La POHDH dénonce les perquisitions visant le RNDDH dans l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse…

Pierre Esperance, Directeur executif du RNDDH...

PORT-AU-PRINCE, vendredi 24 juillet 2026 (RHINEWS)- La Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH) a dénoncé vendredi les mesures judiciaires visant le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et son directeur exécutif, Pierre Espérance, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse.

Dans un communiqué publié le 24 juillet, la POHDH affirme suivre « avec intérêt » l’évolution du dossier judiciaire relatif à l’assassinat de Jovenel Moïse, tué dans sa résidence privée à Pétion-Ville dans la nuit du 7 juillet 2021. L’organisation estime que « la Justice haïtienne » doit établir « la vérité en toute objectivité » sur ce crime qui, selon elle, constitue « une grave atteinte portée à l’État ».

La POHDH dit toutefois exprimer de « profondes préoccupations » concernant la crédibilité des démarches judiciaires engagées et le respect des principes d’impartialité, d’indépendance et d’intégrité dans le traitement du dossier.

L’organisation de défense des droits humains critique notamment une ordonnance rendue le 19 mai par le juge Cyprien Jean F. Denis Pierre, désigné par la Cour d’appel de Port-au-Prince pour effectuer un supplément d’information dans cette affaire. Cette décision autorise la perquisition des locaux du RNDDH ainsi que du domicile de son directeur exécutif, Pierre Espérance.

Selon la POHDH, le magistrat a également ordonné la saisie de documents jugés nécessaires à la manifestation de la vérité. Elle estime que cette mesure porte atteinte au principe de confidentialité qui encadre le travail des organisations de défense des droits humains.

« Les documents tels que plaintes et témoignages recueillis par les organisations de droits humains sont confidentiels », rappelle la POHDH dans son communiqué.

La plateforme conteste également les éléments ayant motivé la décision judiciaire, estimant qu’elle repose sur des « rumeurs ou des allégations non-corroborées ». Elle cite notamment un passage de l’ordonnance faisant état du fait « qu’il était bruit qu’un cahier de notes, propriété privée de feu Président Jovenel Moïse ainsi que son téléphone seraient en possession du responsable du RNDDH, le sieur Pierre Espérance, sans droit ni qualité ».

Pour la POHDH, le fait que le RNDDH ait pu avoir accès à une copie de l’agenda de l’ancien chef de l’État dans le cadre de son travail d’enquête et de documentation « ne peut aucunement constituer une preuve de culpabilité dans l’assassinat de l’ancien président ».

La plateforme affirme que ces pratiques risquent « d’affaiblir l’espace civique » et de menacer la mission des organisations de défense des droits humains en Haïti. Elle considère que cette décision judiciaire « traduit la volonté manifeste de faire peser une suspicion injustifiée sur le RNDDH », une organisation qui mène, selon elle, « un travail constant de documentation et de vigilance en faveur de la justice et de la démocratie ».

La POHDH estime également que cette affaire pourrait davantage fragiliser la confiance de la population dans le système judiciaire haïtien, déjà confronté, selon elle, « à la corruption et à l’impunité ».

L’organisation dit soutenir les démarches entreprises par le RNDDH auprès du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et appelle cette institution à « saisir enfin la gravité des faits ». Elle déplore la lenteur de la réaction du CSPJ face à cette situation.

La POHDH a enfin exprimé sa solidarité au RNDDH et à Pierre Espérance, tout en appelant les organisations de la société civile et les acteurs de défense des droits humains à se mobiliser contre ce qu’elle qualifie de « pratiques constituant une atteinte grave à l’exercice de leur mission ».

L’assassinat de Jovenel Moïse, survenu il y a cinq ans, fait toujours l’objet de procédures judiciaires en Haïti et à l’étranger. Plusieurs personnes ont été arrêtées et jugées dans différents pays, notamment aux États-Unis, où quatre hommes ont été reconnus coupables en mai 2026 dans le cadre de cette affaire.