PORT-AU-PRINCE, vendredi 9 octobre 2026 (RHINEWS) – Les dépenses publiques d’Haïti pour l’exercice fiscal 2024-2025 n’ont pas permis d’atteindre les objectifs de croissance, de maîtrise de l’inflation et d’équilibre budgétaire fixés par le gouvernement, selon la troisième partie du rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA). L’institution relève notamment une exécution de seulement 3,3 % des crédits d’investissement du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, dans un contexte où la lutte contre l’insécurité constituait une priorité de l’action publique.
Consacrée à l’« Analyse de l’efficacité des dépenses publiques de l’exercice fiscal 2024-2025 », cette partie examine les résultats macroéconomiques et l’utilisation des crédits de huit ministères. Elle fait ressortir un contraste récurrent entre des dépenses de fonctionnement largement exécutées et des investissements faiblement réalisés, tout en soulignant que les informations disponibles ne permettent pas toujours de mesurer les services effectivement rendus à la population.
Le cadrage budgétaire initial retenait quatre cibles chiffrées : une croissance économique de 1,0 %, une inflation ramenée à 19,1 % en fin d’exercice, une pression fiscale portée à 5,0 % du produit intérieur brut (PIB) et des investissements financés par le Trésor public représentant 0,7 % du PIB. S’y ajoutaient le maintien d’un financement monétaire nul, la maîtrise du déficit, une réorientation des dépenses vers l’investissement et une priorité aux interventions sociales, notamment à la sécurité alimentaire et à l’accès aux services sociaux de base.
La Cour définit l’efficacité en fonction du degré d’atteinte des objectifs, des ressources mobilisées et des résultats des programmes et projets. Elle précise toutefois que l’exercice s’est déroulé dans un environnement économique, sécuritaire et institutionnel particulièrement difficile, marqué par des perturbations de l’activité, des échanges et du fonctionnement de l’administration.
L’objectif de croissance de 1,0 %, qui devait mettre fin à six années consécutives de contraction, n’a pas été atteint. Le PIB réel a reculé de 2,7 %, contre une baisse de 4,2 % en 2023-2024. L’écart avec la cible initiale atteint ainsi 3,7 points de pourcentage, tandis que l’économie enregistre une septième année consécutive de récession.
La CSCCA estime que l’insécurité, les difficultés de circulation des personnes et des marchandises, la faiblesse des infrastructures productives et la perte de confiance des ménages et des entreprises rendaient l’objectif de reprise particulièrement ambitieux. La faible exécution des dépenses de programmes et projets a également limité la contribution attendue de l’investissement public à la relance.
Ces dépenses ont atteint 52,0 milliards de gourdes sur 111,1 milliards prévus, soit un taux d’exécution de 46,8 %. « Plus de la moitié des crédits disponibles à ce titre n’ont donc pas été exécutés au cours de l’exercice », constate la Cour.
Les investissements financés sur ressources internes se sont établis à 20,9 milliards de gourdes, contre une cible de 29,6 milliards, correspondant à 0,7 % du PIB selon les hypothèses initiales. Leur réalisation représente environ 70,6 % de l’objectif.
Tous financements confondus, les dépenses de programmes et projets sont passées de 38,6 milliards de gourdes en 2023-2024 à 52,0 milliards en 2024-2025, soit une hausse nominale de 34,7 %. Leur poids dans les dépenses totales demeure toutefois presque inchangé : 19,4 %, contre 19,3 % l’année précédente.
Le rapport rappelle qu’en 2022-2023, ces dépenses représentaient 32,8 milliards de gourdes sur un total de 194,1 milliards, soit 16,9 %. En 2023-2024, elles atteignaient 38,6 milliards sur 199,6 milliards, soit 19,3 %. En 2024-2025, elles s’élèvent à 52,0 milliards sur 267,7 milliards, soit 19,4 %. Pour la Cour, ces résultats ne permettent pas de constater un rééquilibrage significatif de la dépense publique en faveur des programmes et projets.
L’objectif de maîtrise de l’inflation n’a pas davantage été atteint. Au 30 septembre 2025, l’inflation en glissement annuel s’établissait à 31,9 %, contre une cible de 19,1 %, soit un écart de 12,8 points de pourcentage.
