Haïti-Affaire des soldats révoqués : Walner Saint-Dic dénonce une procédure « sans enquête sans preuve ni décision judiciaire» et vise le haut commandement…

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PORT-AU-PRINCE, mardi 9 juin 2026 (RHINEWS)Quelques jours après leur renvoi avec déshonneur des Forces armées d’Haïti (FAd’H), les versions des faits avancées par le soldat de première classe Walner Saint-Dic et par le haut commandement militaire continuent de s’opposer frontalement, illustrant deux lectures radicalement différentes d’une affaire qui suscite de vives réactions au sein de l’opinion publique.

D’un côté, l’état-major affirme avoir sanctionné deux militaires à l’issue d’une enquête interne ayant conclu à des actes d’extorsion commis lors d’une patrouille à Delmas. De l’autre, Walner Saint-Dic soutient que l’affaire a été « montée de toutes pièces », qu’aucune preuve n’a été produite contre lui et que sa révocation répondrait davantage à des considérations personnelles et à une volonté de démonstration d’autorité qu’au respect d’une procédure disciplinaire régulière.

Les FAd’H ont officiellement annoncé le renvoi « pour le bien du service » des soldats de première classe Walner Saint-Dic et Dimitri Nevil dans une correspondance datée du 3 juin 2026 et adressée au commandant de l’Unité de la Garde nationale.

Selon ce document, la décision repose notamment sur un rapport transmis le 28 avril au commandement en chef ainsi que sur les conclusions d’une commission d’enquête convoquée le 5 mai et présidée par le lieutenant-colonel Flobert Guillaume.

L’état-major soutient que, dans la nuit du 27 avril 2026, les deux militaires ont rencontré, lors d’une patrouille effectuée à proximité du commissariat de Delmas 31, deux véhicules transportant des sacs de sucre et se trouvant en difficulté sur la voie publique.

« Au lieu de venir en aide à leurs occupants, ces enrôlés leur ont extorqué, par voie de chantage, quatre (4) sacs de sucre », affirme la correspondance officielle, qui qualifie les faits reprochés aux deux soldats de « conduite portant atteinte au prestige et à la dignité des Forces armées d’Haïti ».

À la suite de ces conclusions, les deux militaires ont été renvoyés avec déshonneur lors d’une cérémonie publique présidée par le ministre de la Défense, Mario Andrésol. Le commandement a également ordonné la récupération immédiate de tous les biens appartenant à l’État qui pourraient encore être en leur possession.

Face à cette version officielle, Walner Saint-Dic rejette catégoriquement les accusations formulées contre lui et son collègue.

Lors d’une interview accordée au Réseau Haïtien de l’Information (RHINEWS), il a affirmé qu’aucune preuve ne lui avait été présentée et que la procédure suivie par les autorités militaires comportait de nombreuses irrégularités.

« Quelles sont les preuves qui ont été présentées ? », a-t-il demandé. « Il n’y a pas eu d’enquête. S’il y avait eu une enquête, le plaignant aurait une adresse, un nom complet, une matricule fiscale, autrement dit toutes ses informations personnelles seraient connues. »

Selon lui, l’identité du propriétaire présumé de la cargaison de sucre demeure floue. Il affirme que la hiérarchie militaire s’est limitée à évoquer un individu connu sous le nom d’« Adams ainsi connu », sans fournir davantage d’informations permettant d’établir son identité ou de confirmer son statut de plaignant.

« Il n’y a pas eu de procès ni présentation de pièce à conviction », a-t-il poursuivi, estimant que la procédure n’a respecté aucune des garanties minimales qu’il juge nécessaires à l’établissement des faits et à l’exercice des droits de la défense.

Le soldat révoqué soutient également que la sanction qui lui a été infligée ainsi qu’à Dimitri Nevil ne correspond à aucun mécanisme disciplinaire clairement prévu au sein de l’institution.

« La façon dont nous avons été renvoyés n’existe pas dans les règlements de l’armée », a-t-il affirmé, dénonçant l’humiliation publique subie par les deux militaires lors de la cérémonie officielle. Il soutient également qu’il n’existe pas, dans l’état actuel de l’organisation militaire haïtienne, de structure comparable à une cour martiale pouvant justifier une telle mise en scène disciplinaire.

Saint-Dic estime avoir été victime d’un « piège » et d’une opération destinée à compromettre sa réputation ainsi que celle de son collègue.

« Nous avons le sentiment qu’un piège a été tendu contre nous », a-t-il déclaré, ajoutant que lui et Dimitri Nevil auraient servi de boucs émissaires dans une opération visant à démontrer la fermeté des autorités militaires.

Pour appuyer sa thèse d’une procédure expéditive et d’un traitement disciplinaire à géométrie variable, Walner Saint-Dic a cité plusieurs affaires qu’il considère comme plus graves et qui, selon lui, n’ont jamais fait l’objet du même niveau de diligence de la part de la hiérarchie militaire.

L’ancien soldat s’est notamment dit surpris que la disparition de cinq armes de gros calibre appartenant aux Forces armées d’Haïti n’ait, à sa connaissance, débouché ni sur une enquête approfondie ni sur des sanctions contre les responsables présumés.

