PORT-AU-PRINCE, lundi 8 juin 2026 (RHINEWS) – Une coalition regroupant plusieurs dizaines de partis politiques et d’organisations de la société civile a publié une déclaration conjointe dans laquelle elle appelle à la fin du pouvoir exercé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et plaide pour l’instauration d’un « pouvoir exécutif bicéphale » chargé de conduire la transition et d’organiser les prochaines élections.
Dans ce document, les signataires affirment que le gouvernement de fait dirigé par M. Fils-Aimé a conduit à une « confiscation illégitime du pouvoir » et à un « mépris total de la Constitution et des aspirations populaires ».
« Au-delà de l’échéance du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) le 7 février dernier, M. Alix Didier Fils Aimé s’est maintenu à la tête de l’État », soutiennent-ils, estimant que son maintien au pouvoir repose sur une interprétation erronée de l’article 149 de la Constitution.
Les organisations signataires avancent également que la date du 7 juin 2026 constituerait, selon leur lecture de la Constitution, une limite au-delà de laquelle le pouvoir de M. Fils-Aimé ne pourrait être prolongé. « Toute prolongation au-delà de cette date constituera une rupture totale avec la légalité », écrivent-elles.
La coalition critique par ailleurs le « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections », qu’elle qualifie d’« instrument d’exclusion ». Selon les signataires, ce pacte aurait servi de « paravent à une gestion solitaire et opaque des affaires de la cité », tout en fermant la porte à une concertation nationale plus large.
Le document dresse également un bilan sévère de l’action gouvernementale. Les auteurs dénoncent ce qu’ils considèrent comme du « clientélisme » et du « népotisme » au sein de l’administration publique. « L’incompétence notoire de ses membres a transformé l’appareil d’État en une machine inefficace, incapable de répondre aux besoins élémentaires de la population », affirment-ils.
Sur le plan sécuritaire et électoral, la coalition estime que les autorités ont échoué dans les deux principales missions assignées à la transition. « Les gangs armés contrôlent le territoire, imposant leur loi à la population, tandis que le processus électoral reste au point mort », déclarent les signataires.
La déclaration consacre également plusieurs passages au Conseil électoral provisoire (CEP). Les organisations accusent l’exécutif de chercher à « neutraliser » l’institution électorale et dénoncent notamment les dispositions du décret électoral récemment adopté. Elles soutiennent que le gouvernement préparerait « non pas des élections, mais une mascarade électorale pour se pérenniser ».
Les signataires expriment en outre leur « profonde stupéfaction » face à l’attitude du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), qu’ils accusent d’accorder une « caution tacite » aux actions du gouvernement. « Toute complaisance envers ces dérives ne fera qu’aggraver l’instabilité et fragiliser davantage la paix sociale en Haïti », préviennent-ils.
Face à ce qu’ils décrivent comme une concentration excessive des pouvoirs, les organisations réclament la mise en place d’un exécutif bicéphale composé de « personnalités intègres et compétentes », chargé d’assurer la transition et de conduire le pays vers des élections jugées crédibles.
La coalition annonce également qu’elle présentera ultérieurement une feuille de route détaillée pour organiser la passation du pouvoir vers cette nouvelle structure institutionnelle.
Enfin, les signataires avertissent qu’en cas de refus de quitter le pouvoir, ils appelleront à une mobilisation nationale. « Si le pouvoir de M. Alix Didier Fils Aimé choisit la résistance face à la volonté populaire, nous appellerons le peuple haïtien à la grande mobilisation nationale », indique le texte.
La déclaration est notamment signée par des représentants du Grand Bloc du Peuple, du Consensus Politique, d’Opposition Pluriel, de l’Accord Montana, de Debout Citoyen, du Parti politique MAPOU, de l’Initiative 24 Avril, de RAPWOCHE, d’Héritage 1804, de la Coalition des Avocats des Barreaux d’Haïti (CABH), ainsi que de nombreuses autres formations politiques et organisations de la société civile.