La CSCCA souligne que l’évolution des prix ne dépend pas exclusivement du budget. Elle relève aussi le rôle de la politique monétaire de la Banque de la République d’Haïti (BRH), des conditions de production et d’approvisionnement, ainsi que des prix internationaux, notamment dans les pays entretenant des relations commerciales importantes avec Haïti. Les dépenses de sécurité, d’agriculture, de transport et d’énergie peuvent néanmoins contribuer à réduire certaines contraintes qui alimentent l’inflation.
Le gouvernement a, en revanche, respecté l’objectif de financement monétaire nul, conformément aux engagements du programme de référence avec le Fonds monétaire international (FMI), désigné sous l’appellation Staff Monitored Program (SMP). Les créances nettes de la BRH sur l’État ont diminué de 3,8 % pendant l’exercice.
La part de la banque centrale dans l’encours total de la dette publique est passée de 70,3 % en 2023-2024 à 60,9 % en 2024-2025. Malgré ce recul, la BRH reste le principal créancier de l’État. La Cour précise que l’absence de nouveaux concours monétaires au Trésor écarte ce canal comme facteur additionnel de création de liquidité budgétaire pour l’exercice, sans suffire à expliquer l’évolution générale des prix.
Les besoins de financement ont été couverts par d’autres sources, principalement internes. Les Bons du Trésor ont notamment procuré 22,9 milliards de gourdes de ressources de financement.
Le budget rectificatif de septembre 2025 prévoyait un équilibre entre ressources et dépenses, à 317,7 milliards de gourdes. L’exercice s’est pourtant terminé avec un déficit de 22,6 milliards : les dépenses exécutées ont atteint 267,7 milliards, contre 245,1 milliards de ressources mobilisées. Ce résultat intervient après trois exercices consécutifs excédentaires.
Les ressources ont été inférieures de 72,6 milliards de gourdes aux prévisions, tandis que la sous-exécution des dépenses a atteint 50,0 milliards. L’amortissement de la dette publique s’est élevé à 39,3 milliards, contre 16,8 milliards prévus, soit un dépassement de 22,5 milliards, presque équivalent au déficit enregistré.
Sur le plan social, la Cour indique que l’évaluation de la réduction de la pauvreté est limitée par l’absence de données récentes sur la pauvreté monétaire, les dernières estimations de référence remontant à 2012. Elle utilise donc l’insécurité alimentaire comme indicateur complémentaire de vulnérabilité, tout en précisant qu’elle ne constitue pas une mesure de la pauvreté monétaire.
Selon l’analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), publiée en octobre 2025 pour la période de septembre 2025 à février 2026, 51 % de la population analysée, soit environ 5,7 millions de personnes, se trouvaient en insécurité alimentaire aiguë, en phase 3 ou supérieure. La proportion en situation de crise, phase 3, atteignait 34 %, tandis que 17 % se trouvaient en situation d’urgence, phase 4. La proportion en phase 3 ou supérieure était estimée à 48 % en 2024, contre 44 % un an auparavant.
La Cour avertit que cette aggravation ne peut être directement imputée à l’efficacité des dépenses sociales. L’insécurité, les déplacements, les perturbations de l’approvisionnement, les prix et les difficultés d’accès aux marchés influencent également cet indicateur.
Les huit institutions examinées sont les ministères de la Planification et de la Coopération externe (MPCE), de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT), des Affaires sociales et du Travail (MAST), de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP), de la Défense (MD), du Commerce et de l’Industrie (MCI), ainsi que de la Santé publique et de la Population (MSPP).
Ensemble, elles représentaient 49,0 % des prévisions du budget rectificatif et 39,4 % des dépenses effectivement exécutées. Leur taux d’exécution global atteint 67,6 %, contre 84,3 % pour l’ensemble du budget.
Le MENFP représentait 14,9 % des prévisions et 14,4 % des dépenses exécutées ; le MJSP, 13,0 % et 10,5 % ; le MAST, 6,9 % et 2,3 % ; le MSPP, 6,8 % et 5,0 % ; le MICT, 2,9 % et 2,3 % ; le ministère de la Défense, 2,5 % et 2,3 % ; le MPCE, 1,4 % et 1,3 % ; et le MCI, 0,7 % et 1,4 %.
