Affaire Nenel Cassy : l’ex-sénateur et Willy Adrien alias « Kadafi » déférés pour assassinat, terrorisme, corruption et blanchiment, avec un lourd dossier de « preuves » et de témoignages…

Nenel Cassy, ancien senateur des Nippes...

PORT-AU-PRINCE, dimanche 7 septembre 2025 (RHINEWS) –  Dans un volumineux supplément d’enquête adressé au Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), à travers son Bureau des Affaires Criminelles, a déféré l’ex-sénateur Nenel Cassy et son présumé complice Willy Adrien alias « Kadafi » pour une série d’infractions gravissimes. Les faits retenus vont d’assassinat, complicité d’assassinat, tentative d’assassinat et d’enlèvement, jusqu’à des accusations de complot contre la sûreté intérieure de l’État, destruction de biens publics et privés, actes de terrorisme, incendies criminels, financement de terrorisme, corruption, blanchiment des avoirs, enrichissement illicite et association de malfaiteurs.

La DCPJ identifie parmi les victimes directes l’État haïtien, la société, ainsi que plusieurs citoyens dont Jacques Pierre Matilus, ancien consul et cadre du ministère des Affaires étrangères, abattu le 3 février 2021 à Delmas 40B, Réginald Cherenfant Jasmin, Fabiana Ducheine, Wilkens Placide, Jacques Antoine, Watson Maxime, Valeste Lucien et Evens Ménélas. Figurent également sur la liste les policiers Patrick Anozart et Pierre Richard Mystal, tombés sous les balles lors des attaques attribuées au groupe armé Fantom 509.

Les coauteurs et complices cités dans ce rapport incluent, aux côtés de Cassy et d’Adrien, Renel Destina alias Ti Lapli, Christ-Roi Chéry alias Chrisla, Johnson André alias Izo 5 Segond, Kénold Pierre, Dieufaite Renel alias Chameau Manno, Max Sari, Bien-Aimé Frenel, Jean Rayon alias Diablay, Joseph Stéphane alias Gwomoso, Amatas Jean Philippe, Baggio Jean alias Mapou, Kilick, Bougòy, Bernado, Fritznel ou Chrisnel, Réginald, Africain, Tibout, Lòlò, Ti Jeff, Gangster Mapou, ainsi que les gangs organisés « Team Ascenseur » et « 5 Segond ».

L’interpellation de l’ancien parlementaire est survenue le 2 août 2025. Des agents de la Brigade de Recherches et d’Intervention (BRI), agissant sous commission rogatoire, l’ont arrêté à Pétion-Ville alors qu’il circulait à bord d’un Toyota 4Runner immatriculé BB-50326. La fouille du véhicule et de sa personne a permis de saisir un iPhone 16 de couleur argenté (IMEI 358309632146554 et 358309634329547, sans SIM), un téléphone Tecno Spark 10 Pro muni d’une SIM Natcom n° 3326-9535, une carte d’identité nationale (10-06-99-1972-09-00010), un permis de conduire VV-09901-TA, une carte prépayée BNC (5446 0701 2000 5016), trois cartes MasterCard de la Banque Nationale de Crédit (5546 0902 0072 5019, 5546 0900 0566 0015, 5546 0900 0464 8011), une carte bancaire au nom de Kathrine Chéry (5545 6500 0518 3010), treize cartes de visite, une carte de vaccination Covid-19, un reçu Unibank pour un dépôt de 20 dollars US, ainsi qu’une somme de 46 000 gourdes et 70 dollars américains en espèces.

Le 3 août 2025, une perquisition à l’hôtel « Djoune Bar & Grill » de Delmas a permis de découvrir un dossier complet de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS) comprenant des bordereaux de subventions de plus de 3 millions de gourdes, des copies de chèques émis au nom de plusieurs bénéficiaires, dont certains d’un montant supérieur à 7 millions de gourdes, ainsi qu’une imprimante HP Deskjet 2710. Le lendemain, une descente au domicile de Cassy, sis à Pèlerin 6, a mené à la saisie d’une Porsche Cayenne en réparation dans son garage, d’un ordinateur portable Dell, d’un MacBook Pro et d’un iPhone HS.

Le même jour, les enquêteurs ont également relevé des informations selon lesquelles Willy Adrien alias « Kadafi », proche de l’ex-sénateur, aurait servi d’intermédiaire dans la livraison d’armes et de munitions à des gangs de la coalition « Viv Ansanm ». Il a été localisé à la rue de la Sorbonne à Delmas 77, près de l’hôtel Zarry’s. Une équipe de la Brigade de Lutte contre le Vol de Véhicules (BLVV) a procédé à son arrestation. Portant une carte d’identification émise par l’OFATMA, il a été formellement identifié comme Willy Adrien. Conduit à la DCPJ, il a nié tout lien avec Cassy, affirmant : « Je n’ai jamais servi d’intermédiaire entre l’ancien sénateur et les chefs de gangs, je n’ai jamais fréquenté leurs territoires, je n’ai aucune idée de l’assassinat de Jacques Pierre Matilus ».

