Blanchiment présumé à la UNIBANK : l’UCREF épingle Holrithe Martineau pour plus de 32 millions de gourdes et 540 000 dollars de flux suspects…

Symbolr fr l'UCREF...

PORT-AU-PRINCE, vendredi 17 octobre 2025 (RHINEWS)Un rapport explosif de l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), transmis au parquet de Port-au-Prince, met en lumière des mouvements de fonds jugés « hautement suspects » sur plusieurs comptes de l’entrepreneur Holrithe Martineau, entre 2017 et 2021. L’enquête révèle des dépôts et retraits totalisant plus de 32 millions de gourdes et près de 540 000 dollars américains, dont l’origine demeure « inexpliquée et potentiellement illicite », selon les termes du rapport signé par la directrice générale de l’UCREF, Me Michelin Justable.

L’analyse financière détaille que le compte d’épargne en gourdes, enregistré à la UNIBANK sous le numéro 275-2015-12926363, a été alimenté par des dépôts de 2 millions de gourdes le 28 juin 2019 et 500 000 gourdes le 9 mars 2020, avant d’être vidé presque intégralement. « Le flux du capital constitué pendant la période opérationnelle du compte y a été totalement prélevé sous diverses formes », écrit l’UCREF, précisant que 66,79 % des sorties de fonds se présentent sous forme de retraits et virements « sans justification économique identifiable ».

Les retraits recensés dépassent les 1 million de gourdes à plusieurs reprises : le 21 avril 2017 (1 036 500 HTG), le 17 mai 2017 (1 000 000 HTG), le 19 décembre 2017 (1 000 000 HTG), et le 19 janvier 2018 (1 376 000 HTG). Des opérations répétées de « débit pour paie » de montants variant entre 1 000 et 49 000 gourdes ont également été notées, mais « aucun document n’a permis d’identifier les bénéficiaires ni la structure employeuse », relève le rapport.

Le tableau synthétique établi par les analystes financiers montre un flux total de 30,2 millions de gourdes en entrées et 32,4 millions de gourdes en sorties, répartis sur 141 transactions. Les années 2017 et 2019 se démarquent comme les plus actives, avec respectivement 9,6 millions et 9,2 millions de gourdes de crédits.

Parallèlement, le compte en dollars américains #275-2016-12926371, également ouvert à la UNIBANK au nom de Martineau, a enregistré 40 opérations de crédit totalisant 539 920,28 USD, et 39 débits atteignant 549 749,98 USD. Le solde final, après déduction des frais et intérêts, a été ramené à zéro le 5 avril 2021. L’UCREF note que « la nature des transactions et leur ampleur soulèvent des interrogations majeures sur la provenance des fonds, compte tenu du profil déclaré de l’enquêté (entrepreneur, plombier, comptable d’une entreprise de jeux dénommée Divinité Lotto) ».

Les dépôts individuels oscillent entre 10 000 USD et 68 000 USD, notamment le 4 avril 2017 (10 000 USD), le 14 novembre 2017 (37 750 USD), le 31 janvier 2019 (37 764 USD), le 19 mars 2019 (50 000 USD), et le 22 août 2019 (68 022 USD). Plusieurs transferts sortants sont destinés à des entités commerciales étrangères comme SOJACA USA LLC, ou à des notaires haïtiens tels que Me Emmanuel Lebrun, Me Gréger Jean-Baptiste et Me Clermont Dossous, pour des transactions foncières évaluées à « plus de cent mille dollars américains ».

L’UCREF va plus loin en évoquant « une pratique apparentée à des techniques de blanchiment de capitaux », soulignant que Martineau contractait des prêts bancaires tout en disposant d’importants capitaux personnels. « L’intéressé semble avoir utilisé des remboursements mensuels pour injecter dans le système financier des fonds d’origine incertaine », indique l’institution, qui mentionne l’absence de toute preuve économique ou fiscale pouvant expliquer la constitution de tels flux.

La banque tutrice, UNIBANK, aurait pris l’initiative de fermer les comptes de l’intéressé en mai 2021, lui remettant deux chèques de direction, l’un de 148 753,98 USD et l’autre de 27 428 167,28 gourdes. Le chèque en gourdes a été transféré vers le compte #1901236883 à la SOGEBANK le 14 mai 2021, avant la fermeture soudaine de ce compte le 16 juin 2021, soit trois jours après l’opération. « Cette séquence d’événements constitue un schéma atypique et justifie une vigilance accrue », prévient l’UCREF.

Face à ces anomalies, le rapport conclut que « les opérations analysées présentent toutes les caractéristiques d’un circuit de blanchiment d’argent et appellent à une investigation judiciaire approfondie ». L’institution affirme avoir transmis le dossier au commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, conformément à l’article 77 du décret du 30 avril 2023 relatif à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive.

« Ce rapport préliminaire est communiqué pour les suites utiles », conclut Me Michelin Justable, insistant sur la nécessité de « retracer l’origine économique légale du flux de devises étrangères et des montants élevés en gourdes manipulés par Holrithe Martineau ».

L’affaire, désormais entre les mains du parquet, s’ajoute à une série de dossiers transmis par l’UCREF en 2024, visant à renforcer la traçabilité financière et à endiguer le blanchiment d’argent au sein du système bancaire haïtien.