Les taux d’exécution s’échelonnent de 28,4 % pour le MAST à 168,7 % pour le MCI, seule institution de l’échantillon dont les dépenses dépassent les crédits prévus. La Cour distingue cependant l’utilisation des crédits de leur efficacité : « cette dernière ne pouvant être appréciée que lorsque les objectifs et les résultats correspondants sont suffisamment documentés ».
Le MENFP, régi par le décret du 8 mai 1989, avait quinze objectifs sectoriels. Ils portaient sur la révision des lois organiques, la planification et l’évaluation, l’établissement de cartes scolaires dans toutes les communes, la participation des acteurs éducatifs au rétablissement de la paix et de la sécurité, la restructuration des curricula, l’accès équitable au préscolaire et au fondamental, ainsi que la construction et la réhabilitation d’écoles pour accroître la part publique dans les deux premiers cycles du fondamental.
Ces objectifs comprenaient aussi la prise en charge de la santé mentale des enfants et des enseignants avec le MSPP, notamment dans les quartiers à risque ; le recyclage des professeurs et des corps de métiers ; le recensement des écoles, enseignants et élèves à travers le Système d’information et de gestion de l’éducation (SIGE) ; l’amélioration des cantines ; l’application de la loi sur les frais de scolarité ; le renforcement des universités publiques en région ; l’alphabétisation et l’éducation non formelle ; ainsi que la lutte contre les disparités entre les sexes au primaire et au secondaire.
Le ministère disposait de 47 197 739 620 gourdes et en a exécuté 38 480 675 551, soit 81,5 %. Le fonctionnement a absorbé 32 018 905 592 gourdes sur 34 632 670 729 prévues, soit 92,5 %. Les crédits de personnel prévus atteignaient 29,1 milliards de gourdes. L’investissement a été exécuté à 51,4 %, avec 6 461 769 959 gourdes dépensées sur 12 565 068 891.
Sur ressources nationales, les investissements ont atteint 1 098 704 757 gourdes sur 4 414 536 818 prévues, soit 24,9 %. Le financement bilatéral prévu de 490 680 000 gourdes n’a enregistré aucune exécution. Les ressources multilatérales ont permis de dépenser 5 363 065 202 gourdes sur 7 659 852 073 prévues, soit 70,0 %.
Les ressources nationales représentaient 35,1 % des crédits d’investissement prévus et les financements multilatéraux 61,0 %. Ces derniers ont porté plus des quatre cinquièmes de l’investissement réalisé. La Cour souligne cette dépendance extérieure et les difficultés à mesurer les résultats institutionnels, notamment la révision du cadre légal et le recensement scolaire. « Le niveau d’exécution budgétaire du MENFP apparaît relativement satisfaisant, mais ne suffit pas à conclure à l’efficacité des dépenses engagées », écrit-elle.
Le MJSP, régi par le décret du 28 décembre 2005, poursuivait seize objectifs. Ils concernaient la révision des lois organiques, l’optimisation du personnel et des équipements policiers, l’exécution des décisions judiciaires, la crédibilité de la justice, la lutte contre les enlèvements et la séquestration, le traitement égalitaire des justiciables et l’indépendance du juge.
S’y ajoutaient la lutte contre les gangs, la protection des personnes et des biens, l’amélioration des conditions de détention, la construction et la réhabilitation de prisons, la modernisation des cours d’appel et tribunaux de paix, la modernisation du registre civil, le contrôle des bureaux d’état civil et la formation de leurs officiers, ainsi que la redéfinition du plan de démantèlement des groupes armés.
Le ministère devait également renforcer les effectifs et la formation de la Police nationale d’Haïti (PNH), contrôler les compagnies de sécurité privées avec le MICT, mettre en place un parquet financier national et un parquet de lutte contre la criminalité transnationale, évaluer et actualiser l’identification des électeurs, et réformer les parquets près les cours et tribunaux de première instance.
Sur une enveloppe de 41 216 875 204 gourdes, le MJSP a exécuté 28 158 457 593 gourdes, soit 68,3 %. Les dépenses de fonctionnement atteignent 27 781 805 515 gourdes sur 29 651 677 404 prévues, soit 93,7 %. Les crédits de personnel étaient fixés à 22,3 milliards, représentant 75,1 % du fonctionnement.
