Haïti, élections et financement occulte : empêcher l’argent du crime d’acheter le pouvoir…

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Par Francklyn B. Geffrard,

PORT-AU-PRINCE, mardi 18 août 2026 (RHINEWS) – Une élection ne se résume pas au dépôt d’un bulletin dans une urne, au décompte des voix et à la proclamation des résultats. Elle commence bien avant le jour du scrutin, au moment où les candidats recherchent des ressources pour financer leurs déplacements, leurs réunions, leurs affiches, leurs communications, leurs équipes et leurs opérations de terrain. Dans une démocratie normale, cette compétition financière doit rester soumise à des règles de transparence, de traçabilité et d’égalité. Dans un État fragilisé par la violence, la corruption et l’économie criminelle, elle devient une question de sécurité nationale.

Haïti se trouve précisément à ce carrefour. Depuis près d’une décennie, le pays traverse une crise sécuritaire, humanitaire et institutionnelle dont les conséquences ont profondément affaibli l’autorité publique. Des groupes armés ont étendu leur influence sur des territoires, imposé des extorsions, contrôlé des axes routiers, organisé des enlèvements contre rançon et développé des activités économiques clandestines. Dans certaines zones, l’État peine à exercer les fonctions les plus élémentaires qui lui reviennent : assurer la sécurité, faire respecter la loi, protéger les citoyens, garantir la libre circulation et rendre justice.

C’est dans cet environnement que le Conseil électoral provisoire a annoncé la tenue d’élections générales, avec un premier tour présidentiel prévu le 13 décembre 2026. La perspective d’un retour aux urnes constitue, en soi, un enjeu majeur pour un pays qui n’a pas connu depuis plusieurs années une succession normale de pouvoirs issus d’élections générales. Mais l’urgence électorale ne doit pas faire oublier une autre urgence, moins visible mais potentiellement tout aussi destructrice : celle de protéger le processus électoral contre l’argent provenant du trafic de drogue, de la corruption, des enlèvements, de la contrebande, de l’extorsion et, plus largement, de l’économie criminelle.

La question n’est pas simplement de savoir si tel ou tel candidat est financé par le crime. Une telle affirmation, lorsqu’elle n’est pas étayée par des preuves, serait irresponsable. La vraie question est beaucoup plus importante : l’État haïtien dispose-t-il aujourd’hui de mécanismes suffisamment robustes pour empêcher que de l’argent criminel puisse pénétrer le processus électoral, être dissimulé derrière des prête-noms ou des entreprises fictives, financer des campagnes et, finalement, acheter une influence politique ?

Cette interrogation ne relève pas de la paranoïa. Elle découle de la nature même de la crise haïtienne. Une organisation criminelle qui accumule des ressources financières considérables ne cherche pas nécessairement à conserver son argent sous forme liquide ou dans des caches. Elle cherche à le protéger, à le déplacer, à le réinvestir et, lorsque les conditions sont réunies, à convertir sa puissance économique en influence.  L’organisation criminelle “Viv Ansanm” possède beaucoup d’argent, selon ses chefs et entretiendrait des liens étroits avec certains leaders dits révolutions qui aspirent à prendre le pouvoir par tous les moyens. Comment empêcher que Viv Ansanm influence le scrutin à travers ses nombreux alliés qui pourraient y prendre part.?

Le blanchiment d’argent consiste précisément à donner une apparence légitime à des fonds provenant d’activités illicites. Le monde politique peut alors devenir un espace particulièrement attractif.

L’argent sale peut ne pas apparaître sous la forme d’un sac d’argent remis directement à un candidat. Il peut passer par un entrepreneur, une société, un proche, un membre de la famille, une association, un prétendu donateur, une facture artificiellement gonflée, un service payé par un tiers ou une opération commerciale destinée à masquer l’origine réelle des fonds.

Le risque est donc beaucoup plus sophistiqué que le simple financement clandestin d’un meeting.

Un candidat peut être financé sans jamais recevoir officiellement un centime d’un trafiquant. Une entreprise apparemment respectable peut payer les affiches. Un homme d’affaires peut financer les véhicules. Un autre peut prendre en charge les frais de communication. Une association peut organiser des événements. Des proches peuvent distribuer de l’argent dans certaines circonscriptions. Des dépenses peuvent être sous-évaluées ou ne pas apparaître dans les comptes officiels.

À la fin, le candidat peut présenter une comptabilité apparemment propre alors que le coût réel de sa campagne a été supporté par un réseau financier beaucoup plus opaque. C’est là que commence le véritable problème.

L’argent criminel ne cherche pas seulement à être blanchi. Il cherche souvent à être rentabilisé. Lorsqu’un réseau criminel investit dans une campagne, il peut attendre en retour une protection politique, une intervention auprès de la justice, une influence sur les forces de sécurité, l’accès à des marchés publics, la facilitation de certaines opérations commerciales, une influence sur les douanes ou encore l’affaiblissement des institutions susceptibles de poursuivre ses activités.

