Analyses- Élections du 13 décembre 2026 en Haïti : sommes-nous vraiment sérieux ?

Symbole du CEP...

Par Francklyn B. Geffrard,

PORT-AU-PRINCE, lundi 10 août 2026 (RHINEWS)– À quatre mois du premier tour annoncé par le Conseil électoral provisoire, Haïti semble déjà engagée dans la course vers les urnes. Les inscriptions des électeurs ont commencé, les partis politiques se préparent, le calendrier électoral est publié et le gouvernement affirme vouloir conduire le pays vers le retour à l’ordre constitutionnel. Pourtant, derrière cette apparente normalité, une question fondamentale demeure : Haïti est-elle réellement en mesure d’organiser, en quatre mois, des élections générales crédibles, inclusives, sécurisées et juridiquement incontestables, après près d’une décennie de rupture électorale ?

Le Conseil électoral provisoire a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour de l’élection présidentielle et des élections législatives, ainsi que la ratification populaire des modifications proposées à la Constitution. Le second tour de la présidentielle et des législatives et les élections des collectivités territoriales sont prévus le 21 février 2027. Le CEP a toutefois pris soin de préciser que le respect de ces échéances dépend de l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et de la disponibilité des ressources financières nécessaires. Il rappelle également que l’organisation des élections constitue une responsabilité partagée entre les institutions haïtiennes et leurs partenaires.

Cette précision du CEP devrait être au cœur du débat public. Car une date électorale n’est pas une élection. Un calendrier ne produit ni sécurité, ni financement, ni personnel qualifié, ni infrastructures, ni confiance. Il fixe une échéance autour de laquelle toutes ces conditions doivent être réunies. La question n’est donc pas de savoir si Haïti souhaite des élections. Elle doit impérativement en organiser pour sortir de la transition et retrouver des institutions dotées d’une légitimité populaire. La question est de savoir si le pays peut raisonnablement transformer le 13 décembre en un véritable scrutin national et non en une simple date politique inscrite sur un document officiel.

Haïti ne part surtout pas d’un appareil électoral fonctionnant normalement. Les dernières élections législatives générales remontent au 9 août 2015. À l’époque, la mission d’observation de l’Organisation des États américains avait constaté des incidents violents, tout en relevant que la majorité des centres de vote avaient néanmoins pu fonctionner normalement. (Organization of American States⁠) La présidentielle de 2015 allait cependant plonger le pays dans une crise beaucoup plus profonde. Le premier tour du 25 octobre fut contesté et le processus ne déboucha pas sur l’installation d’un nouveau président.

En avril 2016, une Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale fut créée avec pour mandat d’examiner le processus du premier tour présidentiel de 2015. Elle devait notamment analyser le registre électoral, les listes d’émargement, les procès-verbaux, les feuilles de comptage, les registres des représentants des partis, les observations et les plaintes, ainsi que les décisions prises dans le cadre du contentieux électoral. (Organization of American States⁠) Le 9 juin 2016, le CEP annonça l’annulation des résultats de la présidentielle de 2015 et la reprise du processus. La Commission interaméricaine des droits de l’homme s’inquiéta alors du vide institutionnel et de l’absence de mesures suffisantes pour assurer la continuité démocratique.

Le nouveau processus électoral aboutit finalement au scrutin présidentiel du 20 novembre 2016. Il fut lui-même long et complexe. Les contestations furent traitées par les mécanismes prévus par la loi, notamment par une vérification de 12 % des procès-verbaux ordonnée par le contentieux électoral. L’OEA conclut ensuite que cette vérification n’avait pas révélé d’irrégularités susceptibles d’affecter le résultat et salua l’achèvement du processus. (Organization of American States⁠) Cette expérience est essentielle pour comprendre le défi actuel : même lorsqu’un scrutin est organisé, sa crédibilité dépend de la qualité de toutes les étapes qui précèdent et suivent le jour du vote.

Depuis cette période, Haïti n’a pas retrouvé un cycle électoral national régulier. La crise institutionnelle s’est aggravée, le Parlement a cessé de fonctionner normalement, le mandat présidentiel de Jovenel Moïse a été au cœur d’une controverse majeure, puis son assassinat, en juillet 2021, a plongé le pays dans une nouvelle crise. Ariel Henry a gouverné dans le cadre d’une transition prolongée, avant l’installation du Conseil présidentiel de transition. Depuis la fin du mandat de celui-ci, le pays se trouve dans une nouvelle configuration gouvernementale dirigée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Autrement dit, le scrutin annoncé pour décembre 2026 n’est pas simplement une élection qui intervient après quelques mois de préparation. Il doit remettre en marche un système électoral national après une très longue interruption institutionnelle.