L’investissement n’a atteint que 376 652 078 gourdes sur 11 565 197 800 prévues, soit 3,3 %, le taux le plus faible de l’échantillon. Les ressources nationales, qui représentaient 89,0 % des investissements prévus, ont été exécutées à 3,7 %, avec 376 652 078 gourdes sur 10 287 760 000. Les financements bilatéraux de 1 277 437 800 gourdes n’ont enregistré aucune exécution ; aucun financement multilatéral n’était prévu.
« La quasi-totalité des crédits prévus à ces fins est donc demeurée non exécutée au cours de l’exercice », relève la Cour à propos des investissements destinés notamment aux prisons, aux infrastructures judiciaires et aux équipements policiers. Le taux du MJSP se situe à plus de 43 points de pourcentage sous le taux national d’exécution des programmes et projets, établi à 46,8 %. Les dépenses ont principalement assuré le fonctionnement courant, tandis que les investissements nécessaires à plusieurs objectifs sont restés très limités.
Le MAST, régi par le décret du 25 octobre 1983, avait dix objectifs : réviser ses lois organiques, faciliter l’accès des communautés vulnérables aux services sociaux, développer des programmes pour les ouvriers des parcs industriels, accompagner les personnes handicapées, étendre le Système d’information du MAST (SIMAST), renforcer les structures d’accueil des enfants des rues et des rapatriés, améliorer les services aux personnes âgées, faire respecter les avantages sociaux légaux, renforcer les filets de protection sociale et garantir l’application du Code du travail.
Le rapport évoque une proportion de près de 60 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, tout en rappelant ailleurs l’ancienneté des données monétaires disponibles. Il précise qu’une grande partie des interventions du MAST repose sur des transferts aux ménages et des programmes sociaux, inscrits au Programme d’investissements publics (PIP), plutôt que sur des travaux ou ouvrages.
L’analyse institutionnelle attribue au MAST une enveloppe de 22 070 475 998 gourdes, dont 6 275 052 547 ont été exécutées, soit 28,4 %. Le fonctionnement atteint 2 080 526 199 gourdes sur 2 233 376 483 prévues, soit 93,2 %. L’investissement s’établit à 4 194 526 348 gourdes sur 19 837 099 515, soit 21,1 %. Le fonctionnement représentait 10,1 % du budget, contre 89,9 % pour l’investissement.
Les investissements sur ressources nationales ont atteint 3 647 048 583 gourdes sur 5 162 305 985 prévues, soit 70,6 %. Les financements multilatéraux, qui représentaient 67,7 % de l’investissement prévu, n’ont été exécutés qu’à 4,1 %, avec 547 477 765 gourdes sur 13 419 514 255. Les financements bilatéraux de 1 255 279 275 gourdes n’ont enregistré aucune exécution.
La Cour estime que la faible mobilisation multilatérale a vraisemblablement limité les filets de protection sociale et l’appui aux communautés vulnérables. Le MAST présente le taux global d’exécution le plus faible des huit institutions.
Le document comporte toutefois un écart non expliqué dans les données du MAST. Dans la section consacrée à la pauvreté et à la protection sociale, il mentionne 5,7 milliards de gourdes de dépenses, un taux global de 26,0 % et une exécution de l’investissement de 18,4 %, pour une enveloppe de 22,1 milliards dont 18,5 milliards prévus en transferts sociaux. L’analyse institutionnelle retient ensuite environ 6,3 milliards, 28,4 % et 21,1 %. Le rapport ne précise pas l’origine de cette différence.
La Cour indique par ailleurs que les données ne permettent pas d’isoler les transferts sociaux effectivement décaissés. Le taux d’exécution de l’investissement ne peut donc être assimilé à celui des seuls transferts. Elle rappelle aussi que le MAST ne concentre pas toutes les dépenses sociales de l’État, d’autres institutions intervenant dans la santé, l’éducation et la sécurité alimentaire.
Le MSPP, régi par le décret du 17 novembre 2005, devait réviser ses lois organiques, améliorer le pilotage du système sanitaire, fournir des soins de qualité, particulièrement aux groupes vulnérables, mobiliser les ressources financières et mettre en œuvre le Paquet essentiel de services (PES) ainsi que la santé communautaire.
