GENÈVE, jeudi 8 octobre 2026 (RHINEWS) – Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé jeudi les États à accélérer les mesures de justice réparatrice en faveur des Africains et des personnes d’ascendance africaine, estimant qu’aucun pays n’avait jusqu’à présent pleinement assumé les conséquences historiques de la traite transatlantique et de l’esclavage, ni remédié aux discriminations raciales qui en découlent.
S’exprimant à Genève à l’ouverture d’un dialogue de haut niveau consacré à la justice réparatrice, le responsable onusien a souligné que les conséquences de l’esclavage continuaient de se manifester dans de nombreux domaines, notamment l’emploi, le logement, l’éducation, la santé, la justice et l’accès aux responsabilités politiques et économiques.
Selon Volker Türk, les personnes d’ascendance africaine demeurent confrontées à des formes persistantes de discrimination, allant des difficultés d’accès à un entretien d’embauche ou à un logement aux traitements inégalitaires dans les établissements de santé et les institutions scolaires.
« Le racisme fait partie du quotidien des personnes d’ascendance africaine », a-t-il déclaré, évoquant les obstacles structurels auxquels ces populations restent exposées dans différentes régions du monde.
Le Haut-Commissaire a également attiré l’attention sur les inégalités économiques qui touchent ces communautés, davantage exposées à la pauvreté et à sa transmission d’une génération à l’autre.
Il a relevé que, dans plusieurs régions, les forces de l’ordre recouraient à la force beaucoup plus fréquemment contre les personnes d’ascendance africaine, lesquelles demeurent surreprésentées dans les établissements pénitentiaires et sous-représentées dans les instances de décision.
Volker Türk a par ailleurs exprimé ses préoccupations face à la progression des mouvements suprémacistes blancs et aux risques liés à l’intelligence artificielle, dont certains systèmes reproduisent les préjugés et les discriminations présents dans les sociétés.
Revenant sur les origines historiques de ces inégalités, le responsable onusien a rappelé que la traite transatlantique avait entraîné, pendant plus de quatre siècles, la déportation et l’asservissement de plus de 15 millions d’Africains, hommes, femmes et enfants.
Il a évoqué la reconnaissance, par l’Assemblée générale des Nations Unies, de la gravité exceptionnelle de la traite et de l’esclavage des Africains, qualifiés de crime particulièrement grave contre l’humanité lors d’un vote historique intervenu en mars dernier.
« La traite des Africains réduits en esclavage était un système organisé de domination et d’oppression qui a traité des dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants africains comme des marchandises, nié leur humanité », a rappelé Volker Türk.
Il a également souligné les violences sexuelles subies par les femmes et les filles dans le cadre de ce système.
Selon lui, les conséquences de cette histoire continuent de déterminer les possibilités d’accès aux ressources, à la sécurité, aux responsabilités et aux perspectives d’avenir.
« Un enfant né en 2026 ne devrait pas avoir à porter le poids de siècles de discrimination raciale et des horreurs du passé », a-t-il affirmé.
Le Haut-Commissaire a insisté sur la nécessité d’adopter une conception élargie de la justice réparatrice, qui ne saurait se limiter au versement de compensations financières.
Les réparations peuvent également comprendre la reconnaissance des responsabilités historiques, la présentation d’excuses officielles, la restitution de biens culturels, la préservation de la mémoire collective et la prise en charge des traumatismes transmis entre générations.
Volker Türk a reconnu que plusieurs États avaient commencé à prendre des initiatives dans ce domaine, tout en jugeant ces démarches encore insuffisantes.
Il a notamment cité l’Allemagne, la Belgique, le Brésil et les Pays-Bas parmi les pays ayant présenté des excuses à des communautés concernées ou à d’autres États pour des injustices historiques liées à l’esclavage et à la domination coloniale.
La Colombie, le Mexique et le Portugal ont, de leur côté, engagé des projets mémoriels ou institué des journées de commémoration destinées à mieux faire connaître cette histoire.
En France, en Namibie, au Royaume-Uni et en Suisse, des initiatives ont également conduit à réexaminer la signification de certains monuments historiques et leur place dans l’espace public.
Le responsable onusien a aussi mentionné la restitution des bronzes du Bénin au Nigeria comme exemple de démarche visant à réparer les conséquences des spoliations historiques.
Au-delà des gouvernements, des universités, des entreprises, des médias et des institutions religieuses ont entrepris d’examiner leur implication passée dans l’esclavage et les systèmes de domination qui lui étaient associés.
Malgré ces initiatives, Volker Türk considère que les mesures prises restent largement en deçà des responsabilités historiques et des besoins actuels.
« Aucun État n’a pleinement rendu compte des préjudices du passé ni du racisme systémique d’aujourd’hui », a-t-il averti.
Il a notamment déploré l’absence de législations antiracistes dans de nombreux pays, précisant que moins d’un quart des États disposaient d’un dispositif juridique complet de lutte contre la discrimination.
Le Haut-Commissaire a appelé les gouvernements à adopter des lois appropriées, à renforcer leur application et à mettre en place des politiques publiques susceptibles de réduire les inégalités structurelles.
« Changer les lois peut contribuer à changer les mentalités », a-t-il fait valoir.
Il a également préconisé des investissements ciblés dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du logement, de la justice et de l’emploi, ainsi qu’un enseignement plus rigoureux de l’histoire de la traite transatlantique et de l’esclavage.
À l’échelle internationale, Volker Türk a plaidé pour une réforme du système financier mondial afin de réduire le poids de la dette pesant sur de nombreux pays en développement, dont les ressources budgétaires restent limitées pour financer les services publics essentiels.
Il a estimé que les efforts de justice réparatrice devaient être élaborés avec la participation directe des populations concernées, particulièrement des femmes d’ascendance africaine, afin que leurs expériences et leurs revendications soient prises en compte dans les décisions.
Dans cette perspective, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a annoncé jeudi la publication d’un guide consacré aux excuses officielles en tant que mesure de réparation.
Ce document vise à accompagner les démarches de reconnaissance des injustices historiques et à contribuer à l’élaboration de politiques de réparation plus complètes.
« Nous aidons à briser le cycle de la discrimination pour les générations qui suivent », a conclu Volker Türk.
Selon le responsable onusien, la reconnaissance des injustices du passé et la mise en œuvre de mesures concrètes contre les discriminations contemporaines peuvent contribuer à construire des sociétés plus équitables, plus fortes et davantage unies.