La démocratie risque alors de devenir un marché. Le candidat n’est plus seulement le représentant d’un parti ou d’un électorat. Il peut devenir le débiteur de ceux qui ont financé son ascension.

C’est précisément pour cette raison que la question du financement électoral ne doit pas être traitée comme une simple question administrative relevant exclusivement du Conseil électoral. Elle touche à la sécurité nationale, à la lutte contre la corruption, à la lutte contre le blanchiment, à l’indépendance de la justice et à la survie même de l’État de droit.

L’expérience internationale montre que cette menace n’est pas théorique. La Colombie a connu le célèbre « Processus 8000 », une vaste enquête ouverte à la suite d’accusations selon lesquelles des fonds provenant des cartels de la drogue avaient alimenté la campagne présidentielle de 1994 d’Ernesto Samper. L’enquête a conduit à la condamnation de plusieurs proches collaborateurs du président, même si Samper lui-même a été acquitté des accusations portées contre lui. Les estimations de l’époque concernant les sommes présumées provenant des cartels variaient fortement selon les sources.

Ce précédent est instructif pour Haïti pour une raison simple : lorsqu’une fortune criminelle réussit à entrer dans une campagne politique, le problème ne disparaît pas au lendemain de l’élection. Il se transforme en crise de légitimité.

Le Mexique offre un autre enseignement. Des travaux universitaires récents ont documenté la manière dont des organisations criminelles peuvent chercher à influencer la sélection des candidats, les administrations locales et les gouvernements municipaux, notamment par la violence, les menaces et la corruption. L’objectif des groupes criminels n’est pas toujours de prendre directement le pouvoir ; il peut être beaucoup plus efficace de faire élire des responsables disposés à composer avec eux.

C’est probablement la distinction la plus importante à établir dans le cas haïtien : le crime organisé n’a pas besoin de gagner une élection pour exercer le pouvoir. Il lui suffit parfois d’influencer ceux qui la gagnent.

Haïti possède déjà des éléments qui justifient une vigilance particulière.

En août 2024, le Département du Trésor américain a sanctionné l’ancien président Michel Joseph Martelly, l’accusant notamment d’avoir facilité le trafic de stupéfiants, d’avoir blanchi des revenus provenant de ce trafic, d’avoir travaillé avec des trafiquants haïtiens et d’avoir soutenu plusieurs gangs. Ces accusations constituent les motifs exposés par l’autorité américaine pour justifier les sanctions et ne doivent pas être transformées en condamnation judiciaire haïtienne. Elles n’en demeurent pas moins un signal international extrêmement sérieux sur les risques de porosité entre certains acteurs politiques, l’économie criminelle et les groupes armés.

D’autres personnalités politiques et économiques haïtiennes ont également fait l’objet de sanctions internationales pour des accusations liées au trafic de drogue, à la corruption ou au soutien à des groupes criminels. Ces dossiers ne permettent pas d’accuser indistinctement toute la classe politique. Ils montrent cependant qu’il serait imprudent de considérer comme impossible l’existence de relations entre pouvoir politique, argent illicite et criminalité organisée.

Le pays doit donc tirer une leçon de ses propres expériences et des avertissements internationaux : la criminalité organisée devient particulièrement dangereuse lorsqu’elle trouve des relais dans les institutions publiques.

Le risque ne se limite d’ailleurs pas à la drogue. Les revenus provenant des enlèvements contre rançon constituent une autre source potentielle de capitaux clandestins. Il en va de même des extorsions, de la contrebande, du trafic d’armes, du détournement de fonds publics et des activités économiques contrôlées par des réseaux criminels.

À cela s’ajoute le problème du recyclage éventuel d’argent provenant de la corruption. Le dossier PetroCaribe doit être abordé dans cette perspective, sans reprendre comme faits définitivement établis toutes les accusations formulées au cours des années. Le problème posé par les fonds publics détournés est néanmoins évident : une ressource acquise illégalement peut, après plusieurs opérations, réapparaître comme un capital privé apparemment légal.

C’est précisément le principe du blanchiment.

Un argent provenant d’un détournement peut être investi dans une entreprise. L’entreprise peut ensuite financer un candidat. Le financement apparaît alors comme une contribution provenant d’une société légalement enregistrée. Pourtant, l’origine économique initiale des ressources peut être criminelle.

Voilà pourquoi la seule question « Qui a donné l’argent ? » ne suffit pas.

Il faut également demander : d’où vient l’argent du donateur ?

Cette distinction est fondamentale.

Un système sérieux de contrôle électoral doit être capable de remonter la chaîne financière.

Haïti ne part toutefois pas de zéro. Le pays dispose déjà d’institutions et d’un cadre juridique de lutte contre le blanchiment et la corruption. La question essentielle est celle de leur capacité effective à fonctionner dans un contexte de fragilité institutionnelle.

