Par Evens Dubois,
NEW-YORK, vendredi 39 novembre 2025 (RHINEWS)- Le président Donald Trump a déclaré jeudi soir qu’il allait « suspendre définitivement la migration » en provenance de tous les « pays du tiers monde » dans un long message sur les réseaux sociaux, s’appuyant sur la fusillade survenue mercredi à Washington, D.C., où le suspect a été identifié comme un ressortissant afghan, pour plaider en faveur d’un renforcement des mesures contre l’immigration.
Trump a déclaré qu’il expulserait tout immigrant « qui n’est pas un atout net pour les États-Unis, ou qui est incapable d’aimer notre pays », et a promis de « mettre fin à tous les avantages et subventions fédéraux accordés aux non-citoyens ». Un délire, en plus ad nauseam, du locataire de la Maison-Blanche en pleine célébration de la “Thanksgiving”. Un moment sacré dans l’imaginaire américain. Frustration, racisme ou impuissance face à la crise migratoire?
Cette crise migratoire contemporaine n’est pas un accident de l’histoire. Elle est le produit direct des politiques kraze brize, des pillages économiques et des ingérences inacceptables et grossières que l’Occident a imposés aux pays du tiers-monde depuis des décennies. Les flux migratoires qui frappent aujourd’hui l’Europe et les États-Unis sont les conséquences visibles d’un long processus de domination, où les guerres civiles, les dictatures et les effondrements sociaux ont été alimentés par leurs soins.
Dès le XIXe siècle, les États-Unis ont construit une politique d’exclusion raciale. Le Chinese Exclusion Act de 1882 inaugura une logique où l’immigrant était perçu comme une menace pour l’identité nationale. Au XXe siècle, les quotas de 1921 et 1924 renforcèrent cette vision, favorisant les populations d’Europe du Nord et marginalisant celles du Sud et de l’Est. Cette obsession identitaire s’est prolongée dans les politiques de sécurité et de contrôle, associant les immigrants à la criminalité ou au terrorisme.
Parallèlement, ils ont favorisé des régimes autoritaires et des politiques économiques destructrices. Durant la guerre froide, les États-Unis et leurs alliés ont soutenu des dictatures militaires en Amérique latine et en Afrique, tant qu’elles servaient leurs intérêts stratégiques. Les programmes d’ajustement structurel dictés par le FMI et la Banque mondiale ont fragilisé les États, détruit les systèmes sociaux et plongé des millions de personnes dans la pauvreté. Certains chercheurs n’hésitent pas à qualifier ces politiques de pillage moderne, comparable à la traite négrière.
Toutes ces mesures ont provoqué des guerres civiles en Afrique et dans le sous-continent américain. En Afrique, l’effondrement des économies locales et la prédation des ressources ont nourri des conflits sanglants au Liberia, en Sierra Leone ou en République démocratique du Congo. En Amérique latine, les interventions américaines ont alimenté des guerres civiles au Guatemala, au Salvador ou au Nicaragua, justifiées par la lutte contre le communisme mais laissant derrière elles des sociétés traumatisées.
Ces guerres ont créé des millions de déplacés internes et de réfugiés, contraints de fuir vers le Nord. Les flux migratoires actuels sont donc directement liés à ces politiques : les migrants ne quittent pas leurs pays par choix, mais parce que leurs sociétés ont été détruites par des ingérences extérieures.
L’Élection de Barack Obama, le miroir insupportable.
Jamais un ressortissant du tiers-monde n’a attenté à la vie d’un dirigeant américain. Pourtant, Washington adopte une posture hypocrite, utilisant chaque drame comme prétexte pour déchaîner ses foudres contre les peuples de couleur et leurs dirigeants. Cette sélectivité révèle la profondeur d’un racisme structurel.
Les pays ciblés portent des noms bien précis : Nigeria, régulièrement stigmatisé ; Maduro au Venezuela, cible constante des sanctions ; Haïti, humiliée et abandonnée face aux gangs terrorisant la capitale, que les États-Unis couvrent en silence.
Ce miroir est insupportable pour l’Amérique, car il révèle que l’Occident n’est pas seulement une forteresse assiégée par des étrangers : il est aussi l’architecte des crises qui poussent ces gens à venir chercher un havre de paix dans leur espace.
L’élection de Barack Obama en 2008 aurait pu symboliser une rupture. Mais voir un Noir accéder au sommet de la “plus grande démocratie du monde” réveilla les vieux démons du racisme. Donald Trump exploita cette peur à travers le “birtherism”, exigeant qu’Obama prouve sa citoyenneté. Ce fut le signe que le racisme n’était pas diffus ou feutré, mais toujours vivant.
Trump poursuivit cette logique en qualifiant Haïti et d’autres nations de “trous de merde”, en imposant des interdictions de visas à des pays majoritairement musulmans, et en embrassant la théorie du grand remplacement. Cette idéologie, née en Europe, prétend que les populations blanches seraient menacées par l’arrivée massive d’immigrants de couleur. Elle s’est imposée comme un discours identitaire, nourrissant les extrêmes et justifiant des politiques de fermeture et d’exclusion.
Les dernières mesures annoncées par le président Donald Trump s’inscrivent dans cette continuité : durcissement des restrictions migratoires, sanctions sélectives contre des pays pauvres, instrumentalisation des drames isolés pour justifier des politiques racistes. Comme les nazis après l’incendie du Reichstag ou la Nuit de cristal, il utilise chaque prétexte pour ouvrir les portes de l’enfer contre les immigrants.
La crise migratoire actuelle n’est pas une invasion, mais un retour de flamme. Les migrants sont les survivants des guerres, des pillages et des humiliations que l’Occident a lui-même semés. En refusant de se regarder dans ce miroir, l’Amérique et l’Europe nient leur responsabilité historique. Ce n’est pas l’immigrant qui menace la civilisation, mais la peur instrumentalisée.
Evens Dubois
Brooklyn, NY
11.28.25
Sources :
Chinese Immigration and the Chinese Immigration Acts.
ABC News, 67 Times, Donald Trump tweeted about the birther movement.
The Conversation : What is the Great Replacement Theory.
Harvard International Review : Crippling conditions, the IMF and global inequality.