C’est ce qui rend la question du délai particulièrement sérieuse. Quatre mois peuvent être suffisants, dans certaines circonstances, pour organiser un scrutin dans un pays dont l’administration électorale est pleinement opérationnelle, dont le fichier électoral est à jour, dont les infrastructures sont disponibles et dont les conditions sécuritaires sont stables. Mais Haïti doit simultanément reconstruire ou réactiver une grande partie de cette capacité. Elle doit inscrire les électeurs, vérifier les données, traiter les candidatures, préparer les bureaux de vote, recruter et former le personnel, acquérir et distribuer le matériel, organiser la transmission et la tabulation des résultats, financer l’ensemble du processus et garantir la sécurité des opérations.

Ce n’est pas une simple opération administrative. L’IFES décrit la gestion électorale comme l’une des entreprises les plus complexes qu’une démocratie puisse entreprendre. Elle comprend notamment la budgétisation, l’inscription des électeurs, la présentation des candidatures, les achats, la logistique, les opérations du jour du scrutin, le dépouillement, la transmission des résultats et le règlement des contestations. L’organisation souligne également que ces différentes composantes doivent être planifiées dans un calendrier détaillé et en fonction des ressources disponibles.

Voilà pourquoi le calendrier haïtien mérite d’être examiné non pas avec enthousiasme ou scepticisme, mais avec des indicateurs précis. Le CEP doit être capable de dire où en est le processus d’inscription, combien de citoyens ont effectivement été enregistrés, combien de centres fonctionnent, combien restent à ouvrir, combien d’agents doivent encore être recrutés et formés et quel matériel est déjà disponible. Il doit surtout être en mesure d’identifier les opérations qui se trouvent sur le chemin critique du calendrier et dont le moindre retard pourrait entraîner toute la chaîne dans un décalage.

Le fichier électoral constitue l’un des premiers tests. Une élection nationale ne peut être crédible si une partie importante des citoyens n’est pas correctement inscrite ou si les listes électorales ne correspondent plus à la réalité démographique du pays. Or Haïti a connu, depuis le dernier grand cycle électoral, des déplacements massifs de population. Des citoyens ont quitté leur quartier, leur commune ou leur département en raison des violences. Des familles entières vivent aujourd’hui loin de leur domicile d’origine.

Les Nations unies estimaient en juin à près de 1,5 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays à cause de la violence. António Guterres a également relevé que de larges portions de Port-au-Prince demeuraient sous le contrôle des gangs. (United Nations⁠) Cette réalité pose une question électorale majeure : où voteront les personnes déplacées ? Dans quelle circonscription seront-elles inscrites ? Comment leur permettre de participer au scrutin sans créer de nouvelles difficultés administratives ou de nouvelles sources de contestation ?

Le problème sécuritaire ne concerne d’ailleurs pas uniquement les électeurs. Il concerne toute la chaîne électorale. Il faut pouvoir transporter les bulletins et les urnes, installer les bureaux, protéger les agents, permettre aux candidats et aux mandataires de circuler, sécuriser le dépouillement, transporter les procès-verbaux et protéger les centres où seront traités les résultats. Une élection nationale suppose que l’État puisse garantir un minimum de liberté de mouvement et de sécurité dans les zones où les citoyens sont appelés à voter.

C’est précisément ce que le secrétaire général de l’ONU a reconnu lors de sa visite en Haïti. António Guterres a insisté sur la nécessité d’élections transparentes et crédibles, tout en soulignant qu’« on ne peut pas faire d’élections sans qu’il y ait un minimum de conditions de sécurité ». (United Nations⁠) Ce constat ne constitue pas un argument contre les élections. Il rappelle simplement une évidence : le droit de vote ne peut être pleinement exercé si l’État n’est pas capable de garantir aux citoyens l’accès au processus électoral.

