- PORT-AU-PRINCE, jeudi 2 juillet 2026 (RHINEWS)– Un rapport d’enquête de l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) révèle l’existence de comportements jugés inappropriés et de communications à caractère personnel au sein du Conseil national d’assistance légale (CNAL), à la suite de plaintes de harcèlement sexuel visant un haut responsable de l’institution, tout en concluant à l’impossibilité d’établir avec certitude tous les éléments constitutifs du harcèlement allégué.
Selon les conclusions du document, la plainte a été déposée le 7 janvier 2026 par Madame Widna Georges, professionnelle Junior II au CNAL, qui accuse le directeur technique, Me Genel Pierre, de harcèlement sexuel, d’abus d’autorité et de représailles. La commission d’enquête constituée par l’OPC a mené plusieurs auditions, dont celle de la plaignante, de quinze employés, ainsi que des responsables administratifs de l’institution.
Madame Georges affirme avoir été invitée le 12 juillet 2025 à un déjeuner par Me Pierre, invitation qui l’aurait conduite non pas dans un restaurant mais à la résidence privée du responsable. Elle soutient qu’au cours de cette rencontre, après des échanges professionnels et personnels, Me Pierre lui aurait tenu des propos à connotation intime, évoquant la possibilité d’une relation privilégiée et de soutien matériel, tout en lui suggérant des perspectives professionnelles. Elle déclare également qu’un contact physique aurait eu lieu lorsque celui-ci aurait posé sa main sur sa cuisse et l’aurait invitée à entrer dans sa chambre. Elle précise qu’elle aurait refusé ces avances et que, par la suite, son environnement professionnel se serait détérioré jusqu’à l’interdiction d’accès à son lieu de travail le 19 novembre 2025.
Les quinze employés auditionnés n’ont, pour leur part, rapporté aucun témoignage direct des faits allégués, indiquant pour la plupart ne disposer que d’informations indirectes. Toutefois, plusieurs d’entre eux décrivent un climat de travail tendu, marqué par des incertitudes sur le renouvellement des contrats, des disparités dans la gestion des ressources humaines, des tâches parfois éloignées des fonctions initiales, ainsi qu’une pression hiérarchique importante. Certains employés évoquent également des propos jugés inappropriés ou dévalorisants attribués au directeur technique, sans toutefois fournir d’éléments permettant d’établir des faits de harcèlement sexuel de manière formelle.
La commission a également entendu plusieurs responsables du CNAL. Me Olrich Bélizaire, responsable des ressources humaines, a confirmé avoir confié temporairement certaines responsabilités à la plaignante, tout en niant toute promesse officielle de promotion. Il a indiqué avoir informé la direction des difficultés administratives liées à la situation. De son côté, Me Genel Pierre a rejeté l’ensemble des accusations, affirmant que ses invitations à des collaborateurs à son domicile s’inscrivaient dans un cadre professionnel sans intention déplacée. Il n’a toutefois pas participé à une seconde audition convoquée par la commission.
La directrice générale, Me Judy Bazile, a déclaré avoir été informée tardivement de la situation et n’avoir pas été directement saisie par la plaignante avant la médiatisation interne du dossier. Elle a reconnu n’avoir pas initié d’enquête interne au moment des faits, se basant sur les informations transmises par la hiérarchie administrative.
L’analyse des éléments recueillis par la commission fait état de l’existence de messages à caractère personnel adressés par Me Pierre à la plaignante, comportant selon le rapport des termes affectueux et des invitations répétées dans un cadre privé, susceptibles de dépasser le cadre strictement professionnel. Ces éléments sont jugés préoccupants dans une relation hiérarchique.
Cependant, la commission souligne qu’elle n’a pas été en mesure d’établir avec certitude le caractère répété, coercitif et persistant des comportements nécessaires pour qualifier juridiquement le harcèlement sexuel. Elle indique également ne pas pouvoir affirmer de manière définitive que les décisions administratives prises à l’encontre de la plaignante, notamment la non-reconduction de son contrat, soient directement liées à un refus de nature intime.
Le rapport met néanmoins en évidence plusieurs dysfonctionnements institutionnels majeurs, notamment l’absence de mécanismes internes de prévention et de traitement des plaintes, l’absence d’enquête administrative préalable, ainsi qu’une concentration excessive du pouvoir décisionnel au sein de la structure hiérarchique. Il relève également un climat de travail marqué par une forte dépendance hiérarchique et une crainte de représailles exprimée par plusieurs agents.
En conclusion, la commission estime que les faits analysés révèlent des comportements et communications inappropriés incompatibles avec les exigences de neutralité et de réserve professionnelle, tout en soulignant que les éléments réunis ne permettent pas d’établir avec une certitude juridique complète l’ensemble des critères du harcèlement sexuel allégué. Elle insiste toutefois sur la nécessité de réformes structurelles profondes au sein du CNAL afin de renforcer la gouvernance interne, la protection du personnel et la prévention des abus d’autorité.
Parmi les recommandations formulées figurent l’ouverture d’une enquête administrative approfondie sur le fonctionnement global de l’institution, le renforcement du contrôle du conseil d’administration, la réforme du service des ressources humaines, l’adoption d’une politique formelle de lutte contre le harcèlement, la mise en place d’un mécanisme confidentiel de plainte, ainsi que l’instauration d’un code de conduite et de formations régulières sur l’éthique et la gouvernance.
Le rapport de l’OPC appelle enfin à l’établissement durable d’un environnement de travail respectueux et sécurisé, fondé sur les principes de bonne gouvernance et de protection des droits fondamentaux des employés.

