression des gangs, soutenue par le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti, pourrait « contribuer à rétablir la confiance et à soutenir l’activité économique ».
L’institution insiste sur la nécessité d’accélérer les réformes structurelles, notamment en matière de gouvernance, de lutte contre la corruption et de renforcement des cadres de lutte contre le blanchiment des capitaux. Elle appelle également à intensifier la mobilisation des recettes, en modernisant les administrations fiscale et douanière et en rendant opérationnel le nouveau code fiscal. Elle salue la décision d’augmenter les prix des carburants, tout en soulignant l’importance « d’une stratégie de communication bien préparée afin d’assurer le soutien du public ».
Le FMI recommande en outre d’améliorer l’exécution budgétaire par une gestion plus rigoureuse de la trésorerie et une meilleure priorisation des investissements publics, ainsi que de renforcer la crédibilité de la politique monétaire menée par la Banque de la République d’Haïti. Des progrès sont également relevés dans le contrôle du secteur financier et l’amélioration de la qualité des données économiques, notamment avec la publication des états financiers audités de la banque centrale.
Enfin, l’institution appelle à une coopération accrue avec les partenaires internationaux, soulignant que le soutien extérieur devrait privilégier les dons plutôt que les emprunts non concessionnels afin de préserver la viabilité de la dette. Elle estime que ces efforts conjoints sont essentiels pour « consolider les progrès réalisés dans le cadre du programme » et « favoriser une reprise durable susceptible d’améliorer les conditions de vie du peuple haïtien ».
La mission du FMI indique avoir tenu des échanges avec le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, le gouverneur de la banque centrale Ronald Gabriel, ainsi qu’avec d’autres responsables, saluant « l’étroite coopération et les entretiens ouverts et constructifs » qui ont marqué cette évaluation.

