Pierre Josué Agénor Cadet dénonce un État « livré aux marchands de pouvoir »

Pierre Josué Agénor Cadet, Ex-ministre de l'education nationale...

PORT-AU-PRINCE, jeudi 5 mars 2026 (RHINEWS)- L’ancien ministre de l’Éducation nationale, le professeur Pierre Josué Agénor Cadet, a dressé un réquisitoire sévère contre la gestion actuelle du pouvoir en Haïti, dénonçant ce qu’il décrit comme une dérive politique où l’État serait progressivement transformé en « marché » au profit d’intérêts particuliers.

L’ancien ministre de l’Éducation nationale, le professeur Pierre Josué Agénor Cadet, a dressé un réquisitoire sévère contre la gestion actuelle du pouvoir en Haïti, dénonçant ce qu’il décrit comme une dérive politique où l’État serait progressivement transformé en « marché » au profit d’intérêts particuliers.

Dans un texte intitulé « Haïti à vendre : la République livrée aux marchands de pouvoir », l’universitaire affirme que la situation actuelle constitue une trahison de l’héritage historique du pays, rappelant que la nation haïtienne est née d’un combat pour la liberté. « On ne fait pas cela à un pays. Encore moins à un pays comme Haïti », écrit-il, évoquant la portée symbolique de l’indépendance proclamée en 1804.

Selon lui, une partie des élites politiques aurait contribué à affaiblir l’État à travers des pratiques de gouvernance qu’il juge improvisées. « À force d’aveuglement, d’ambitions médiocres et d’arrangements douteux, une partie de nos élites a transformé l’État en une structure fragile, presque fictive, où l’improvisation tient lieu de gouvernance », affirme-t-il.

Le professeur critique particulièrement les récents accords politiques censés organiser la transition. Il estime que ces ententes n’ont pas permis de reconstruire les institutions mais ont plutôt servi à répartir les postes entre acteurs politiques. « Ce qui aurait dû être un moment solennel de refondation nationale s’est transformé en un arrangement politique improvisé », écrit-il à propos d’un accord présenté comme un « pacte national ».

Pierre Josué Agénor Cadet soutient également que les compromis politiques successifs ont surtout permis de préserver les intérêts d’une minorité. « Les accords politiques se succèdent sans jamais reconstruire l’État. Ils servent surtout à répartir les positions et à satisfaire les intérêts de clans », affirme-t-il.

Dans son analyse, l’ancien ministre évoque aussi la persistance de figures politiques déjà associées à des bilans controversés, tout en pointant l’arrivée de nouveaux responsables qu’il juge insuffisamment préparés. « On recycle d’anciens ministres dont l’inefficacité est déjà connue et l’on promeut de nouveaux responsables dont l’inexpérience inquiète », écrit-il.

L’universitaire affirme par ailleurs que certaines informations circulant dans les cercles politiques laissent planer des interrogations sur les motivations des luttes actuelles pour le contrôle du pouvoir. Selon lui, celles-ci pourraient viser à récompenser certains acteurs liés au système politique ayant précédé l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Si de telles hypothèses se confirmaient, estime-t-il, « la crise politique haïtienne ne serait pas seulement institutionnelle : elle serait profondément morale ».

Au-delà des dirigeants, Pierre Josué Agénor Cadet critique également l’attitude de certains secteurs de la société civile et des médias qu’il accuse de tolérer ces pratiques. « Une partie de la société civile, de la classe politique et même de certains secteurs de la presse semble s’accommoder de cette dérive », écrit-il.

Selon lui, cette situation se résume par une formule qui circulerait dans les coulisses du pouvoir : « ministères et directions générales à vendre ».

Pour l’ancien responsable gouvernemental, une telle logique met en péril les fondements mêmes de l’État. « Un pays n’est pas une marchandise, un État n’est pas un butin et une nation ne se gouverne pas comme un marché », conclut-il, avertissant que l’histoire jugera ceux qui participeraient à ce qu’il décrit comme la « vente de la République ».