ROME, jeudi 16 octobre 2025 (RHINEWS) —Quatre-vingts ans après la fondation de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la faim regagne du terrain. Près de 673 millions de personnes dans le monde s’endorment chaque soir le ventre vide, ont rappelé jeudi les Nations Unies à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, marquée cette année par une alerte sur l’effondrement des financements humanitaires et la fragilité de la solidarité internationale.
Depuis son siège à Rome, le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a réaffirmé la mission fondatrice de l’agence : « garantir à chaque être humain le droit à l’alimentation ». Il a exhorté les États à « renforcer la coopération internationale face à un défi qui dépasse les frontières ». Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a, lui aussi, lancé un appel à l’unité : « Nous avons les outils, les connaissances et les ressources pour éliminer la faim. Ce qui nous manque, c’est l’unité. »
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Un système humanitaire à bout de souffle
Le Programme alimentaire mondial (PAM), pilier de la lutte contre la faim, tire la sonnette d’alarme : 13,7 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans une insécurité alimentaire grave faute de financements suffisants. Sa directrice exécutive, Cindy McCain, a rappelé mercredi que « chaque ration coupée, c’est un enfant qui se couche affamé, une mère qui saute un repas, une famille qui perd le soutien dont elle a besoin pour survivre ».
Un rapport publié en septembre révèle que le PAM subit une chute de 40 % de ses financements en 2025 — soit 6,5 milliards de dollars contre 10 milliards en 2024. Les conséquences se font déjà sentir : en Haïti, les repas chauds aux déplacés ont été suspendus ; en Ouganda, plus d’un million de réfugiés n’ont plus accès à aucune aide alimentaire ; et en Afghanistan, 298 centres de nutrition ont fermé leurs portes.
Cette contraction budgétaire compromet la stabilité de plusieurs pays. Au Niger, elle menace la cohésion politique. En Haïti, en proie à la violence des gangs, elle pourrait aggraver les tensions sociales à l’approche des élections. « Les humanitaires se retirent du terrain », note le rapport, décrivant des familles contraintes de vendre leurs biens, de retirer leurs enfants de l’école ou de recourir à des « stratégies désespérées ».
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Appels à l’action et à la solidarité
Depuis Rome, la cheffe étoilée italienne Cristina Bowerman, ambassadrice de la FAO, a invité les citoyens à « adopter un agriculteur et acheter sa production », afin de soutenir les petits producteurs qui « nourrissent la majorité de la population mondiale mais voient leurs revenus s’effondrer ».
L’économiste américain Jeffrey Sachs a, pour sa part, rappelé le lien entre alimentation durable et préservation de la planète : « Manger plus sainement, c’est aussi protéger la Terre », plaidant pour une réduction de la consommation de viande rouge, responsable d’émissions massives de méthane et de déforestation.
L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exhorté les dirigeants mondiaux à considérer la nourriture comme « un pont pour la paix et la coopération, non comme une source de division ». Il a rappelé que l’objectif numéro 2 des Objectifs de développement durable (ODD), adopté en 2015, vise à éradiquer la faim et promouvoir une agriculture durable d’ici 2030 — une cible qui semble aujourd’hui « s’éloigner dangereusement ».
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Gaza et le Soudan, symboles d’une urgence mondiale
Sur les cinq famines officiellement déclarées au cours des vingt dernières années, deuxsont actuellement en cours : au Soudan et à Gaza. Dans l’enclave palestinienne, un cessez-le-feu fragile a permis d’envisager la reconstruction du secteur agricole. « Nous commençons déjà à planifier la réhabilitation des serres, vergers et élevages », a déclaré Beth Bechdol, directrice adjointe de la FAO, rappelant qu’avant la guerre, Gaza disposait d’une agriculture « dynamique ».
La FAO souligne que la guerre demeure la principale cause de la faim dans le monde, devant le climat ou la sécheresse. Aujourd’hui, 319 millions de personnes vivent en situation d’insécurité alimentaire aiguë, dont 44 millions à un niveau jugé critique.
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Une fracture mondiale
Pour le PAM, « la faim n’est plus seulement une tragédie, c’est une ligne de fracture mondiale ». L’agence souligne que chaque hausse d’un point de pourcentage de l’insécurité alimentaire fait croître de 1,9 % les flux de réfugiés. « À mesure que les champs se vident, les routes se remplissent », résume le rapport.
En cette Journée mondiale de l’alimentation, la FAO et ses partenaires appellent à repenser en profondeur les politiques de sécurité alimentaire : prévenir plutôt que guérir, maintenir les programmes de résilience, et mettre fin à la logique des « miettes d’assistance ».
La devise de l’agence onusienne, inscrite en latin sur son emblème, résonne avec gravité : « Fiat panis » — qu’il y ait du pain. Huit décennies après sa création, cette injonction n’a jamais semblé aussi urgente.