Le département de l’Ouest illustre cette difficulté. Les opérations d’inscription y ont dû être déployées progressivement, dans un contexte sécuritaire particulièrement complexe. Le CEP poursuit néanmoins son implantation et continue d’ouvrir des centres. Cette réalité doit être regardée avec équilibre. Elle montre que le Conseil électoral travaille et adapte son dispositif aux conditions du terrain. Mais elle montre également que le processus reste tributaire d’un environnement qui échappe en partie au contrôle du CEP.

C’est là une distinction essentielle. Le CEP peut préparer les élections, mais il ne peut pas, à lui seul, sécuriser le territoire. Il ne contrôle pas la Police nationale, la force chargée de la répression des gangs, les routes, les télécommunications, les finances publiques ou les infrastructures. Le succès du calendrier dépend donc nécessairement de la capacité du gouvernement et de ses partenaires à créer les conditions dans lesquelles le CEP pourra effectivement accomplir sa mission.

Il faut aussi parler des ressources humaines. Une élection générale nécessite un nombre considérable d’agents électoraux, de superviseurs, de membres des bureaux de vote, de techniciens, d’informaticiens, de formateurs et de personnels logistiques. Tous doivent être recrutés, formés, rémunérés et déployés. Ils doivent connaître les procédures et être capables de les appliquer dans un environnement souvent difficile. La formation ne peut pas être considérée comme une formalité. Les irrégularités commises par ignorance, imprécision ou mauvaise compréhension des procédures peuvent suffire à alimenter les contestations après le scrutin.

La technologie représente un autre défi. Les systèmes informatiques, les bases de données, les communications et la transmission des résultats peuvent améliorer l’efficacité du processus, mais ils peuvent aussi devenir des sources de vulnérabilité s’ils ne sont pas correctement audités, sécurisés et testés. Il faut prévoir les pannes, les interruptions de communication, les problèmes d’électricité, les erreurs humaines et les éventuelles attaques informatiques. La technologie ne remplace donc pas la confiance institutionnelle. Elle doit être accompagnée de mécanismes permettant aux acteurs politiques et aux observateurs de comprendre et de vérifier le processus.

La logistique est tout aussi déterminante. Une élection nationale signifie produire ou acquérir le matériel, le stocker, le transporter, le distribuer dans les centres de vote, le récupérer après le scrutin et faire parvenir les procès-verbaux aux structures chargées de la tabulation. Chaque étape dépend de la précédente. Un retard dans l’achat du matériel peut retarder la distribution. Une difficulté de transport peut empêcher l’ouverture d’un bureau. Une mauvaise récupération des procès-verbaux peut alimenter les contestations. Le scrutin du 13 décembre ne se prépare donc pas seulement dans les bureaux du CEP à Pétion-Ville ; il se prépare dans chaque département, chaque commune et chaque espace où le vote devra effectivement avoir lieu.

À cette difficulté opérationnelle s’ajoute celle du financement. Le CEP a lui-même conditionné le respect du calendrier à la disponibilité des ressources financières. (CEP HAITI⁠) La question n’est donc pas simplement de savoir si des partenaires ont promis de soutenir les élections. Il faut savoir combien d’argent est effectivement disponible, quand il sera décaissé et si les procédures d’achat permettront de transformer ces ressources en équipements et services dans les délais prévus.

L’expérience de 2015-2016 devrait inciter à la prudence. L’OEA avait alors maintenu une présence importante dans le pays et déployé des centaines d’observateurs au fil des différentes phases du processus. En novembre 2016, sa mission comptait 130 experts et observateurs déployés dans les dix départements. (Organization of American States⁠) La mission avait également suivi la tabulation et participé à l’observation des mécanismes de vérification. (Organization of American States⁠) Cela montre qu’une élection crédible exige un environnement de contrôle, d’observation et de vérification qui ne peut pas être improvisé au dernier moment.

Le défi politique n’est pas moindre. Le CEP a engagé l’enregistrement des partis, groupements et regroupements politiques conformément au décret électoral de 2026. (CEP HAITI⁠) Cette pluralité est l’expression du droit des citoyens à s’organiser politiquement. Mais elle représente aussi une charge administrative considérable pour une institution électorale qui doit examiner les dossiers, contrôler les candidatures, gérer les représentants des partis, organiser leur participation dans les bureaux de vote et traiter les éventuelles contestations.