Ses objectifs incluaient le renforcement des soins médico-sanitaires, y compris dans les institutions privées, la politique nationale de pharmacie et de médicaments, la disponibilité de produits et technologies sûrs, la prise en charge sanitaire et humanitaire des déplacés, la réhabilitation des infrastructures affectées par le banditisme, la sécurité interne des établissements, l’assistance aux personnes handicapées ou à mobilité réduite, ainsi que les bases de données, l’alerte nationale et l’interconnexion des établissements.
Au 30 septembre 2025, le MSPP avait exécuté 13 269 286 785 gourdes sur 21 660 034 374 prévues, soit 61,3 %. Le fonctionnement atteint 11 628 578 652 gourdes sur 14 684 005 811, soit 79,2 %. L’investissement s’élève à 1 640 708 133 gourdes sur 6 976 028 563, soit 23,5 %.
Sur ressources nationales, seuls 93 251 364 gourdes ont été exécutés sur 1 110 015 000, soit 8,4 %. Les ressources multilatérales ont atteint 1 547 456 769 gourdes sur 4 666 013 563, soit 33,2 %. Le financement bilatéral prévu de 1 200 000 000 gourdes n’a enregistré aucune exécution.
La Cour relève une faiblesse touchant tous les canaux de financement de l’investissement sanitaire. Avec moins d’un quart des crédits exécutés, les moyens mobilisés pour les infrastructures, la sécurité des établissements et la prise en charge des déplacés sont restés en retrait des besoins identifiés. Faute d’indicateurs sur les soins effectivement fournis, elle ne peut toutefois mesurer précisément les conséquences sur la capacité opérationnelle du système.
Le MICT, régi par le décret du 17 mai 1990, poursuivait notamment la révision de ses lois organiques, la création d’un système d’information sur la cybercriminalité, le blanchiment, le terrorisme, les gangs, la traite et les trafics illicites, ainsi que l’amélioration des finances et de la gestion locales.
Il devait renforcer la coordination frontalière sur les douanes, l’immigration, les réfugiés et la contrebande ; appuyer le Secrétariat permanent de gestion des risques et des désastres (SPGRD) avec les pompiers, la police et les services sanitaires ; préparer un plan national de sécurisation des élections ; renforcer les dispositifs de sécurité, de renseignement et de contrôle territorial ; et mobiliser les collectivités pour la révision constitutionnelle et les élections.
Le ministère a exécuté 6 059 139 061 gourdes sur 9 122 310 348 prévues, soit 66,4 %. Le fonctionnement atteint 4 972 386 573 gourdes sur 5 194 266 086, soit 95,7 %, tandis que l’investissement s’établit à 1 086 752 488 gourdes sur 3 928 044 262, soit 27,7 %.
Les ressources nationales ont été exécutées à 76,4 %, avec 758 572 988 gourdes sur 992 541 896. Les financements multilatéraux, représentant 74,7 % de l’investissement prévu, n’ont atteint que 328 179 500 gourdes sur 2 935 502 366, soit 11,2 %. Aucun montant n’était prévu ni exécuté au titre du financement bilatéral.
La CSCCA estime que cette faible mobilisation multilatérale a vraisemblablement affecté les interventions qui en dépendaient, notamment la sécurité, le contrôle territorial, la gestion des risques et la préparation des élections. L’absence de données reliant les dépenses aux réalisations empêche cependant une mesure précise de leur efficacité.
Le ministère de la Défense, régi par le décret du 9 octobre 2015, avait pour objectifs de réviser ses lois organiques, protéger le territoire et la population, assister les civils en situation d’urgence, participer avec la PNH à la lutte contre les gangs, les trafics d’armes et de stupéfiants et la cybercriminalité, renforcer les frontières terrestres, maritimes, fluviales et aériennes, recruter des militaires pour les sites stratégiques, contribuer à la gestion des catastrophes et engager les Forces armées d’Haïti dans le nettoyage et la sécurisation de quartiers métropolitains.
Il a exécuté 6 086 514 743 gourdes sur 7 964 038 566 prévues, soit 76,4 %. Le fonctionnement atteint 3 309 661 758 gourdes sur 3 534 038 566, soit 93,7 %. L’investissement s’établit à 2 776 852 985 gourdes sur 4 430 000 000, soit 62,7 %, entièrement financé sur ressources nationales, sans composante bilatérale ou multilatérale.
