PORT-AU-PRINCE, 5 mai 2026 (RHINEWS)- Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a adressé deux correspondances distinctes aux autorités judiciaires et gouvernementales haïtiennes dans lesquelles il exprime de « profondes inquiétudes » et de « vives préoccupations » relatives au processus de désignation des magistrats et parquetiers appelés à intégrer les pôles judiciaires spécialisés créés par décret en avril 2025.
Dans ces démarches, le RNDDH s’adresse notamment à Jean Joseph Lebrun, président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), ainsi qu’au ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, à qui une correspondance parallèle a également été transmise. L’organisation affirme suivre de près la mise en place de ces pôles chargés de traiter les crimes financiers, sexuels et de masse.
Dans une lettre datée du 28 avril 2026 et adressée au président du CSPJ, le RNDDH dit avoir appris « avec étonnement » que plusieurs magistrats ont déjà été sélectionnés « dans l’opacité la plus totale » pour intégrer les nouvelles structures judiciaires. L’organisation évoque notamment la désignation de magistrats issus de la Cour d’appel et du tribunal de première instance de Port-au-Prince et estime que « certains parmi eux traînent un passé douteux ».
Le RNDDH rappelle que le CSPJ, en tant qu’organe de régulation et de discipline du système judiciaire, est tenu de garantir que toute procédure de désignation respecte « strictement les principes d’indépendance, d’impartialité et de transparence ». Il demande des clarifications sur les critères de sélection utilisés et recommande que soit engagée une procédure de certification de l’ensemble des magistrats concernés, avec la participation des organisations de la société civile afin de « garantir la crédibilité du processus ».
L’organisation évoque également la transmission au CSPJ d’une liste de substituts désignés par le ministère de la Justice, certains n’étant pas issus de la magistrature, ce qui constituerait selon elle une violation des dispositions du décret instituant les pôles judiciaires spécialisés.
Dans cette correspondance, le RNDDH dresse un constat critique du fonctionnement de la justice haïtienne, qu’il estime affectée par des problèmes structurels de corruption et d’inefficacité. Il souligne notamment que, sur cent-soixante-six rapports transmis par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) et l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), seuls quatre ont débouché sur un jugement. L’organisation affirme également qu’aucune condamnation n’a été prononcée dans de nombreux dossiers liés aux violences armées enregistrées depuis plusieurs années.
Selon le RNDDH, « les juges sont responsables de la dégradation de la situation des droits humains dans le pays », en raison de l’absence de décisions judiciaires dans des dossiers majeurs de criminalité et de corruption, contribuant ainsi à « la terreur des gangs armés » et à la fragilisation des institutions publiques.
Dans une seconde correspondance datée du 17 avril 2026 et adressée au ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Patrick Pélissier, le RNDDH formule des préoccupations similaires concernant la désignation des parquetiers appelés à intégrer les pôles spécialisés. L’organisation indique qu’au moins dix parquetiers ont déjà été sélectionnés par le ministère, certains ayant même commencé une formation avec l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
Tout en reconnaissant l’importance de la mise en place de ces juridictions spécialisées dans la lutte contre l’impunité, le RNDDH insiste sur la nécessité d’un processus « clair, transparent et inclusif ». Il estime que ces structures judiciaires pourraient constituer un outil important pour traiter les crimes complexes, à condition que leur composition repose sur des critères rigoureux de compétence et de crédibilité.
L’organisation critique également le fonctionnement global du système judiciaire haïtien, qu’elle estime discrédité par l’absence de poursuites effectives dans de nombreux dossiers de violences graves et de corruption. Elle affirme que cette situation contribue à une perte de confiance généralisée dans les institutions judiciaires.
Dans ses deux correspondances, le RNDDH conclut que l’efficacité des pôles judiciaires spécialisés dépendra avant tout de la confiance du public et de la transparence du processus de sélection. Il appelle les autorités concernées à associer pleinement la société civile afin de garantir l’indépendance des magistrats et parquetiers appelés à y travailler, ainsi que la crédibilité globale de ces nouvelles juridictions.

