PORT-AU-PRINCE, jeudi 5 mars 2026 (RHINEWS)- La Fondasyon Je Klere (FJKL) a dénoncé, dans un rapport, ce qu’elle qualifie de « liquidation de la souveraineté nationale via des contrats léonins » signés par le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avec des firmes étrangères dans les domaines pénitentiaire, douanier et sécuritaire.
Dans ce document daté de mars 2026, l’organisation de défense des droits humains affirme que « les fonctions régaliennes de l’État (…) ne peuvent faire l’objet de délégation » et estime que plusieurs accords conclus « violent ces principes » en engageant durablement l’État haïtien en période de crise institutionnelle.
La FJKL analyse d’abord une convention signée le 15 décembre 2025 entre l’État haïtien et la société Metric Facility S.A., en partenariat avec Metric Management Inc. et Transcaribbean Energy Partners & Consulting S.A., pour la conception, la construction et l’exploitation de trois établissements pénitentiaires à Port-au-Prince, Jacmel et Fort-Liberté pour une durée de 50 ans.
Selon le rapport, le coût de construction est évalué à 85,4 millions de dollars américains hors taxes. L’État s’engage notamment à garantir un taux d’occupation minimal de 75 % et à verser « 22 dollars américains par détenu et par jour pendant cinquante ans », montant révisable selon l’inflation et les fluctuations du marché.
La FJKL affirme qu’« en faisant le calcul », l’État haïtien pourrait verser plus de 6 milliards de dollars américains sur la durée du contrat, avant même un éventuel rachat des infrastructures. Elle souligne également que le projet a été conclu « sans appel d’offre, par contrat de gré à gré », ce qu’elle considère comme une violation des règles relatives aux marchés publics.
« Donc, la compagnie n’a rien à perdre et a tout à gagner », écrit l’organisation, estimant que « tous les risques (…) sont supportés par l’État haïtien ».
Le deuxième contrat examiné a été signé le 4 février 2026 entre l’État haïtien et la société Evergreen Trading System Limited, agissant au sein d’un consortium. L’accord porte sur la « restructuration et la modernisation globale des services douaniers et d’immigration » pour une durée de dix ans.
Le prestataire doit percevoir, après une phase de mobilisation, une redevance mensuelle équivalente à 3 % de la valeur totale des importations enregistrées par les douanes haïtiennes, hors franchises et produits pétroliers. Une redevance de performance de 20 % des recettes additionnelles générées au-delà d’un seuil annuel de 458 millions de dollars est prévue pour les trois premières années, puis 15 % pour les sept suivantes.
La FJKL juge ces conditions « exorbitantes, voire scandaleuses », affirmant que l’Administration générale des douanes dépasse déjà le seuil plancher fixé dans le contrat. « Ceux qui ont signé ce contrat n’ont-ils pas consulté le service statistique de l’AGD avant de fixer le seuil annuel des recettes douanières de l’État ? », interroge le rapport.
L’organisation relève également que des partenaires internationaux, dont le Groupe de la Banque mondiale et l’Union européenne, financent déjà des programmes de renforcement des capacités douanières, s’interrogeant sur la « duplication » des objectifs poursuivis.
Le troisième volet concerne un contrat de sécurité conclu avec la société Windward Wyoming LLC, associée dans le rapport à l’homme d’affaires Eric Prince. La FJKL indique ne pas avoir obtenu la version signée du contrat, mais affirme disposer d’un projet d’accord et de traces de décaissements effectués par le Trésor public.
L’accord, évalué à 52 millions de dollars pour un an selon l’organisation, prévoit un appui tactique et technique à la Police nationale d’Haïti, notamment par le déploiement de drones et la mise en place d’une force opérationnelle conjointe.
D’après les données compilées par la FJKL, environ 35,5 millions de dollars auraient déjà été versés au cours des huit premiers mois du contrat. L’organisation affirme qu’« aucune des promesses faites, n’a été tenue », citant la persistance du contrôle de plusieurs axes routiers et zones stratégiques par des groupes armés.
« Cinquante-deux millions de dollars américains pour tirer des drones dans les quartiers populaires ? », questionne le rapport, qui estime que ces fonds auraient pu servir à recruter et équiper davantage de policiers ou de soldats.
En conclusion, la FJKL considère qu’« avec trois contrats passés avec des firmes étrangères, le gouvernement (…) a pratiquement liquidé la souveraineté nationale ». Elle compare ces engagements à des périodes historiques marquées, selon elle, par une perte d’autonomie de l’État haïtien.
L’organisation appelle les institutions de lutte contre la corruption et un futur Parlement à enquêter sur « les motivations de ceux qui ont signé ces contrats léonins ».