À la suite de son arrestation, l’ex-sénateur Nenel Cassy a été conduit à la DCPJ où il a nié catégoriquement toute implication dans des actes criminels. Lors de son interrogatoire, il a déclaré : « Je n’ai jamais participé à la perpétration d’actes de banditisme ni au financement du terrorisme pour déstabiliser le pays. Au contraire, ces présumés bandits m’ont causé du tort en me privant de mes activités dans plusieurs communes ». Il a toutefois reconnu avoir été présent dans un véhicule où un poignard attribué à la victime Jacques Pierre Matilus a été retrouvé, mais a affirmé ne pas en avoir eu connaissance.

Les enquêteurs ont retracé les circonstances de l’assassinat de Matilus survenu le 3 février 2021 à Delmas 40B. L’ancien consul roulait à bord de son véhicule lorsqu’il a été intercepté par des hommes armés circulant dans un véhicule de l’État. Refusant d’obtempérer à ce qui s’apparentait à une tentative d’enlèvement, il a été criblé de balles et tué sur le champ. Sa compagne, Sandrine Germain, entendue par les policiers, a identifié le poignard retrouvé plus tard dans le Honda Pilot utilisé par Nenel Cassy comme étant bien celui de Matilus.

Par ailleurs, la DCPJ a confirmé que les numéros de téléphone de Cassy (3701-7029) et de Reynald Courtois (3744-0963) ont simultanément borné à Delmas 40B le soir du meurtre. Les relevés téléphoniques fournis par Digicel Haïti confirment la présence des deux hommes dans la zone, ce qui constitue un indice grave et concordant contre l’ancien sénateur. De plus, une bande sonore du journal « Premye Okazyon » diffusé sur la RTVC le 4 février 2021 révèle que Cassy, interrogé par les médias, s’était présenté comme victime d’une « tentative d’assassinat », une version jugée incohérente au regard des faits documentés dans le rapport.

L’enquête mentionne également le rôle de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS). Les documents saisis à l’hôtel de Delmas comprenaient des bordereaux de paiements, des copies de chèques et des listes de bénéficiaires, certains d’un montant allant jusqu’à 7 millions de gourdes. Interrogée, la directrice de la CAS, Erzile Remy, a affirmé que ces documents étaient probablement des copies épargnées après l’incendie criminel de leurs locaux. Elle a insisté sur le fait que les subventions accordées n’ont jamais dépassé 150 000 gourdes pour un particulier et 400 000 gourdes pour une entreprise. Le comptable de l’institution, Wilensky Dieujuste, a abondé dans le même sens, niant tout lien avec l’ancien sénateur.

En matière financière, le rapport rappelle que Cassy a fait l’objet de sanctions des États-Unis le 11 décembre 2023, accusé d’avoir « abusé de sa fonction publique en engageant dans des actes de corruption qui ont miné la stabilité et les institutions démocratiques d’Haïti ». Le Canada et la République dominicaine ont adopté des sanctions similaires, interdisant notamment l’entrée de Cassy sur leur territoire. L’ULCC (Unité de Lutte Contre la Corruption), dans un rapport daté du 15 novembre 2023, a recommandé des poursuites judiciaires pour enrichissement illicite et fausse déclaration de patrimoine.

Selon l’ULCC, Cassy possédait plusieurs comptes bancaires non déclarés, dont un compte Unibank n° 150-2016-003742967 et trois comptes à la BNC. Son patrimoine a connu une augmentation brutale de plus de 29 millions de gourdes entre 2016 et 2020. Outre des dépôts en espèces inexpliqués, il est propriétaire de plusieurs biens immobiliers (cinq maisons bâties, quatre terrains), de véhicules de luxe dont une Mercedes Benz E300, un Nissan Patrol, un Isuzu immatriculé TX-5471, ainsi que de bijoux et montres de luxe de marque Rolex, Audemars Piguet et Cartier. L’ensemble de ces actifs n’avait pas été déclaré dans son rapport de patrimoine exigé par la loi.

Concernant Willy Adrien alias « Kadafi », son interrogatoire a donné lieu à des dénégations systématiques. Il a affirmé : « Je n’ai aucun lien avec l’ancien sénateur Nenel Cassy, je n’ai jamais communiqué avec lui, je n’ai jamais été intermédiaire dans des livraisons d’armes ni fréquenté les territoires des gangs ». Malgré ces dénégations, des informations fiables recueillies par la DCPJ indiquent qu’il était chargé de livrer des armes et munitions dans les zones de Mariani, Gressier, Kenscoff et dans le département des Nippes, sous le contrôle de chefs de gangs de la coalition « Viv Ansanm ». Les enquêteurs le décrivent comme un « membre actif » de cette organisation criminelle, impliqué dans des actes de destruction et d’incendies de biens publics et privés.