Ce taux d’investissement dépasse ceux du MENFP, du MJSP et du MSPP. L’écart entre fonctionnement et investissement reste néanmoins de 31 points de pourcentage. La Cour ne dispose pas d’informations suffisantes sur les équipements acquis, les infrastructures renforcées ou les capacités opérationnelles améliorées pour déterminer la contribution des dépenses aux objectifs militaires.
Le MPCE, créé par le décret du 10 février 1989 et régi par celui du 6 janvier 2016, devait réviser ses lois organiques, coordonner les politiques de développement avec les partenaires techniques et financiers, promouvoir les pôles régionaux et locaux dans les dix départements, améliorer le suivi de l’aide et renforcer le Secrétariat technique de coordination de l’aide.
Il devait aussi conduire des actions d’aménagement territorial avec le MICT, recueillir les données sur les besoins urgents des secteurs affectés par la crise et proposer un plan de relance, restructurer la coopération externe avec le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), et suivre les décaissements des projets du PIP.
Le MPCE a exécuté 3 383 779 411 gourdes sur 4 386 260 064 prévues, soit 77,1 %. Le fonctionnement atteint 2 096 643 630 gourdes sur 2 291 231 464, soit 91,5 %. Les investissements, entièrement financés sur ressources nationales, s’élèvent à 1 287 135 781 gourdes sur 2 095 028 600, soit 61,4 %, sans financement bilatéral ou multilatéral.
La Cour rapproche cette exécution relativement favorable de la mission transversale du ministère : suivre les investissements de l’ensemble de l’État. Les difficultés persistantes de mise en œuvre, particulièrement pour les financements extérieurs, ne peuvent être imputées au seul MPCE. Les données disponibles ne permettent pas non plus de mesurer précisément ses résultats en matière de coordination de l’aide, de développement territorial et de planification.
Le MCI, régi par le décret du 13 mars 1987, poursuivait la révision de ses lois organiques, la protection des consommateurs par le contrôle de qualité, la promotion des filières commerciales, la formalisation des petites et moyennes entreprises et la vulgarisation des normes du commerce international.
Ses objectifs comprenaient également le soutien financier aux entrepreneurs, notamment dans le Sud, les subventions ciblées au transport, l’amélioration du climat des affaires pour attirer les investissements directs étrangers, les partenariats public-privé favorisant les jeunes et les femmes, un guichet unique et un portail pour les investisseurs, l’appui aux entreprises affectées par l’insécurité et un dispositif de contrôle interne renforçant la reddition des comptes et la lutte contre la corruption.
Le ministère a dépensé 3 686 528 643 gourdes pour une enveloppe de 2 185 747 186, soit un taux de 168,7 % et un dépassement d’environ 1,5 milliard. Le fonctionnement a atteint 1 436 584 080 gourdes sur 1 491 872 854 prévues, soit 96,3 %. L’investissement s’est élevé à 2 249 944 563 gourdes sur 693 874 332, soit 324,3 %.
Les investissements sur ressources nationales ont atteint 293 628 683 gourdes sur 309 000 000 prévues, soit 95,0 %. Les ressources multilatérales ont atteint 1 956 315 880 gourdes pour une prévision de 384 874 332, soit 508,3 %. Aucune composante bilatérale n’est renseignée.
Ce dépassement provient presque exclusivement des financements multilatéraux. La Cour indique ne pas disposer d’informations suffisantes pour identifier les projets bénéficiaires de ces ressources supplémentaires ni les résultats obtenus. « Le dépassement constaté ne peut, à lui seul, être interprété comme le signe d’une plus grande efficacité des dépenses du ministère », souligne-t-elle.
Au terme de l’analyse, la CSCCA relève ainsi des écarts entre les priorités annoncées, les crédits mobilisés et les résultats pouvant être établis. Les taux d’exécution documentent l’utilisation financière des enveloppes, mais l’absence fréquente de cibles quantitatives, d’indicateurs et de données sur les réalisations empêche de déterminer précisément dans quelle mesure ces dépenses ont atteint leurs objectifs économiques, sécuritaires et sociaux.