La question constitutionnelle ajoute une autre dimension au problème. Il faut ici éviter les raccourcis. La Constitution de 1987 prévoit que le pouvoir exécutif est exercé par le président de la République et le gouvernement, le Premier ministre étant le chef du gouvernement. Elle fixe également la durée du mandat présidentiel et prévoit que le président est élu au suffrage universel direct. L’article 136 confie au président, en tant que chef de l’État, la responsabilité de veiller au respect et à l’exécution de la Constitution, à la stabilité des institutions, au fonctionnement régulier des pouvoirs publics et à la continuité de l’État.

La même Constitution prévoit cependant des mécanismes particuliers en cas d’empêchement ou de vacance de la présidence. L’article 148 dispose que, si le président est temporairement dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, le Conseil des ministres sous la présidence du Premier ministre exerce le pouvoir exécutif pendant la durée de l’empêchement. L’article 149 organise, pour sa part, un mécanisme spécifique en cas de vacance de la présidence et prévoit une élection présidentielle dans un délai de 45 à 90 jours après l’ouverture de la vacance.

Or la situation actuelle ne correspond pas simplement au fonctionnement ordinaire de ces dispositions. Elle résulte d’un dispositif politique transitoire construit après l’effondrement progressif des institutions élues. Le Conseil présidentiel de transition a pris fin et le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé conduit désormais cette nouvelle phase. Le Premier ministre est donc à la tête du gouvernement dans une architecture transitoire exceptionnelle ; il ne doit pas être juridiquement présenté comme un président de la République élu. Cette distinction est essentielle.

Elle conduit à une question qui mérite une réponse juridique claire : sur quelle base constitutionnelle et légale sont accomplis les différents actes nécessaires à l’organisation du scrutin et au retour à l’ordre institutionnel ? Qui exerce les compétences qui, dans le fonctionnement constitutionnel ordinaire, appartiennent au chef de l’État ? Quelle articulation existe entre le décret électoral, le calendrier du CEP, les arrangements politiques de transition et la Constitution ?

Il ne faut pas transformer cette interrogation en obstacle artificiel aux élections. Au contraire, il faut résoudre ces questions avant le scrutin. L’élection destinée à restaurer la légitimité constitutionnelle ne doit pas être elle-même entourée d’une incertitude juridique susceptible de devenir, après le vote, une nouvelle source de contestation.

Le précédent de 2021 devrait suffire à nous rendre prudents. La controverse autour de la durée du mandat de Jovenel Moïse avait montré combien l’interprétation des échéances institutionnelles pouvait diviser le pays. Quelles que soient les positions défendues à l’époque, la leçon demeure : lorsqu’une question constitutionnelle n’est pas clarifiée avant une échéance politique majeure, elle peut devenir une crise de légitimité après celle-ci.

C’est pourquoi la crédibilité du processus de 2026 ne dépendra pas uniquement du CEP. Le Conseil électoral a une responsabilité centrale, mais il ne peut pas être tenu responsable de tout ce qui conditionne le scrutin. Le gouvernement doit créer les conditions sécuritaires et administratives. Les partenaires internationaux doivent contribuer au financement et à l’appui technique. Les partis politiques doivent respecter les règles et accepter les mécanismes de vérification. La société civile doit observer et contrôler. Les citoyens doivent être informés. Chaque acteur doit donc être jugé sur sa contribution réelle au processus et non seulement sur ses déclarations.

La question de la volonté politique doit également être posée, mais avec prudence. Rien ne permet d’affirmer, sans preuves, que les autorités actuelles ou le CEP auraient décidé de ne pas organiser les élections. Les faits disponibles montrent au contraire que des opérations sont effectivement engagées et que le calendrier est officiellement publié. Mais il est légitime de demander si les actes accomplis sont à la hauteur de l’objectif affiché. Car Haïti a déjà connu trop de transitions qui se sont prolongées au nom de circonstances exceptionnelles devenues permanentes.

La sortie de transition doit donc être un objectif concret et vérifiable. Ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir doivent démontrer qu’ils préparent réellement le transfert du pouvoir à des autorités élues. Les partis qui réclament les élections doivent être prêts à accepter les règles du jeu. Les partenaires qui souhaitent le retour à la démocratie doivent fournir les moyens nécessaires. Et le CEP doit dire avec franchise ce qui est faisable, ce qui reste à accomplir et quels sont les risques qui pourraient compromettre le calendrier.

