PORT-AU-PRINCE, mercredi 14 octobre 2026 (RHINEWS)– Ensemble contre la corruption (ECC) demande l’ouverture d’une enquête sur la distribution d’essence qu’il présente comme étant de mauvaise qualité en Haïti, l’indemnisation des automobilistes et motocyclistes touchés ainsi que le remplacement des responsables publics qu’il estime fautifs, dans une note de presse datée du 13 octobre et signée par son secrétaire exécutif, Édouard L. Paultre.
Le regroupement met en cause les conditions de contrôle d’une cargaison de produits pétroliers qui aurait été déchargée au terminal de Varreux au début de septembre 2026. Selon lui, ces produits ont été livrés « sans le moindre contrôle de la qualité des produits livrés par les autorités compétentes », puis distribués dans les stations-service.
ECC rapporte que, dans les jours suivants, des conducteurs de motocyclettes et d’autres véhicules ont commencé à signaler des dommages au système d’alimentation de leurs moteurs. Les problèmes évoqués concernent notamment les réservoirs, les filtres, les injecteurs et les cylindres. Le regroupement affirme avoir consulté un mécanicien expérimenté qui aurait confirmé les effets dangereux de cette essence sur les moteurs, sans préciser son identité ni joindre de résultats d’analyses techniques au communiqué.
L’organisation s’appuie également sur un avis au public du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), diffusé le 15 septembre 2026. Selon sa lecture de cet avis, la cargaison concernée n’avait pas fait l’objet d’une analyse permettant d’en établir la conformité ou la non-conformité.
ECC dénonce à ce sujet « une défaillance totale de l’ensemble des services responsables du contrôle de la qualité des produits pétroliers tant aux terminaux que dans les stations de service ». Il cite l’Administration générale des douanes (AGD), le Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), le MCI et le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC).
Le regroupement reproche au ministère du Commerce de s’être limité à rappeler aux importateurs leur responsabilité de commercialiser des produits conformes aux normes et d’en garantir la traçabilité, sans identifier l’importateur de la cargaison mise en cause. Il rappelle au ministère et aux autres membres du gouvernement qu’ils ont « une obligation de transparence envers les citoyens haïtiens ».
Dénonçant le maintien en fonction des ministres et directeurs généraux concernés, ECC estime que les responsables publics doivent anticiper les conséquences de leurs décisions et en répondre devant la société. « Tous les décideurs du gouvernement observent un silence absolu sur cette transaction commerciale », affirme le regroupement, qui considère que cette situation aggrave les difficultés financières des consommateurs.
Au-delà de la responsabilité politique de l’État, ECC soutient que la responsabilité administrative peut être engagée lorsque le mauvais fonctionnement d’un service public cause un préjudice, notamment financier, à un citoyen.
Il demande ainsi à l’Office de la protection du citoyen (OPC) de recevoir les plaintes documentées des usagers concernés et de les accompagner dans d’éventuelles actions en réparation contre l’administration devant la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA).
Le regroupement appelle également le chef du gouvernement à procéder « sans délai au changement des ministres et directeurs généraux fautifs », auxquels il impute la mise à disposition des consommateurs de produits pétroliers susceptibles de bloquer les moteurs des véhicules et motocyclettes.
Pour l’indemnisation, ECC propose de mobiliser les fonds de l’Office d’assurance véhicules contre tiers (OAVCT) au bénéfice des propriétaires ayant subi des dommages. « Cette disposition doit être effective immédiatement, avant la fin du mois d’octobre 2026 », demande-t-il.
L’organisation réclame en outre qu’une enquête soit immédiatement ouverte par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) sur « toute la chaîne de responsables publics et commerciaux », afin que les personnes dont la responsabilité serait établie puissent comparaître devant les tribunaux de première instance.
Enfin, ECC invite les secteurs organisés de la société civile à tenir une table ronde sur les procédures et politiques d’achat des produits pétroliers, la répartition des coûts et la défense des consommateurs. Cette initiative devrait également permettre d’exiger « des réformes profondes dans l’ensemble de la chaîne qui va de l’achat à la distribution des produits pétroliers ».
Le communiqué ne précise ni l’identité de l’importateur, ni le volume de la cargaison, ni le nombre de véhicules touchés ou le montant des dommages allégués. Il ne présente pas non plus les réponses des institutions et opérateurs mis en cause.

