La POHDH dénonce des violations graves dans le programme gouvernemental de relocalisation des déplacés…

Des enfantgs deplaces de Martissant...

PORT-AU-PRINCE, mercredi 13 août 2025 (RHINEWS) La Plateforme des Organisations haïtiennes de Droits Humains (POHDH) a exprimé, mercredi, ses « vives inquiétudes » face au programme dit de relocalisation lancé en juillet par l’Office national de la migration (ONM), sous tutelle du ministère des Affaires sociales et du Travail, en vue de transférer des milliers de personnes déplacées internes vivant dans des sites d’accueil.

Selon la POHDH, « depuis le début de l’année 2025, l’intensification de la violence des gangs a provoqué des vagues successives de déplacement forcé », notamment dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre. L’organisation rappelle qu’alors que l’on estimait à environ 150 000 le nombre de déplacés vivant dans les sites à la fin de 2024, « ils sont désormais près de 250 000 », d’après son dernier rapport.

La plateforme souligne que « les droits fondamentaux des déplacés sont systématiquement bafoués », ceux-ci vivant « dans des camps insalubres et surpeuplés » où les conditions sanitaires sont « catastrophiques » et favorisent la propagation de maladies infectieuses. Beaucoup sont « privés d’un accès régulier à l’eau potable, à une alimentation adéquate et à la sécurité », et dépendent d’« aides humanitaires irrégulières et inadéquates ».

Présenté par les autorités comme un moyen d’« aider les déplacés forcés et de libérer certaines infrastructures publiques stratégiques », le programme vise environ 23 000 personnes – soit quelque 10 000 ménages – avec la distribution de 3 653 chèques avant fin juillet 2025. Mais la POHDH affirme que « sa mise en œuvre révèle de graves violations des droits humains ».

L’allocation de 99 000 gourdes par famille ne permettrait pas de louer un logement adéquat dans des zones hors contrôle des gangs, « en raison de l’augmentation excessive des loyers et de la difficulté d’accès au logement, surtout pour les déplacés venant des quartiers populaires ». Confrontées à ces obstacles et sous pression pour quitter les sites, « certaines familles se réfugient chez des proches, d’autres repartent en province, tandis que d’autres encore retournent vivre dans des quartiers contrôlés par les gangs, au péril de leur vie ».

La POHDH critique également la base de données utilisée : « le recensement s’est limité à la période de septembre à décembre 2023, excluant les déplacés des vagues de violence postérieures ». Ainsi, des familles non concernées par le programme ont été « refoulées » vers des camps déjà surpeuplés, comme au lycée Anténor Firmin, ou laissées sans alternative, à l’image des déplacés de l’école nationale Caroline Chauveau.

L’organisation dénonce par ailleurs des méthodes violentes lors des évacuations : « dans plusieurs sites, la récupération des espaces s’est faite avec usage de gaz lacrymogène, agressions physiques, saccage et dispersion des effets personnels » par la Police et les Forces armées. Ces pratiques constituent, selon elle, « une violation flagrante des Principes directeurs relatifs au déplacement interne, de la Constitution et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ».

Pour la POHDH, « le programme dit de relocalisation du gouvernement n’est qu’une forme déguisée d’expulsion et de déguerpissement » qui « démontre l’insouciance des autorités » face à la situation des déplacés. Elle met en garde contre les « méthodes coercitives et violentes », rappelle que « toute initiative doit être consentie par les déplacés et conforme aux obligations juridiques », et affirme que « la priorité doit être le rétablissement de l’ordre et de la sécurité dans les quartiers » afin de permettre un « retour volontaire dans des conditions sûres et dignes ».