PORT-AU-PRINCE, dimanche 7 décembre 2025 (RHINEWS)- Le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, a assuré lors d’une interview accordée à RHINews que le climat d’insécurité généralisée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince place la majorité des opérateurs économiques dans une situation de dépendance forcée vis-à-vis des groupes armés.
Selon lui, « il est devenu extrêmement difficile pour quiconque fait du business dans la région métropolitaine de fonctionner sans devoir traiter avec les groupes armés ». Il a insisté sur le fait que ces interactions ne sont pas des choix volontaires mais des mécanismes de survie imposés par l’emprise territoriale des gangs.
Espérance a expliqué que nombre d’entrepreneurs se voient obligés de verser des sommes d’argent pour la protection de leurs activités. « Les entrepreneurs doivent payer pour protéger leurs entreprises, leurs biens et parfois leur propre vie », a-t-il déclaré, soulignant que l’influence des gangs sur les zones d’approvisionnement, les routes commerciales et les espaces stratégiques — notamment autour du port et des axes de distribution – les place au cœur de l’économie quotidienne.
Le directeur du RNDDH a également rappelé que ces relations forcées entre le secteur privé et les groupes armés ne sont pas un phénomène nouveau. Il a cité en exemple l’affaire médiatisée impliquant l’homme d’affaires André Apaid et le chef de gang Lanmò San Jou, un dossier qui, selon lui, « avait déjà illustré à quel point la frontière entre le monde des affaires et les groupes armés peut devenir poreuse dans un contexte où l’État n’exerce plus réellement son autorité ». Pour Pierre Espérance, cette affaire avait mis en lumière « la pression constante subie par certains acteurs économiques face à des groupes lourdement armés contrôlant territoires et routes commerciales ».
Espérance affirme que cette dynamique dangereuse affaiblit davantage l’État, favorise l’économie criminelle et crée un climat où les institutions publiques perdent progressivement leur capacité à protéger les citoyens. « C’est une crise profonde qui affecte la gouvernance, l’économie et la sécurité de la population », a-t-il ajouté.
Selon le RNDDH, seule une stratégie nationale coordonnée et durable peut permettre au secteur privé de fonctionner sans être contraint à ces arrangements imposés par les groupes criminels.

