Analyse- Influence, argent et accusations : l’affaire Mackenson révèle les dangers d’un système sans garde-fous…

Mackendon « Prophète Mackendon » Dorilas…

Par Jude Martinez Claircidor,

PORT-AU-PRINCE, vendredi 24 juillet 2026 (RHINEWS) – L’arrestation, le 8 juillet 2026, de Mackenson Dorilas, connu sous le nom de « Prophète Mackenson », par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), dans le cadre d’une enquête portant sur des accusations d’escroquerie et d’abus de confiance liées à la promotion présumée d’une agence de voyage, dépasse le cadre d’un simple fait divers. Sans préjuger de l’issue de la procédure judiciaire, cette affaire ouvre un débat essentiel sur la responsabilité des personnalités publiques dans l’espace médiatique contemporain et sur les limites de la communication d’influence.

Au-delà des aspects judiciaires, cette situation soulève des questions économiques, éthiques et communicationnelles. Elle interroge le rôle d’un communicateur, d’un influenceur, d’un leader religieux, d’un journaliste, d’un artiste ou de toute personnalité publique lorsqu’il décide d’associer son image, sa voix ou sa notoriété à un produit, un service ou une organisation. Dans un environnement où la confiance est devenue une ressource stratégique, la réputation personnelle représente désormais un véritable capital dont l’utilisation exige prudence et responsabilité.

L’essor des réseaux sociaux a profondément transformé les mécanismes de persuasion. La confiance du public ne repose plus uniquement sur les institutions, les médias traditionnels ou les marques établies ; elle s’appuie également sur des individus capables de créer une relation directe avec leur communauté. Un visage connu, une voix reconnue ou une réputation construite au fil des années peuvent devenir des instruments puissants d’influence économique et sociale. Les entreprises recherchent ainsi non seulement la visibilité, mais également la crédibilité associée à une personnalité capable de rassurer et de convaincre un public.

Lorsqu’une personnalité publique recommande un produit ou un service, elle ne se limite pas à transmettre une information commerciale. Elle engage une partie du capital de confiance qu’elle a construit auprès de son audience. Cette confiance peut influencer les comportements, orienter des décisions financières et modifier la perception qu’un public se fait d’une organisation ou d’une offre.

L’affaire du Prophète Mackenson s’inscrit dans une dynamique déjà observée en Haïti et dans d’autres sociétés où l’économie de l’influence connaît une progression rapide. Des animateurs de radio, des influenceurs, des artistes ou d’autres figures publiques ont parfois été associés à des entreprises dont les activités ont ensuite suscité des interrogations. Le scénario présente souvent des similitudes : une organisation met en avant des opportunités économiques, des voyages, des emplois, des investissements ou des services attractifs ; une personnalité reconnue lui apporte une visibilité importante ; le public accorde sa confiance ; puis des difficultés apparaissent lorsque les promesses annoncées ne correspondent pas aux attentes.

La question fondamentale ne concerne pas uniquement la connaissance éventuelle qu’une personnalité pouvait avoir des pratiques d’une organisation, mais également le niveau de vigilance exercé avant d’accepter une collaboration commerciale. La recherche d’une opportunité financière ou professionnelle peut parfois conduire certains acteurs publics à privilégier la visibilité immédiate au détriment d’une analyse approfondie de la fiabilité du produit, du service ou du partenaire concerné.

Une personnalité publique peut ainsi devenir, volontairement ou non, le visage d’une organisation dont les pratiques, l’histoire ou les objectifs réels demeurent insuffisamment connus. Une association commerciale ne constitue pas seulement un échange financier ; elle engage également une responsabilité morale envers un public qui accorde une valeur particulière à la parole diffusée. Dans plusieurs secteurs sensibles — notamment les voyages, la santé, les investissements, les services financiers ou les technologies numériques — une communication imprécise ou une promotion insuffisamment vérifiée peut avoir des conséquences importantes pour les consommateurs.

Dans les sciences de la communication, la réputation est considérée comme un capital immatériel. Elle se construit progressivement à travers la cohérence, la transparence et la crédibilité. Toutefois, sa dégradation peut intervenir rapidement lorsqu’une personnalité se retrouve associée à une opération controversée. La valeur d’une réputation dépasse souvent les bénéfices immédiats d’une campagne promotionnelle, car elle représente un patrimoine construit sur la durée auprès d’un public.

C’est précisément pour protéger ce capital que les grandes agences internationales de communication appliquent généralement des procédures de vérification préalable avant toute association entre une marque et une personnalité. Ces démarches consistent notamment à examiner l’existence juridique de l’entreprise, ses autorisations administratives, son historique, sa situation financière, son image publique ainsi que la réputation de ses dirigeants. Dans les secteurs présentant des risques particuliers, les contrôles sont renforcés afin d’évaluer la conformité des activités, la fiabilité des informations diffusées et la véracité des arguments commerciaux avancés.

Dans plusieurs pays, les campagnes publicitaires comportent également des clauses de non-responsabilité, communément appelées disclaimers. Ces mentions permettent d’informer le public sur le contexte d’un partenariat ou sur certaines limites liées au message diffusé. Toutefois, elles ne remplacent jamais une démarche rigoureuse de vérification. Une précaution juridique ne peut se substituer au devoir de diligence qui incombe à toute personne choisissant de mettre sa notoriété au service d’un produit ou d’une organisation.

Le cadre réglementaire haïtien demeure encore insuffisamment développé en matière de responsabilité publicitaire et de contrôle des communications commerciales. Toutefois, plusieurs dispositions juridiques permettent d’encadrer certaines pratiques, notamment celles relatives à l’escroquerie, à la tromperie et à la réparation des préjudices. Selon les secteurs concernés, des institutions comme le ministère du Commerce et de l’Industrie, le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), la Banque de la République d’Haïti (BRH) ou le Conseil national des télécommunications (CONATEL) disposent également de responsabilités de contrôle.

Sur le plan technique, une publicité trompeuse peut prendre différentes formes : promotion d’un service inexistant, diffusion d’informations inexactes, dissimulation d’éléments essentiels, utilisation de témoignages non vérifiés ou promesses difficiles à démontrer objectivement. L’analyse d’une campagne promotionnelle repose généralement sur plusieurs critères : l’identification précise de l’annonceur, l’existence réelle du produit ou du service, la disponibilité des preuves soutenant les affirmations avancées, le respect des obligations légales et la conformité avec les règles applicables au secteur concerné.

L’économie numérique a renforcé ces enjeux en permettant une diffusion extrêmement rapide des messages promotionnels. Quelques vidéos, publications sponsorisées ou interventions publiques peuvent aujourd’hui atteindre des milliers de personnes et influencer des décisions économiques importantes. Cette évolution impose une nouvelle culture de responsabilité dans le domaine de la communication.

L’affaire Mackenson Dorilas invite ainsi à une réflexion plus large sur la professionnalisation du secteur de la communication en Haïti. L’adoption de codes de déontologie applicables aux influenceurs, la mise en place de mécanismes de vérification avant les partenariats commerciaux et le renforcement des règles relatives à la publicité trompeuse constituent des pistes susceptibles de consolider la confiance du public. Il appartient désormais aux autorités publiques, aux acteurs du secteur privé, aux professionnels de la communication et à la société civile de définir un cadre favorisant un exercice plus responsable de l’influence, à mesure que les plateformes numériques occupent une place croissante dans la vie économique et sociale.