Le Groupe d’action financière des Caraïbes a indiqué en 2024 qu’Haïti avait progressé dans la mise en œuvre de son dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Le pays avait été réévalué sur 23 des 40 recommandations et était alors considéré conforme ou largement conforme à 20 d’entre elles, tout en demeurant sous suivi renforcé.

Cette amélioration du cadre réglementaire ne doit toutefois pas être confondue avec une maîtrise effective du phénomène.

Le diagnostic de gouvernance réalisé par le Fonds monétaire international a précisément souligné les vulnérabilités de la gouvernance haïtienne, les risques de corruption, les faiblesses de l’État de droit et les difficultés qui affectent les dispositifs de lutte contre la corruption et le blanchiment. Le FMI a insisté sur le fait que les faiblesses de gouvernance s’inscrivent dans un environnement marqué par la violence et l’érosion de la légitimité des institutions.

Autrement dit, le problème haïtien n’est pas simplement celui de l’absence de lois. C’est celui de l’application des lois. Une loi qui n’est pas appliquée devient une déclaration de principe.

Une institution qui ne dispose pas des moyens d’enquêter devient une structure administrative.

Une enquête qui ne débouche jamais sur un procès crédible renforce l’impunité.

Et l’impunité constitue précisément le terrain sur lequel prospèrent les réseaux criminels. Il serait donc dangereux de croire que l’existence de comptes de campagne suffit à résoudre le problème. Le Conseil électoral doit aller beaucoup plus loin.

Chaque candidat devrait être tenu de disposer d’un compte bancaire dédié à sa campagne. Les contributions importantes devraient être effectuées par des moyens permettant d’identifier clairement leur origine. Les dons en espèces devraient être strictement limités. Les comptes de campagne devraient être régulièrement publiés et soumis à un audit indépendant.

Le public devrait pouvoir connaître les principaux donateurs de chaque candidat. Il devrait également pouvoir connaître les principales dépenses : sociétés de communication, imprimeries, transports, locations de véhicules, rassemblements, publicité, consultants, médias, agents de campagne et autres fournisseurs. La transparence ne doit pas être une formalité postélectorale. Elle doit intervenir pendant la campagne.

Un contrôle effectué deux ans après l’élection n’aura qu’une valeur limitée si le candidat est déjà installé au pouvoir, si l’argent a disparu et si les preuves ont été dispersées.

Il faut donc instaurer un contrôle en temps réel. Les autorités électorales devraient être en mesure d’identifier rapidement une campagne dont les dépenses sont manifestement incompatibles avec les ressources officiellement déclarées.

Si un candidat déclare disposer de quelques millions de gourdes mais organise simultanément des campagnes coûteuses dans plusieurs départements, il faut pouvoir demander : qui paie ?

Si une entreprise récemment créée devient soudainement un important fournisseur d’une campagne, il faut pouvoir demander : qui possède réellement cette entreprise ?

Si plusieurs sociétés apparemment indépendantes financent le même candidat et qu’elles ont les mêmes propriétaires, les mêmes dirigeants ou les mêmes intermédiaires, il faut pouvoir remonter la chaîne.

Si un candidat reçoit des contributions importantes de personnes dont les revenus déclarés ne correspondent pas aux montants versés, il faut vérifier.

Le principe doit être simple : le financement électoral doit être proportionné aux capacités financières légales de ceux qui le fournissent. Le contrôle du bénéficiaire effectif est ici essentiel. Une entreprise peut avoir un nom, une adresse, un numéro d’enregistrement et une existence juridique tout en étant contrôlée dans les faits par une autre personne.

Si les autorités ne savent pas qui contrôle réellement une société, elles ne peuvent pas savoir qui finance réellement une campagne.

La question des personnes politiquement exposées est tout aussi importante. Les candidats, hauts responsables politiques, responsables de partis et leurs proches collaborateurs peuvent présenter un risque particulier lorsqu’ils disposent d’un accès important aux ressources publiques.

Cela ne signifie évidemment pas qu’une personne politiquement exposée est présumée coupable.

Cela signifie simplement que son exposition au risque justifie un niveau de vigilance supérieur.

Dans un pays comme Haïti, cette vigilance devrait également s’étendre aux relations d’affaires et aux réseaux économiques des personnes occupant ou ayant occupé de hautes fonctions. Il faut savoir qui possède quoi.

Il faut savoir qui contrôle quoi. Il faut savoir qui finance quoi. Et il faut surtout savoir qui bénéficie réellement de quoi.

Cette exigence devrait s’appliquer aux entreprises, aux contrats publics et aux campagnes électorales. Un entrepreneur qui finance un candidat puis obtient quelques mois plus tard d’importants marchés publics devrait être soumis à un contrôle particulièrement rigoureux. Il ne s’agit pas de considérer automatiquement son comportement comme criminel. Il s’agit de vérifier qu’il n’existe pas de contrepartie illégale.

La démocratie ne peut pas être réduite à une opération dans laquelle un investisseur politique récupère son investissement à travers le budget national. C’est pourquoi la lutte contre le financement occulte doit être connectée à la transparence des marchés publics.

