PORT-AU-PRINCE, samedi 13 juin 2026 (RHINEWS) – À l’occasion du 31e anniversaire de la Police nationale d’Haïti (PNH), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a publié un rapport dressant un portrait préoccupant de l’institution policière, affirmant que celle-ci évolue dans un contexte marqué par « l’effondrement progressif de l’autorité de l’État », l’expansion des gangs armés et la dégradation continue de la sécurité dans plusieurs régions du pays.
Selon le document, couvrant la période de juin 2025 à juin 2026, la PNH a dû faire face à une pression opérationnelle constante alors que de nouveaux quartiers des départements de l’Artibonite, du Centre, de l’Ouest et du Sud-Est sont tombés sous l’emprise de groupes armés, provoquant des déplacements forcés de population et aggravant la crise humanitaire. Le RNDDH souligne que les affrontements répétés entre policiers et gangs ont mobilisé une part importante des ressources humaines et logistiques de l’institution, réduisant sa capacité à assurer efficacement ses autres missions de sécurité publique.
L’organisation indique avoir réalisé 107 visites de monitoring dans 50 commissariats et sous-commissariats du pays afin d’évaluer les conditions de fonctionnement de la police. Des entretiens ont été menés avec des policiers en service, des membres d’unités spécialisées, des proches de policiers victimes ainsi qu’avec des responsables de l’institution.
Le rapport relève plusieurs changements intervenus au sein du haut commandement de la PNH durant la période étudiée. Le 8 août 2025, le directeur général a.i. Rameau Normil a été révoqué et remplacé par l’inspecteur général André Joseph Vladimir Paraison. Plusieurs autres nominations ont suivi, notamment celles de Jacques Joël Orival à la Direction centrale de la police administrative (DCPA), Justin Marc à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), Riguet Mildort à la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP), Fred Joseph à la Direction départementale du Nord-Ouest, Jhon Games Olivier puis Joseph Rolind Jean Louis à la tête de l’École nationale de police (ENP), ainsi que Ronald St Rose à la direction du Corps d’intervention et de maintien de l’ordre (CIMO).
Le RNDDH souligne toutefois que plusieurs initiatives ont été entreprises pour renforcer les capacités de la police. Dans le cadre du projet P-4000, 892 aspirants policiers, dont 161 femmes, ont intégré l’ENP le 5 octobre 2025. Le 23 janvier 2026, 877 policiers de la 35e promotion ont été gradués, parmi lesquels 156 femmes. Une autre cohorte de 1 200 aspirants, dont 239 femmes, a entamé sa formation le 8 février 2026. Le 29 mai, 1 192 nouveaux policiers de la 36e promotion, baptisée « Les Indigènes », ont officiellement rejoint les rangs de la PNH. Cette promotion comprend 954 hommes et 238 femmes.
Le rapport mentionne également plusieurs programmes de coopération internationale. Vingt-trois policiers, dont une femme, ont été envoyés en Colombie pour une formation spécialisée de douze mois. Des formations ont aussi été dispensées avec l’appui de l’unité d’élite française RAID, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH).
Sur le plan matériel, le document recense l’acquisition ou la réception de dix véhicules blindés en septembre 2025, de vingt-cinq blindés de transport de troupes financés par les États-Unis en décembre 2025, de trois chars blindés offerts par la Corée du Sud en février 2026 ainsi que de dix autres véhicules blindés remis par le Canada et l’UNOPS. Un centre de formation pouvant accueillir 200 policiers par session a également été inauguré à Morne-Casse, dans le Nord-Est, grâce à un financement canadien via l’Organisation des États américains (OEA). L’Union européenne et l’OEA ont en outre lancé un projet de cinq bases opérationnelles avancées dans le département de l’Ouest, pour un coût estimé à 10 millions d’euros.
