PORT-AU-PRINCE, dimanche 12 octobre (RHINEWS) – L’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) a transmis au Parquet de Port-au-Prince un rapport d’analyse financière détaillant plusieurs transactions jugées suspectes opérées par Madame Nerlande Milhommes Blaise, identifiée sous le numéro 003-883-536-0, sur des comptes détenus principalement à la Sogebank.
Selon le rapport, daté du 2 février 2024, l’enquête a été ouverte à la suite d’une déclaration de soupçon émise par une institution financière partenaire, conformément aux articles 17, 19, 20, 21, 22 et 77 du décret du 30 avril 2023 sanctionnant le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. L’UCREF indique que son objectif était de rechercher d’éventuels indices de blanchiment de capitaux et d’identifier les responsabilités individuelles liées aux transactions financières analysées.
Les enquêteurs ont adressé des requêtes à diverses institutions publiques et privées, notamment la DGI, l’OAVCT, les maisons de transferts et plusieurs banques commerciales, afin de recueillir les documents justificatifs relatifs aux mouvements observés sur les comptes de l’intéressée. Ces vérifications ont permis à l’unité d’obtenir des données sur les dépôts, retraits et transferts effectués entre 2021 et 2023.
Le rapport mentionne en particulier quatre comptes principaux au nom de Madame Milhommes Blaise :
– Le compte #151000601,
– Le compte #51004406,
– Le compte #1051034062,
– Et le compte #1011068176, tous logés à la Sogebank.
Selon les analystes de l’UCREF, ces comptes ont enregistré des mouvements financiers disproportionnés par rapport aux revenus déclarés de l’intéressée. Des dépôts importants en espèces ont été identifiés, suivis de retraits rapides ou de transferts vers des tiers sans justification économique apparente. Certaines opérations ont été effectuées en devises étrangères, notamment en dollars américains, et d’autres sous forme de transferts internationaux, dont l’origine et la destination restent à clarifier.
Le rapport souligne également l’existence d’une carte de crédit utilisée pour des transactions répétées de montants élevés, sans corrélation avec le profil financier de Madame Milhommes Blaise. Plusieurs de ces dépenses ont été effectuées dans des secteurs considérés à risque élevé pour le blanchiment de capitaux, notamment le commerce de produits de luxe et les transferts vers des sociétés de services non enregistrées.
L’analyse révèle par ailleurs des transferts entrants et sortants vers des comptes appartenant à des proches collaborateurs et des entreprises non identifiées. L’UCREF note qu’une partie des fonds semble provenir de circuits informels et qu’une autre partie aurait transité par des structures financières non soumises à régulation, ce qui a motivé la qualification de ces mouvements comme « suspects ».
Dans sa synthèse des faits, l’unité mentionne que les transactions cumulées atteindraient plusieurs dizaines de millions de gourdes, bien au-delà des capacités financières déclarées de l’intéressée. Les enquêteurs soulignent « l’absence de justificatifs fiscaux et de traçabilité commerciale crédible », éléments qui renforcent la suspicion de blanchiment de capitaux.
Le document précise toutefois que les conclusions de cette analyse sont transmises au Parquet de Port-au-Prince pour les suites légales nécessaires. L’UCREF rappelle que toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence jusqu’à la clôture de l’instruction judiciaire.
En conclusion, le rapport recommande aux autorités judiciaires d’ordonner la vérification complète des avoirs, la suspension temporaire des transactions suspectes, ainsi que la coopération interbancaire pour retracer les circuits financiers liés à ces comptes.
L’UCREF réaffirme dans ce dossier sa mission de vigilance et de lutte contre le blanchiment d’argent et la corruption systémique, rappelant que de tels mécanismes constituent une menace directe pour la stabilité économique et la crédibilité des institutions haïtiennes.