Les autorités doivent pouvoir croiser les données. Qui finance les candidats ? Quelles entreprises possèdent ces donateurs ? Quels marchés publics ces entreprises obtiennent-elles ? Qui sont leurs bénéficiaires effectifs ?

Quels responsables ont signé les contrats ? Quelles sommes sont versées ?

Ces questions doivent pouvoir recevoir des réponses documentées.

L’UCREF et l’ULCC ont ici un rôle majeur à jouer, tout comme la justice, la police, l’administration fiscale, les douanes et les institutions financières.

Aucune de ces institutions ne peut lutter seule contre un système financier clandestin. Le contrôle doit être interinstitutionnel. Une information qui existe dans une banque mais qui ne parvient jamais à l’autorité chargée de l’enquête est inutile.

Une déclaration de patrimoine qui n’est jamais comparée aux données fiscales est insuffisante. Un rapport de renseignement financier qui ne déclenche aucune enquête judiciaire ne produit aucun effet dissuasif. Une enquête policière qui ne débouche pas sur une poursuite crédible nourrit l’impunité. Il faut donc créer, pour la période électorale, un mécanisme permanent de coordination entre les institutions compétentes.

Le CEP devrait en être un acteur central pour les questions électorales. L’UCREF devrait intervenir sur le renseignement financier. L’ULCC devrait traiter les éléments relevant de la corruption. La police et la justice devraient intervenir lorsqu’il existe des indices d’infractions. L’administration fiscale et les douanes devraient pouvoir contribuer aux vérifications relevant de leurs compétences.

La coopération internationale devrait compléter ce dispositif.

Les fonds criminels ne respectent pas les frontières. Un financement peut provenir d’un compte situé à l’étranger, transiter par une entreprise, être transféré à une autre personne et arriver en Haïti sous une apparence parfaitement légale.

La coopération avec les cellules de renseignement financier étrangères, les autorités judiciaires et les partenaires internationaux est donc indispensable.

Le contrôle du financement électoral doit également prendre en compte la diaspora.

La diaspora haïtienne constitue une composante importante de la vie économique et sociale du pays. Il serait absurde de présenter toute contribution provenant de l’étranger comme suspecte. Mais il serait tout aussi imprudent de laisser les transferts internationaux devenir un angle mort. La règle doit être la même pour tous : la contribution est légitime lorsque son origine peut être établie et qu’elle respecte la loi.

La technologie offre aujourd’hui des moyens qui n’existaient pas lors des précédentes élections. Une plateforme publique pourrait permettre de publier les contributions et dépenses déclarées par les candidats. Des outils d’analyse financière pourraient identifier les transactions inhabituelles. Les registres d’entreprises pourraient être croisés avec les données électorales. Des alertes pourraient être déclenchées lorsque plusieurs sociétés liées à un même bénéficiaire financent une même campagne.

L’intelligence artificielle pourrait même contribuer à détecter des anomalies dans les comptes, à condition que son utilisation respecte la loi, la protection des données et les garanties procédurales. Mais aucun logiciel ne remplacera une institution indépendante.

La technologie peut détecter une anomalie.

Elle ne peut pas, à elle seule, établir la culpabilité. C’est à la justice qu’il appartient de qualifier juridiquement les faits et de décider des suites à leur donner. Cette distinction est essentielle dans un contexte politique aussi polarisé que celui d’Haïti.

La lutte contre l’argent criminel ne doit jamais devenir un instrument de persécution politique. Un candidat ne doit pas être déclaré criminel parce qu’un adversaire l’accuse d’avoir reçu de l’argent sale.

Une rumeur ne constitue pas une preuve. Une sanction étrangère n’équivaut pas automatiquement à une condamnation judiciaire.

Une enquête n’est pas un jugement.

La transparence doit donc aller de pair avec le respect de la présomption d’innocence et des droits de la défense. Mais cette prudence juridique ne doit pas être transformée en excuse pour ne rien faire. Il faut enquêter lorsque des indices sérieux existent. Il faut contrôler lorsque les risques sont identifiés. Il faut sanctionner lorsque les infractions sont établies. Et il faut récupérer les avoirs lorsque la justice en ordonne la confiscation.

La question des espèces mérite également une attention particulière. Dans une économie où les transactions informelles occupent une place importante, les paiements en liquide peuvent permettre de contourner facilement la traçabilité bancaire.

Une campagne politique disposant de grandes quantités de liquidités peut distribuer de l’argent, financer des transports, acheter des services ou organiser des opérations de mobilisation sans laisser une trace comptable suffisante.

C’est précisément pourquoi il faut réduire autant que possible l’usage du cash dans le financement politique et imposer des justificatifs pour les dépenses.

Le contrôle doit également concerner les contributions en nature.

Un candidat peut ne pas recevoir d’argent directement mais bénéficier gratuitement de véhicules, de bureaux, de carburant, de services de communication, de personnel ou de matériel.