Malgré ces investissements, le RNDDH estime que les conditions de travail des policiers demeurent « particulièrement difficiles ». L’organisation affirme que les rémunérations ne tiennent pas compte du coût de la vie, que des retards de paiement persistent et que la promesse d’un « budget de guerre » pour l’exercice fiscal 2025-2026 n’a jamais été concrétisée. « Les policiers ne disposent pas des matériels et équipements suffisants pouvant permettre de mitiger les risques auxquels ils sont exposés », écrit le RNDDH.
Le rapport décrit également l’état préoccupant de nombreuses infrastructures policières. Plusieurs commissariats et sous-commissariats fonctionnent dans des bâtiments délabrés, sans dortoirs adéquats, sans alimentation électrique régulière et avec un manque chronique de véhicules, d’armes, de gilets pare-balles, de moyens de communication et de matériel de bureau. Des situations critiques sont notamment rapportées à Abricot, Acul-du-Nord, Bas-Limbé, Bonbon, Roseaux, Belladère, Lascahobas, Maïssade, Dondon, Jérémie, Pétion-Ville, Port-au-Prince, Tabarre, Vivy Mitchell, Ouanaminthe et Port-de-Paix.
Le bilan humain dressé par le RNDDH fait état de 35 policiers assassinés entre juin 2025 et juin 2026, dont 21 tués lors d’affrontements avec des groupes armés. Trois policiers ont été enlevés et demeurent portés disparus.
Parmi les victimes figurent Grégory Leblanc, Richenord Descoubeth alias « Khalifa », Dickenson Keurette, Junior Thimothe, Eliov Marcelin, Olrich Joseph, Pierre Juste Villard, Jean Louis Daniel, Darius Daniel, Fegensly Mertus, Mackly Ritchy Alexis, Marquès Philocles, Guy Rurley Bathalien, Jean Guerby Toussaint, Max Youry Sainte-Rose, Jean Porky Bisson, Samuel Lissade, Thelusma Dervilien, Rivalcey Abner, Rodler Blaise, Jean Jude Hyacinthe, Wadley Jeune, Angelot Jeanty, Josué Saintima, Richard Jean-Louis, Jackson Petit-Maître, Daphney Similien, Ézéchiel Maître, Fleurant Philippe, Schneider Louis, Junior Dorelus, Isreno Étienne, Pierre Emmanuel Germain, Richecarde Casimir et Schneider Hilaire. Le rapport précise également que le citoyen Claubens Norius Petit a été tué lors de l’embuscade du 29 mai 2026 à Morne Robert, dans l’Artibonite.
Le RNDDH recense en outre au moins huit attaques armées contre des infrastructures policières durant la période analysée. Les commissariats de La Chapelle, Liancourt et Marchand-Dessalines ainsi que les sous-commissariats de Furcy, Montrouis et Bassin-Bleu figurent parmi les installations attaquées, incendiées ou détruites par des groupes armés, notamment les coalitions Viv Ansanm, Kokorat San Ras et Gran Grif.
Selon l’organisation, ces nouvelles attaques portent à 85 le nombre total d’assauts contre des infrastructures policières depuis 2021. Au total, 41 commissariats et sous-commissariats ont été partiellement ou totalement détruits ou abandonnés, tandis qu’au moins six antennes de police ont disparu.
Dans ses conclusions, le RNDDH affirme que les policiers haïtiens, « hormis ceux et celles qui sont de connivence avec les bandits armés terroristes », ont fait leur possible pour répondre aux attentes de la population malgré des conditions de travail extrêmement difficiles. L’organisation estime toutefois que les dons et acquisitions réalisés au cours de l’année demeurent insuffisants face à l’ampleur de la crise sécuritaire. Elle appelle les autorités à fournir davantage de véhicules blindés, d’armes, de munitions, de moyens de communication et d’équipements de protection, à améliorer les infrastructures policières, à renforcer le renseignement et à revoir les salaires ainsi que les avantages sociaux accordés aux policiers.