Selon lui, aucun effort particulier n’aurait été entrepris pour faire toute la lumière sur cette affaire pourtant susceptible de soulever des enjeux majeurs de sécurité nationale.

« Cinq armes de l’armée ont disparu sans que personne ne soit sanctionné », a-t-il affirmé, avant de dénoncer ce qu’il présente comme un contraste frappant avec la célérité observée dans son propre dossier. « Pourtant, on s’est acharné contre Névil et moi pour des faits qu’ils ne peuvent pas prouver », a-t-il ajouté.

Saint-Dic a également remis en question la cohérence même des accusations formulées contre lui et son collègue. Selon sa version des faits, quatre militaires se trouvaient à bord du véhicule de patrouille lors de l’incident ayant conduit à leur révocation.

Or, a-t-il souligné, seuls lui-même et Dimitri Nevil ont été identifiés, accusés et sanctionnés par le commandement militaire.

« Nous étions quatre dans le véhicule ce jour-là », a-t-il déclaré, s’interrogeant sur l’absence de référence aux deux autres militaires qui se seraient trouvés sur les lieux au moment des faits.

L’ancien soldat affirme que ces derniers subiraient aujourd’hui d’importantes pressions afin de fournir des témoignages à charge contre lui et son collègue, une allégation qui n’a pas été commentée par les autorités militaires.

Poursuivant son argumentaire sur ce qu’il considère comme une application sélective des mesures disciplinaires, Saint-Dic a également mis en cause un officier impliqué dans la cérémonie au cours de laquelle lui et Dimitri Nevil ont été publiquement dégradés avant leur renvoi.

Selon ses accusations, cet officier aurait détourné 900 000 gourdes sur un montant total d’un million de gourdes qui lui avait été confié afin d’être remis à la famille d’un militaire tué récemment à Kenscoff.

« Toute l’armée est au courant de cette affaire, mais aucune sanction n’a été prise », a-t-il soutenu, estimant que certaines fautes présumées bénéficieraient d’une forme d’impunité tandis que d’autres dossiers feraient l’objet de sanctions immédiates, publiques et spectaculaires.

L’ancien militaire affirme par ailleurs faire l’objet de pressions depuis son exclusion des FAd’H.

Il dit avoir reçu à plusieurs reprises des appels provenant d’un numéro inconnu l’invitant à rejoindre la coalition criminelle « Viv Ansanm ».

Sans présenter d’éléments permettant d’établir l’origine de ces communications, il affirme soupçonner l’implication de personnes disposant d’influence au sein de l’institution militaire.

Se disant inquiet pour sa sécurité et celle de ses proches, Saint-Dic estime que ces démarches s’inscrivent dans une série de manœuvres destinées à le discréditer davantage et à accentuer la pression exercée sur lui depuis le début de l’affaire.

« L’armée ne peut pas se permettre de sacrifier de jeunes soldats dévoués à servir la patrie pour satisfaire les ego d’autorités supérieures en mal de bilan », a-t-il lancé.

Dans ses déclarations, Walner Saint-Dic met également en cause un autre militaire qu’il a nommément identifié comme étant Jean François Mérisma.

Selon lui, ce dernier lui aurait auparavant promis qu’il serait renvoyé de l’institution militaire. Saint-Dic affirme que Mérisma lui aurait tenu de telles menaces avant même le déclenchement de l’affaire ayant conduit à sa révocation.

Plus grave encore, le soldat révoqué accuse Jean François Mérisma de se livrer à des activités de négoce et d’usure pourtant interdites aux militaires.

Selon son récit, Mérisma se serait vanté d’entretenir des relations commerciales avec des membres du haut état-major et de réaliser des opérations financières avec d’autres militaires.

Ces accusations n’ont, à ce stade, fait l’objet d’aucune réaction publique de la part de l’intéressé ni du commandement militaire.

Interrogé sur les motifs réels de son renvoi, Saint-Dic a également laissé entendre que le ministre Mario Andrésol aurait cherché à faire de cette affaire une démonstration d’autorité.

Selon lui, les deux soldats seraient victimes d’un ministre qui se considère comme puissant et dont le principal résultat visible serait aujourd’hui leur humiliation publique et leur exclusion de l’institution.

Le militaire révoqué a par ailleurs évoqué l’existence de pressions et de menaces dont lui-même et d’autres personnes feraient l’objet depuis le début de l’affaire. Sans identifier clairement les auteurs de ces menaces, il affirme que la situation affecte sa sécurité, ses conditions de vie et celles de son entourage.

Les divergences entre les deux récits demeurent ainsi profondes. Alors que les autorités militaires affirment avoir agi sur la base d’un rapport et des conclusions d’une commission d’enquête interne, Walner Saint-Dic soutient qu’aucune véritable investigation n’a été menée, qu’aucun élément matériel n’a été présenté pour démontrer sa culpabilité et que son dossier serait le produit d’un règlement de comptes interne.

Cette affaire continue ainsi d’alimenter le débat au sein de l’opinion publique. Si de nombreux observateurs saluent la volonté affichée des FAd’H de sanctionner tout comportement susceptible de porter atteinte à l’image de l’institution, d’autres s’interrogent sur les conditions dans lesquelles les deux soldats ont été publiquement exposés et renvoyés, ainsi que sur les garanties procédurales qui leur ont été accordées avant leur exclusion de l’armée.