Si ces contributions ne sont pas déclarées, elles constituent une forme de financement invisible.

Il faudra également surveiller les dépenses numériques.

Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui de mener des campagnes à grande échelle sans les coûts traditionnels de l’affichage ou des rassemblements.

Des pages anonymes peuvent acheter de la publicité politique. Des influenceurs peuvent être rémunérés sans que cela soit clairement déclaré. Des groupes peuvent financer des campagnes de désinformation. Des sociétés étrangères peuvent tenter d’influencer le débat.

La transparence électorale du XXIe siècle doit donc inclure le monde numérique. Mais l’argent sale ne constitue qu’une partie du problème.

Il existe un danger encore plus grave : la violence peut elle-même devenir un instrument électoral.

Dans les zones contrôlées par des groupes armés, une organisation criminelle peut tenter d’imposer un candidat, d’empêcher un adversaire de faire campagne, de menacer les électeurs, de contrôler l’accès à un bureau de vote ou de conditionner la participation à des avantages.

Dans ce cas, le financement criminel et la coercition criminelle se rejoignent.

Un groupe armé n’a pas nécessairement besoin de financer une campagne avec des millions de dollars. Il peut simplement contrôler un territoire. Il peut décider qui organise un meeting. Il peut décider qui distribue des ressources. Il peut empêcher un candidat d’entrer dans une zone.

Il peut menacer les électeurs.

Il peut transformer sa puissance territoriale en pouvoir électoral.

C’est une autre forme de capture. Le problème est donc double : l’argent peut acheter la politique, mais la violence peut également la contraindre.

Une élection organisée dans un territoire où les électeurs votent sous la menace ne peut pas être considérée comme pleinement libre. Il faudra donc protéger les candidats, les électeurs, les journalistes, les observateurs et les membres des bureaux de vote.

La sécurité électorale doit être conçue comme une composante de l’intégrité démocratique. Mais la sécurité elle-même ne doit pas devenir un instrument de manipulation.

Les forces publiques doivent protéger tous les candidats selon les mêmes règles. Aucune formation politique ne doit pouvoir disposer d’une police privée. Aucun groupe armé ne doit pouvoir imposer ses propres conditions. Aucun candidat ne doit pouvoir bénéficier de la violence d’un groupe criminel pour contrôler une circonscription. La démocratie suppose que la seule force légitime utilisée pour sécuriser l’élection soit celle de l’État, elle-même soumise à la loi.

La société civile a également une responsabilité considérable. Les organisations de défense des droits humains, les associations anticorruption, les observateurs électoraux, les journalistes et les organisations professionnelles doivent surveiller les campagnes. Ils doivent pouvoir comparer les déclarations des candidats avec les dépenses visibles sur le terrain.

Si une campagne déclare dix millions de gourdes de dépenses alors qu’elle en semble avoir engagé plusieurs fois plus, la question doit être posée.

Si un candidat dispose de centaines de véhicules dont personne ne connaît le propriétaire, la question doit être posée.

Si des entreprises inconnues apparaissent soudainement comme les principaux financeurs, la question doit être posée.

Si des distributions massives d’argent interviennent dans certaines zones, la question doit être posée. Mais ces interrogations doivent être documentées.

Le journalisme d’investigation doit remplacer la rumeur. La preuve doit remplacer l’insinuation. Le fait vérifiable doit remplacer la propagande. C’est à ce prix seulement que le contrôle citoyen peut être crédible.

L’expérience internationale montre également que les conséquences d’une infiltration criminelle de la politique dépassent largement le résultat d’une élection.

En Colombie, les scandales liés au financement de la politique par l’argent de la drogue ont provoqué une crise profonde de légitimité. Au Mexique, la littérature académique a montré que les groupes criminels cherchent parfois à contrôler les gouvernements locaux en combinant corruption, violence et influence politique. Au Ghana, International IDEA rapporte que le coût élevé de la politique a contribué à l’entrée d’argent illicite dans le financement de campagnes et cite des cas de financiers politiques liés à la criminalité organisée, à l’exploitation minière illégale, à la distribution illégale de pétrole et aux commissions occultes sur les marchés publics.

Ces expériences ne doivent pas être copiées pour comprendre Haïti.

Elles doivent être étudiées pour éviter leurs conséquences.

Lorsqu’un réseau criminel découvre qu’il peut financer un candidat, il peut progressivement comprendre qu’il est plus rentable de contrôler l’État que de simplement le combattre.

Pourquoi risquer une confrontation avec la police si l’on peut obtenir un responsable politique favorable ?

Pourquoi corrompre dix fonctionnaires si l’on peut influencer une nomination stratégique ?

Pourquoi affronter directement la justice si l’on peut obtenir une protection politique ?

C’est cette logique qui peut conduire à la capture de l’État. La capture de l’État est plus dangereuse que la corruption ordinaire.

Dans la corruption classique, un responsable public utilise sa fonction pour obtenir un avantage personnel. Dans une situation de capture institutionnelle, le problème change d’échelle : des intérêts privés cherchent à contrôler les décisions publiques elles-mêmes.

