GENÈVE, jeudi 16 octobre 2025 (RHINEWS) — La France viole de manière « grave et systématique » les droits fondamentaux des enfants migrants non accompagnés, selon un rapport accablant du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies (CRC) publié ce jeudi à Genève. Le document décrit des situations d’abandon, de précarité et de traitements contraires à la dignité humaine, dans l’un des pays fondateurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Le Comité onusien affirme que de nombreux mineurs étrangers se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans abri, sans soins médicaux, ni accès à l’éducation. Ces enfants, venus majoritairement d’Afrique de l’Ouest, du Moyen-Orient ou d’Asie du Sud, vivent dans des conditions qualifiées de « dégradantes », souvent dans la rue, des parcs ou des camps de fortune, à Paris, Calais, ou dans les zones frontalières.
« La France a manqué à ses obligations internationales en violant un large éventail de droits garantis par la Convention relative aux droits de l’enfant », souligne le rapport, citant notamment l’intérêt supérieur de l’enfant, le droit à la santé et à l’éducation, ainsi que l’interdiction des traitements inhumains, dégradants ou de la détention pour motifs migratoires.
L’un des points les plus préoccupants du rapport concerne les procédures d’évaluation de l’âge des mineurs étrangers. Le Comité dénonce des méthodes souvent fondées sur « l’apparence physique » ou des examens médicaux peu fiables, effectués sans la présence d’un tuteur, d’un avocat ou d’un adulte de confiance.
« Ces procédures manquent de garanties suffisantes », déplore l’ONU, qui rappelle que la présomption de minorité, censée protéger l’enfant jusqu’à preuve du contraire, n’est appliquée en France que jusqu’à la première évaluation administrative.
Résultat : les jeunes considérés à tort comme majeurs sont exclus du système de protection de l’enfance et condamnés à survivre dans la rue pendant des mois, parfois jusqu’à huit mois, le temps que leur recours soit examiné. Selon le Comité, entre 50 % et 80 % de ces enfants sont finalement reconnus mineurs après réévaluation — une proportion jugée alarmante.
Les conséquences sont tragiques : enfants sans abri, sans nourriture suffisante, sans eau potable ni soins, vulnérables aux trafics, aux abus sexuels et aux violences policières.
« Les familles se disloquent et les enfants s’effacent dans les marges », indique un humanitaire cité dans le rapport, décrivant une réalité où la peur et la méfiance remplacent la protection et la bienveillance.
À Calais et dans le nord de la France, les camps où s’entassent des jeunes migrants espérant rejoindre le Royaume-Uni incarnent cette crise. Certains enfants ont même été placés en détention dans des zones d’attente d’aéroports ou des centres de rétention, une pratique que le Comité juge disproportionnée, arbitraire et préjudiciable à leur santé mentale.
Le Comité des droits de l’enfant relève que ces violations ne sont pas des cas isolés : elles sont généralisées et persistantes sur tout le territoire français, y compris dans les grandes villes et les zones frontalières. Faute de chiffres officiels précis, le rapport évoque un phénomène “massif et structurel”, lié à des politiques d’accueil restrictives et à un manque de coordination entre les départements.
Face à ces constats, le Comité recommande à la France de garantir le bénéfice du doute à tout jeune se déclarant mineur, et de lui assurer un hébergement, une alimentation et un accès à l’eau suffisants, même dans l’attente d’une décision judiciaire.
L’ONU exhorte également Paris à mettre pleinement en œuvre la loi du 7 février 2022 sur la protection de l’enfance, ainsi que ses décrets d’application de 2023, destinés à renforcer l’accueil et le suivi des enfants privés de milieu familial.
« Les enfants migrants doivent être d’abord considérés comme des enfants, avant d’être perçus comme des étrangers », conclut le rapport du Comité, appelant la France à “restaurer la primauté de la dignité humaine sur la logique administrative”.
En attendant une réponse officielle du gouvernement, les images de jeunes réfugiés dormant à la belle étoile près des gares, des aéroports ou des commissariats français, continuent d’incarner ce que l’ONU qualifie désormais de crise morale et humanitaire au cœur même de la République.