Il faut surtout éviter le piège de l’élection à tout prix. Le pays a besoin d’élections, mais il n’a pas besoin d’un scrutin qui reproduirait les conditions d’une nouvelle crise. Une élection dont une partie importante de la population ne pourrait pas participer librement, dans des territoires où la sécurité ne serait pas garantie, avec un financement insuffisant, un dispositif logistique incomplet ou un cadre juridique contestable, risquerait de produire une nouvelle crise de légitimité.

Le véritable choix n’est donc pas entre élections et absence d’élections. Il est entre une élection conçue comme une véritable opération de restauration démocratique et une élection organisée principalement pour pouvoir proclamer que la transition est terminée. La différence est considérable.

C’est ici que le 13 décembre doit être soumis à un véritable test de réalité. Avant cette date, le pays devrait être capable de démontrer publiquement que le nombre d’électeurs inscrits est compatible avec le scrutin prévu, que les centres de vote nécessaires sont accessibles, que le personnel est recruté et formé, que le matériel est disponible, que les ressources financières sont effectivement mobilisées, que les systèmes technologiques ont été testés, que les mécanismes de sécurité fonctionnent et que les personnes déplacées disposent d’une solution leur permettant d’exercer leur droit de vote.

Ces critères ne doivent pas être utilisés pour retarder indéfiniment les élections. Ils doivent au contraire permettre de déterminer objectivement si la date annoncée est devenue réalisable. Si les conditions sont réunies, il faudra tenir le scrutin. Si certaines lacunes peuvent encore être corrigées, elles devront l’être immédiatement et de manière transparente. Si, en revanche, des conditions fondamentales ne sont pas réunies à l’approche de l’échéance, les autorités devront avoir le courage de l’expliquer publiquement plutôt que d’attendre un échec prévisible.

Un éventuel report ne pourrait toutefois pas être une nouvelle transition sans limite. Il devrait être accompagné d’un calendrier précis, de critères vérifiables et d’une obligation de rendre compte. Autrement, le pays retomberait dans le même cercle vicieux : une date annoncée, un retard, une nouvelle justification, une nouvelle prolongation et, finalement, une nouvelle crise institutionnelle.

Haïti ne peut plus se permettre ce scénario.

Le pays a besoin d’un président élu, d’un Parlement élu et d’autorités locales bénéficiant d’une légitimité populaire. Après près d’une décennie de rupture du cycle électoral, le retour aux urnes est indispensable. Mais la légitimité ne se décrète pas le jour du scrutin. Elle se construit par la qualité du processus qui conduit au vote, par l’égalité d’accès des citoyens, par la transparence des opérations, par la sécurité, par la vérification des résultats et par l’existence de voies crédibles pour régler les contestations.

C’est pourquoi le débat autour du 13 décembre ne devrait pas être réduit à une opposition entre ceux qui seraient « pour » les élections et ceux qui seraient « contre ». Ceux qui demandent des élections doivent pouvoir exiger qu’elles soient crédibles. Ceux qui soulignent les difficultés ne doivent pas être accusés de vouloir prolonger la transition. Et ceux qui annoncent la date doivent être prêts à démontrer que les conditions de sa réalisation sont effectivement réunies.

Après les expériences de 2015 et 2016, après les années de crise institutionnelle, après l’assassinat de Jovenel Moïse, après Ariel Henry, le Conseil présidentiel de transition et maintenant la nouvelle phase gouvernementale conduite par Alix Didier Fils-Aimé, Haïti se trouve devant une responsabilité historique. Elle doit sortir de la transition, mais elle doit sortir de la transition par une voie qui puisse résister à l’épreuve du temps.

Le 13 décembre 2026 ne doit donc pas être une date que nous espérons atteindre par magie. Il doit être une échéance que le CEP, le gouvernement, les partis politiques et les partenaires internationaux sont capables de justifier devant le peuple haïtien, preuves à l’appui.

La question n’est finalement pas de savoir si Haïti veut des élections. Elle les veut et elle en a besoin.

La vraie question est beaucoup plus exigeante : sommes-nous capables de créer, en quatre mois, les conditions permettant à ces élections de restaurer durablement la légitimité démocratique ?

C’est à cette question que les autorités doivent répondre. Et cette fois, les réponses ne peuvent plus être des promesses, des communiqués ou des calendriers. Elles doivent être des résultats.

Après près de dix ans de crise électorale et de transitions successives, Haïti n’a pas besoin d’une élection simplement pour dire qu’elle a organisé une élection. Elle a besoin d’une élection capable de mettre fin à la transition.