Les institutions continuent alors d’exister, mais elles peuvent être progressivement vidées de leur substance.

Il y a toujours un Parlement.

Il y a toujours un gouvernement.

Il y a toujours une police.

Il y a toujours une justice.

Il y a toujours des élections. Mais les décisions peuvent être influencées par des intérêts qui ne répondent pas à l’intérêt général.

C’est le scénario que Haïti doit absolument éviter. Car si l’argent criminel réussissait à financer suffisamment de candidatures, à influencer suffisamment d’élus et à pénétrer suffisamment les institutions, le pays pourrait entrer dans une phase nouvelle : celle d’une criminalisation institutionnelle du pouvoir.

À ce stade, les gangs ne seraient plus seulement des acteurs armés opérant en dehors de l’État. Certains de leurs intérêts pourraient être représentés à l’intérieur du système.

La frontière entre criminalité et politique deviendrait alors dangereusement floue. C’est précisément ce qui pourrait transformer Haïti en un État durablement fragilisé, soumis à une pression internationale croissante, incapable d’assurer l’État de droit et dépendant de mécanismes extérieurs pour surveiller ou contenir son économie criminelle.

L’expression « État paria » doit être utilisée avec rigueur. Il ne suffit pas qu’un pays connaisse la criminalité ou la corruption pour mériter cette qualification. Le danger apparaît lorsque les institutions perdent progressivement leur capacité à combattre les activités criminelles, lorsque les réseaux criminels acquièrent une influence politique significative et lorsque l’État devient incapable de distinguer l’intérêt public des intérêts particuliers qui le capturent.

Les conséquences seraient considérables.

Les investisseurs hésiteraient davantage à engager leurs capitaux.

Les banques internationales renforceraient leurs contrôles.

Les transferts financiers pourraient devenir plus coûteux et plus difficiles.

Les sanctions internationales pourraient se multiplier.

La coopération internationale pourrait devenir plus conditionnelle.

La confiance des citoyens dans les institutions continuerait de s’effondrer. Et surtout, la jeunesse haïtienne pourrait finir par considérer que la réussite ne dépend ni du travail, ni de l’éducation, ni de la compétence, mais de la proximité avec les réseaux politiques, économiques ou criminels.

Une telle société ne peut pas construire durablement un État moderne. Il faut donc agir avant l’élection. Pas après.

Une fois que l’argent criminel a acheté des campagnes, que les candidats ont été élus et que les bénéficiaires attendent des contreparties, le coût du nettoyage devient beaucoup plus élevé.

Le CEP devrait ainsi publier avant le scrutin un cadre clair sur les contributions, les dépenses, les plafonds, les dons en nature, les financements étrangers et les sanctions.

Les candidats devraient présenter leurs comptes régulièrement, et non uniquement à la fin du processus.

Les principaux donateurs devraient être identifiés.

Les entreprises devraient déclarer leurs bénéficiaires effectifs.

Les autorités financières devraient renforcer la surveillance des opérations à risque pendant la période électorale.

Les institutions de lutte contre la corruption devraient disposer de moyens supplémentaires.

La justice devrait désigner des magistrats et des mécanismes capables de traiter rapidement les dossiers électoraux sensibles.

Les journalistes et observateurs devraient avoir accès aux données publiques nécessaires pour effectuer leur travail.

Les candidats devraient eux-mêmes s’engager publiquement à ne pas accepter de financement dont l’origine est inconnue. Et surtout, les sanctions doivent être suffisamment crédibles pour avoir un effet dissuasif.

Une règle sans sanction est une invitation à la violation. Mais la sanction doit être proportionnée, fondée sur la loi et appliquée sans discrimination politique.

Le contrôle doit également continuer après l’élection. Un candidat peut respecter les règles pendant la campagne et se retrouver ensuite au centre d’un système de contreparties. Il faut donc suivre les marchés publics, les nominations, les décisions réglementaires, les privatisations, les concessions et les évolutions patrimoniales des responsables élus.

La déclaration de patrimoine doit devenir un véritable instrument de contrôle et non un simple document administratif. Si un responsable entre en fonction avec une fortune déclarée et quitte son poste avec une fortune considérablement supérieure sans explication crédible, les autorités compétentes doivent pouvoir examiner cette évolution conformément à la loi.

La question fondamentale est toujours la même : d’où vient l’argent ? Cette question devrait devenir l’une des principales exigences de la nouvelle démocratie haïtienne.

D’où vient l’argent qui finance les partis ?

D’où vient l’argent qui finance les candidats ?

D’où vient l’argent qui finance les rassemblements ?

D’où vient l’argent qui paie les véhicules ?

D’où vient l’argent qui finance la publicité ?

D’où vient l’argent qui permet à une campagne apparemment modeste de dépenser des sommes considérables ?

D’où vient la fortune de ceux qui financent les politiques ?

