Haïti : le Mouvement de Prière pour Haïti appelle à une « révolution du cœur et de l’esprit »

Le drapeau haitien...

PORT-AU-PRINCE, mardi 9 décembre 2025 (RHINEWS)- Dans un texte intitulé « Et si nous faisions une révolution du cœur et de l’esprit ? », le coordonnateur du Mouvement de Prière pour Haïti (MPH), Jean Ricot Dorméus, affirme que « la crise chronique d’Haïti affecte globalement la vie nationale » et estime qu’une sortie durable exige « le choix de la non-violence, du pardon et de la réconciliation ». « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien », cite-t-il en référence à Romains 12:21 pour ouvrir son appel.

Selon lui, les divisions, les rancunes, les violences quotidiennes et la méfiance entre citoyens sont autant de « corrosifs qui érodent le tissu national ». Il rappelle le proverbe haïtien « Ti bwa ou pa wè, se li ki kreve zye’w » pour souligner que les blessures historiques et sociales, longtemps négligées, continueront à entraver le progrès collectif. Dans ce contexte, écrit-il, « le choix de la non-violence est impératif pour reconstruire la dignité, la cohésion et l’espoir ».

Jean Ricot Dorméus annonce que le MPH et ses partenaires ont lancé la campagne « 100 Jours pour le Pardon et la Réconciliation », prévue du 1ᵉʳ novembre 2025 au 8 février 2026, date de la 6ᵉ Journée Nationale de Pardon et de Réconciliation. L’objectif, affirme-t-il, est de mobiliser « Haïtiennes et Haïtiens de tous horizons, universités, églises, associations, organisations de base, diaspora » pour impulser « une véritable révolution du cœur et de l’esprit ».

Il insiste sur l’adoption de la non-violence, du pardon et de la réconciliation, en rejetant « la vengeance, la brutalité et la haine ». « La non-violence nourrit la paix, le pardon libère et la réconciliation reconstruit », écrit-il, décrivant la non-violence comme « la marque distinctive des braves et des âmes courageuses » et un principe capable de « galvaniser la confiance et impulser la créativité ».

La non-violence, précise-t-il, implique de « refuser les cycles de vengeance », de « rejeter la culture des armes, de la peur et de l’intimidation », de « remplacer la culture du combat par la culture du débat » et de placer « l’amour, la foi et l’espérance au centre » de la vie quotidienne. Elle suppose également de « reconnaître l’image de Dieu dans les yeux de nos compatriotes » et de privilégier une justice réparatrice qui « restaure sans alimenter la haine ».

Le pardon, poursuit le coordonnateur du MPH, n’est ni « oubli naïf » ni « complaisance avec le mal ». Il consiste à « refuser que le passé plombe les ailes de notre avenir » et à choisir « la liberté intérieure ». Il affirme que lorsqu’un citoyen cesse de nourrir de la rancune, « il pose un acte fort de dignité » et s’offre « une chance de guérir ». Dans un pays marqué par les traumatismes, écrit-il, pardonner est « un acte de courage et d’audace » qui transforme « la colère en paix », « le désespoir en espoir » et « la douleur en résilience ».

La réconciliation, estime-t-il encore, est indispensable pour « reconstruire les liens et refonder la fraternité ». « Le pardon libère, la réconciliation reconstruit », souligne-t-il en appelant à transcender les différences de « couleur, d’idéologie ou de position sociale ». Elle exige, écrit-il, dialogue, écoute, mémoire et engagement commun pour « la justice, la dignité et le bien commun ». À travers la campagne des cent jours, le MPH affirme vouloir inviter chaque Haïtien, y compris dans la diaspora, à se sentir « concerné, responsable, porteur d’espérance ». « Chak Ayisyen, chak Ayisyèn dwe santi l’ap patisipe nan gerizon nasyonal la », insiste-t-il.

Jean Ricot Dorméus soutient que la renaissance d’Haïti ne viendra ni « par les armes » ni « par la force extérieure », mais « par la force du cœur et la responsabilité nationale ». Il appelle à « guérir plutôt que blesser », à « bâtir plutôt que détruire », et à créer des écoles, des hôpitaux et des entreprises plutôt que de « demeurer dans la pratique de la terre brûlée ». Selon lui, la non-violence, le pardon et la réconciliation sont « un verger à planter, arroser, protéger », car « seule la mauvaise herbe pousse sans effort ».

Il esquisse ensuite une série d’images conditionnelles : « si les jeunes des quartiers abandonnaient la drogue, les enlèvements et le trafic illicite », « si ceux qui bénéficient indûment des ressources publiques renonçaient à la corruption », « si tous ceux qui portent des blessures intérieures répondaient par la non-violence, le pardon et la réconciliation », Haïti « changerait radicalement ».

Malgré « une route longue » et des défis « immenses », il affirme que si les graines du pardon et de la réconciliation sont semées dès aujourd’hui, il sera possible « de récolter demain une Haïti pacifiée, unie et digne ».

Le MPH mène cette campagne avec la Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA), Ayiti Nap Bati Ya (ANB) et d’autres partenaires engagés dans « la construction d’une Haïti plus juste, plus paisible et plus fraternelle ».