La DCPJ note également que des policiers ont péri dans des attaques revendiquées par des groupes liés à cette coalition, notamment lors des violences de février et mars 2021. Le rapport relie ces événements à un « complot planifié visant à affaiblir l’autorité de l’État par la terreur ».

En conclusion, la DCPJ estime que « les policiers Patrick Anozart et Pierre Richard Mystal, ainsi que le sieur Jacques Pierre Matilus, ont été tués volontairement et avec préméditation », et que « les faits reprochés constituent des crimes d’assassinat, de vol à main armée, de financement du terrorisme, de corruption, de blanchiment d’avoirs et de complot contre la sûreté intérieure de l’État ».

Le rapport du Bureau des Affaires Criminelles rappelle que ce supplément d’enquête s’inscrit dans une série de procédures judiciaires déjà engagées contre des membres de réseaux criminels liés aux violences politiques et aux attaques armées à Port-au-Prince depuis 2020. À ce titre, plusieurs documents antérieurs ont été annexés au dossier transmis au Parquet.

Parmi eux figure une copie du rapport partiel d’enquête et défèrement des nommés Reynald Courtois, Louinson Lundy, Schneider Alexandre alias BC, Maxime Jean et Raphaël Jean alias Ti Blanc, transmis au Parquet en date du 11 mai 2021. Ce rapport détaillait déjà l’implication de ces individus dans les activités du groupe armé Fantom 509, responsables de destructions massives de biens publics et privés, d’attaques armées contre des institutions et de l’assassinat de plusieurs policiers.

Également annexé, un supplément d’enquête et défèrement en date du 17 septembre 2021 visant les nommés Angelo Jeanty, Anack Roger, Esnold Lundy et Fedner Saintyl, tous impliqués dans des actes de terrorisme urbain et de participation à des gangs lourdement armés.

Enfin, une copie du deuxième supplément d’enquête, daté de la même année, concerne le nommé Saint-Philippe Saint-Jean alias Johny ou Ti Bobo, décrit comme l’un des lieutenants opérationnels dans l’organisation et la coordination des attaques armées menées à Port-au-Prince.

Ces antécédents démontrent, selon la DCPJ, que l’affaire Nenel Cassy et Willy Adrien alias « Kadafi » s’inscrit dans la continuité d’un vaste dossier criminel, où politiciens, anciens parlementaires, figures publiques et gangs armés forment un réseau de complicités visant à affaiblir les institutions haïtiennes et à maintenir un climat de peur et d’instabilité.

La DCPJ souligne dans ses considérations finales que « les indices graves et concordants, recueillis à travers les procès-verbaux, les perquisitions, les saisies, les relevés téléphoniques et les témoignages, permettent de retenir la responsabilité de l’ex-sénateur Nenel Cassy et de son complice Willy Adrien alias Kadafi dans des faits constitutifs de crimes d’assassinat, d’association de malfaiteurs, de corruption, de blanchiment et de financement du terrorisme ».

Le rapport précise que la société haïtienne, les victimes directes et l’État constituent les plaignants principaux et que le Parquet est désormais saisi pour l’ouverture de poursuites judiciaires. La DCPJ insiste également sur le fait que ces procédures s’inscrivent dans la volonté de « mettre un terme à l’impunité des acteurs politiques qui instrumentalisent les gangs pour des fins personnelles, économiques ou électorales ».

Ainsi, le dossier Cassy–Adrien représente, de par son ampleur et le volume des « preuves » saisies, l’un des plus lourds jamais transmis par la DCPJ. L’ensemble comprend des pièces jointes couvrant quatre années d’enquête, des scellés matériels, des annexes bancaires, des procès-verbaux d’interrogatoires, des relevés téléphoniques certifiés, des photographies judiciaires, des copies de sanctions internationales et des rapports antérieurs ayant déjà impliqué plusieurs figures de l’appareil politique et de la sphère criminelle.

L’ex-sénateur des Nippes, Nenel Cassy, a été remis en liberté le 19 août 2025, à l’issue d’une audition menée par le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Frantz Monclair.

Cassy avait été appréhendé le 2 août 2025 par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), après avoir été recherché pour plusieurs chefs d’accusation graves : complot contre la sûreté intérieure de l’État, financement de groupes criminels, complicité d’assassinat et association de malfaiteurs.

Son arrestation avait provoqué une vive controverse. Ses sympathisants parlaient de poursuites motivées politiquement, tandis que d’autres acteurs considéraient ce dossier comme un test de la volonté des autorités de s’attaquer aux réseaux criminels et à l’impunité