Et, après l’élection, d’où vient l’enrichissement de ceux qui ont été élus ?

Il ne s’agit pas de transformer la vie politique en tribunal permanent. Il s’agit de créer une culture de responsabilité.

La démocratie moderne repose sur une idée simple : ceux qui sollicitent le pouvoir doivent accepter que leurs finances soient examinées dans les limites de la loi.

Un candidat qui demande aux citoyens de lui confier l’administration du pays ne peut raisonnablement considérer comme une intrusion abusive toute question portant sur le financement de sa campagne.

La transparence est le prix de la confiance. Elle protège également les candidats honnêtes.

Dans un système transparent, un candidat qui refuse l’argent criminel peut le démontrer.

Dans un système opaque, celui qui respecte les règles peut être soupçonné au même titre que celui qui les viole.

La transparence protège donc autant les citoyens que les candidats. Elle protège aussi les institutions.

Si une enquête établit qu’un candidat a reçu illégalement des fonds, la société doit pouvoir compter sur une justice indépendante pour traiter le dossier.

Si un candidat est innocent, il doit pouvoir être protégé contre les accusations sans fondement.

Le même principe doit s’appliquer à tous. Il ne doit y avoir ni justice politique ni impunité politique.

C’est précisément cette impartialité qui fera la différence entre une véritable lutte contre le blanchiment électoral et une nouvelle bataille de pouvoir. Il serait également illusoire de croire que le financement criminel pourra être éliminé par une seule mesure.

Il faudra une combinaison de mécanismes : plafonds de contributions, comptes bancaires dédiés, déclaration des donateurs, identification des bénéficiaires effectifs, contrôle des entreprises, limitation du cash, audits indépendants, contrôle en temps réel, coopération internationale, surveillance des personnes politiquement exposées, déclaration de patrimoine, transparence des marchés publics, protection des lanceurs d’alerte et enquêtes judiciaires.

Le principe doit être celui de la traçabilité intégrale.

Chaque gourde importante entrant dans une campagne doit pouvoir être reliée à une source identifiable.

Chaque dépense importante doit pouvoir être reliée à un bénéficiaire identifiable.

Chaque entreprise importante doit pouvoir être reliée à ses propriétaires réels.

Chaque anomalie doit pouvoir être analysée.

Chaque infraction établie doit pouvoir être sanctionnée.

C’est à cette condition que l’élection pourra véritablement devenir un instrument de reconstruction de l’État.

Il faut également éviter un autre piège : croire que la lutte contre le financement criminel signifie nécessairement une limitation excessive du financement privé.

Une démocratie a besoin de ressources. Les partis et les candidats doivent pouvoir financer leurs activités.

La question n’est donc pas d’interdire l’argent dans la politique, mais de faire en sorte que l’argent politique soit légal, transparent et traçable.

Il faut aussi éviter d’imposer des règles irréalistes qui pousseraient les candidats vers davantage de clandestinité.

Les plafonds doivent être raisonnables. Les procédures doivent être simples. Les obligations doivent être compréhensibles. Les contrôles doivent être rapides. Et les sanctions doivent être graduées selon la gravité des violations.

Mais lorsqu’il existe des preuves de financement criminel, la réponse doit être ferme.

Car accepter sciemment l’argent d’un réseau criminel n’est pas une simple irrégularité comptable.

C’est une menace contre l’État.

L’argent criminel peut acheter des armes.

Il peut financer des gangs.

Il peut acheter des fonctionnaires.

Il peut corrompre des policiers.

Il peut influencer des magistrats.

Et il peut également acheter des élections.

La démocratie ne doit donc pas devenir le dernier marché où l’argent criminel peut investir.

L’élection doit rester le lieu où le citoyen décide librement.

Cela suppose également de combattre l’achat direct de votes.

Un électeur qui reçoit de l’argent en échange de son vote n’est pas seulement victime d’une pratique illégale. Il devient, parfois malgré lui, un maillon d’un système dans lequel le vote est transformé en marchandise.

La pauvreté rend cette pratique particulièrement dangereuse.

Dans une société où une grande partie de la population vit dans une précarité extrême, quelques billets peuvent avoir une valeur considérable.

La lutte contre l’achat de votes doit donc s’accompagner d’une sensibilisation citoyenne.

Le vote n’est pas une marchandise.

Il est un droit.

Et lorsqu’un candidat achète le vote d’un citoyen, il peut considérer que son investissement doit être récupéré une fois au pouvoir.

C’est pourquoi la corruption électorale est aussi une question économique.

Le citoyen peut vendre son vote pour une petite somme et payer beaucoup plus cher la corruption qui en résultera pendant cinq ans.

L’argent reçu aujourd’hui peut représenter une fraction infime de ce que le pays perdra demain à travers des marchés surfacturés, des ressources détournées et des services publics dégradés.

C’est ici que la question du financement criminel rejoint celle du développement.

Un État capturé par l’argent sale ne peut pas mobiliser efficacement ses ressources.

