PORT-AU-PRINCE, mardi 18 août 2026 (RHINEWS)– La Convention nationale de la société civile (CONASOC) appelle le gouvernement haïtien à engager un dialogue avec les autorités américaines afin de protéger les ressortissants haïtiens menacés de déportation après la fin de leur statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis.
Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, la CONASOC se dit « profondément indignée » par la situation de nombreux Haïtiens aux États-Unis, estimant que leur éventuel retour en Haïti les exposerait à l’insécurité, à la violence des gangs, au chômage et au déplacement forcé.
L’organisation affirme que, depuis l’expiration du TPS en février 2026, des centaines de milliers de ressortissants haïtiens seraient confrontés à des procédures d’immigration qu’elle qualifie de « traitements inhumains et humiliants ». Elle évoque notamment l’imposition de bracelets électroniques, des placements en détention, des arrestations, des séparations familiales ainsi que des accusations de discrimination et de racisme dans certaines procédures de contrôle et de détention.
La CONASOC attire également l’attention du chef du gouvernement sur le risque de perte de biens pour les personnes concernées. Selon elle, certains ressortissants haïtiens ont acquis des biens, notamment immobiliers, aux États-Unis et pourraient avoir besoin d’une assistance juridique pour préserver leurs intérêts.
« Ce qui choque davantage, c’est le silence assourdissant et le comportement complice et indigne de votre gouvernement », écrit l’organisation, qui reproche aux autorités haïtiennes de ne pas avoir entrepris, selon elle, de démarches suffisantes auprès de l’administration américaine pour défendre les droits des ressortissants concernés.
La CONASOC affirme par ailleurs que les capacités d’accueil et de réintégration en Haïti restent insuffisantes dans le contexte actuel. Elle conteste notamment une déclaration attribuée au ministre haïtien de la Planification et de la Coopération externe devant le Conseil de sécurité des Nations unies, selon laquelle des dispositifs d’accueil auraient été prévus pour les Haïtiens déportés.
« Aucun mécanisme réel n’existe pour accueillir ces compatriotes dans un pays où l’insécurité et l’absence de protection, la crise institutionnelle et l’effondrement du tissu économique et des services publics rendent toute réintégration impossible », soutient l’organisation.
Face à cette situation, la CONASOC demande au gouvernement d’ouvrir « immédiatement » un dialogue officiel avec Washington afin d’obtenir, au minimum, un moratoire sur les déportations annoncées. Elle estime qu’un tel délai permettrait d’éviter ou de corriger certains abus et de préparer un mécanisme d’accueil pour les Haïtiens éventuellement renvoyés dans leur pays.
L’organisation appelle également les autorités à mobiliser les institutions nationales et les partenaires internationaux pour élaborer un plan de protection et de réintégration. Elle souhaite que les organisations de la société civile, y compris les associations de la diaspora haïtienne, soient associées à ce processus.
La CONASOC précise qu’elle ne remet pas en cause la souveraineté des États-Unis dans la conduite de leur politique migratoire. Elle affirme toutefois vouloir dénoncer les traitements qu’elle considère comme « inhumains et dégradants » envers des ressortissants haïtiens.
« Le peuple haïtien ne peut accepter que ses enfants soient traités comme des indésirables et que son gouvernement reste impassible devant une telle tragédie », écrit-elle, exhortant le Premier ministre à prendre des mesures en faveur des personnes concernées.
La lettre ouverte est signée notamment par le révérend père Gardy Maisonneuve, porte-parole et coordonnateur de la CONASOC, le professeur Émile Brutus, porte-parole et coordonnateur national, ainsi que Samuel Colin, porte-parole et président du Forum haïtien pour la paix et le développement durable.

