SAN FRANCISCO, dimanche 7 septembre 2025 (RHINEWS) – Un juge fédéral américain a bloqué vendredi la décision de l’administration Trump de mettre fin au Temporary Protected Status (TPS), une mesure qui garantit à plus d’un million de ressortissants d’Haïti et du Venezuela le droit de résider et de travailler légalement aux États-Unis.
Le juge Edward Chen, du tribunal fédéral de San Francisco, a estimé que la révocation de ces protections par la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, était « arbitraire et capricieuse » et qu’elle outrepassait les pouvoirs que lui confère la loi. « En annulant des protections qui existent depuis 35 ans et qui reposent sur des analyses rigoureuses et concertées avec d’autres agences, la secrétaire Noem expose des centaines de milliers de personnes à des conditions que le Département d’État lui-même juge trop dangereuses pour s’y rendre », a écrit le magistrat dans sa décision.
Ce jugement redonne un sursis à environ 600 000 Vénézuéliens dont les protections avaient expiré en avril ou devaient prendre fin le 10 septembre, ainsi qu’à près de 500 000 Haïtiens. Le juge a souligné que le retour forcé vers ces deux pays « exposerait les familles à des violences, à la faim et à des conditions de vie intolérables ».
L’American Civil Liberties Union (ACLU), qui soutenait les plaignants, a salué cette victoire judiciaire. « Ces derniers mois, des milliers de personnes ont subi des dommages irréparables, notamment des déportations et des séparations familiales, à cause de l’agenda discriminatoire et cruel de la secrétaire Noem validé par la Cour suprême », a déclaré Emi Maclean, avocate senior de l’ACLU en Californie du Nord. « Cette décision est un pas important vers la fin de cette injustice. »
Le département de la Sécurité intérieure a réagi avec virulence, accusant les juges fédéraux d’usurper la volonté du peuple américain. « Le programme TPS a été abusé, exploité et transformé en une amnistie de facto », a affirmé un porte-parole du DHS dans un courriel. « Bien que cette décision retarde la justice, la secrétaire Noem utilisera toutes les options légales pour mettre fin à ce chaos et protéger la sécurité des Américains. »
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a fait de la lutte contre l’immigration une priorité, multipliant les mesures de répression. Son administration a déjà mis fin à des désignations de TPS et de Humanitarian Parole qui protégeaient environ 1,5 million de personnes, entraînant une série de recours judiciaires dans tout le pays. En mars dernier, le juge Chen avait temporairement suspendu la fin du TPS pour les Vénézuéliens, mais en mai, la Cour suprême avait renversé sa décision sans motiver son arrêt, ouvrant la voie à des licenciements, des détentions et des expulsions. En juin, des témoignages versés au dossier ont révélé que des travailleurs avaient été arrêtés lors de leurs contrôles annuels, certains séparés de leurs enfants, d’autres détenus pendant plusieurs semaines dans des conditions traumatisantes.
Le statut de protection temporaire, instauré en 1990, est accordé pour des périodes de 6, 12 ou 18 mois par le secrétaire à la Sécurité intérieure lorsque des catastrophes naturelles, des crises politiques ou des violences généralisées rendent un retour impossible. Les bénéficiaires sont protégés contre l’expulsion et peuvent légalement travailler. Haïti en bénéficie depuis 2010, après le séisme de magnitude 7,0 qui a fait plus de 200 000 morts et laissé plus d’un million de personnes sans abri. Depuis, la désignation a été maintenue en raison de l’insécurité généralisée et de la crise alimentaire. Le Venezuela a obtenu ce statut face à l’effondrement économique, l’hyperinflation et la répression politique qui ont poussé des millions de personnes à fuir.
Kristi Noem avait justifié la fin du TPS en affirmant que les conditions s’étaient améliorées dans ces deux pays et qu’il n’était pas dans l’intérêt national de prolonger indéfiniment un programme censé être temporaire. Ses avocats soutiennent que la loi lui confère une autorité discrétionnaire non contestable par les tribunaux. Mais pour le juge Chen, l’action entreprise n’était pas seulement sans précédent dans sa rapidité et son ampleur, elle violait également la loi.
Ce nouveau revers pour l’administration Trump intervient quelques jours après qu’une cour d’appel fédérale a également jugé illégale l’annulation des extensions de protections décidées sous l’administration Biden. Toutefois, le gouvernement a annoncé son intention de faire appel. « Le combat judiciaire est loin d’être terminé », a reconnu un des avocats des plaignants.
En attendant, la décision du juge Chen offre un répit aux centaines de milliers de familles menacées d’expulsion. « Je ne suis pas un criminel. Comme beaucoup d’immigrés, je travaille dur et je contribue à ce pays. Mais nos familles et nos vies sont brisées », a témoigné dans une déclaration sous serment un employé de FedEx d’origine salvadorienne, arrêté en juin et menacé d’expulsion.
Avec cette décision, la bataille autour du TPS s’annonce comme l’un des dossiers les plus sensibles du second mandat Trump, mêlant enjeux humanitaires, juridiques et politiques, et mettant en jeu le sort de plus d’un million de personnes déjà installées sur le sol américain.