Il ne peut pas attirer durablement les investissements.

Il ne peut pas garantir des services publics de qualité.

Il ne peut pas assurer une justice indépendante.

Il ne peut pas construire une police professionnelle.

Il ne peut pas protéger les citoyens.

Il ne peut pas restaurer la confiance.

Il devient prisonnier de ceux qui financent son fonctionnement politique.

Haïti n’a donc pas seulement besoin d’élections.

Haïti a besoin d’élections crédibles.

Et la crédibilité ne se mesure pas uniquement au nombre de bulletins déposés dans les urnes.

Elle se mesure à la liberté des électeurs, à la sécurité des candidats, à l’intégrité du dépouillement, à l’indépendance des institutions et à la transparence du financement.

Le scrutin doit être un espace d’expression populaire, pas un mécanisme de blanchiment.

Il doit être un instrument de stabilisation, pas un nouveau marché pour l’économie criminelle.

Il doit permettre de reconstruire l’État, pas de consacrer sa capture.

Il doit renforcer la démocratie, pas donner une légitimité nouvelle à ceux qui utilisent la violence, la corruption ou le trafic pour accumuler du pouvoir.

La plus grande menace qui pèse sur Haïti n’est donc pas seulement la possibilité qu’un individu corrompu devienne député, sénateur, maire ou président.

Le véritable danger serait qu’un système criminel comprenne qu’il peut utiliser les élections pour transformer son pouvoir clandestin en pouvoir institutionnel.

À partir de ce moment, les gangs ne seraient plus seulement des groupes armés.

Les trafiquants ne seraient plus seulement des trafiquants.

Les corrupteurs ne seraient plus seulement des corrupteurs.

Ils pourraient devenir des acteurs indirects de la formation du pouvoir.

Et une fois installés derrière les institutions, ils seraient beaucoup plus difficiles à combattre.

Voilà pourquoi les autorités haïtiennes doivent prendre au sérieux la menace du financement occulte des prochaines élections.

Il ne faut attendre ni un scandale majeur, ni une fuite de documents, ni une enquête étrangère, ni une nouvelle crise pour agir.

La prévention doit commencer maintenant.

Le CEP doit fixer les règles.

Le gouvernement doit garantir les moyens.

La police doit sécuriser le processus.

La justice doit enquêter et poursuivre.

L’UCREF doit analyser les flux financiers.

L’ULCC doit surveiller les risques de corruption.

Les banques doivent appliquer leurs obligations.

Les douanes et l’administration fiscale doivent contribuer au croisement des informations.

La société civile doit surveiller.

Les médias doivent enquêter.

Les citoyens doivent exiger des comptes.

Et les candidats doivent comprendre qu’ils ne peuvent prétendre restaurer l’État tout en acceptant des financements dont l’origine ne peut être expliquée.

L’histoire récente d’Haïti a suffisamment démontré le coût de l’impunité.

Le pays n’a pas besoin d’une nouvelle génération de scandales.

Il n’a pas besoin de nouvelles institutions capturées.

Il n’a pas besoin d’une démocratie financée par ceux qui ont intérêt à empêcher l’État de fonctionner.

Il a besoin d’un processus électoral capable de rompre avec cette logique. Les élections doivent être organisées pour résoudre les problèmes existants, non pour en créer de nouveaux.

Elles doivent être une occasion de restaurer la confiance, pas de légitimer la méfiance.

Elles doivent permettre aux citoyens de choisir leurs dirigeants, pas aux réseaux criminels de choisir leurs représentants. Elles doivent être une expression de la souveraineté populaire, non un mécanisme de blanchiment de l’argent et du pouvoir.

La question qui se pose aujourd’hui à Haïti est finalement beaucoup plus profonde que celle de savoir qui remportera les prochaines élections.

Elle est de savoir qui financera leur victoire.

Si ce sont les citoyens, les partis légalement constitués, les contributions transparentes et les ressources dont l’origine peut être vérifiée, la démocratie aura une chance de se reconstruire.

Si ce sont des fortunes dont l’origine est inconnue, des réseaux de contrebande, des trafiquants, des corrupteurs, des groupes armés ou des intérêts criminels, le pays risque de découvrir trop tard qu’il n’a pas seulement organisé une élection.

Il aura peut-être organisé la transformation de l’argent criminel en pouvoir politique.

Et lorsqu’un système criminel réussit à acheter les institutions qu’il combattait hier, la démocratie ne disparaît pas nécessairement du jour au lendemain.

Elle continue parfois d’exister en apparence.

Il y a toujours des élections.

Il y a toujours des élus.

Il y a toujours des discours.

Il y a toujours des institutions.

Mais derrière cette façade, la décision publique peut progressivement changer de propriétaire. C’est précisément ce scénario qu’Haïti doit empêcher.

Une élection ne doit jamais servir à blanchir l’argent du crime. Elle doit servir à rendre au peuple le pouvoir que la violence, la corruption et l’impunité lui ont progressivement confisqué.