PORT-AU-PRINCE, jeudi 14 août 2025 Selon une information exclusive de Reuters, Erik Prince, proche de Donald Trump et ancien fondateur de la société de sécurité privée Blackwater, envisage de déployer des effectifs en Haïti pour une durée de dix ans. Sous un accord conclu avec le gouvernement haïtien, sa société, Vectus Global, aurait pour mission d’éradiquer l’emprise des gangs, puis d’instaurer un système de taxation des biens importés depuis la République dominicaine, une source majeure de revenus pour l’État haïtien .
Prince affirme que Vectus pourrait sécuriser les axes routiers stratégiques — notamment entre Port-au‑Prince et Cap‑Haïtien — en l’espace d’un an, précisant : « Un indicateur clé de réussite sera de pouvoir circuler en véhicule léger sans être interrompu par les gangs » .
La société opère déjà depuis mars en Haïti, avec principalement des drones, en coordination avec une force pilotée par le premier ministre, mais ce projet de long terme (incluant la collecte fiscale) n’avait jamais été dévoilé jusqu’à présent .
D’après une source proche du dossier, Vectus envisage de renforcer ses opérations ces prochaines semaines en déployant « plusieurs centaines de combattants » venus des États-Unis, d’Europe et du Salvador, dotés de compétences spécialisées (snipers, renseignement, communication) et appuyés par des hélicoptères et des embarcations. Certains de ces agents parleraient français et créole .
La transition politique en cours en Haïti complique la situation : Laurent Saint-Cyr, nommé président du conseil de transition le 7 août, n’a pas répondu aux sollicitations, tout comme son prédécesseur .
Interrogé, un porte-parole du Département d’État américain a affirmé que le gouvernement des États-Unis n’était ni commanditaire ni superviseur de cette mission privée . Un haut responsable de la Maison-Blanche a également précisé qu’« aucun contrat ni financement de Vectus par Washington » n’était en cours .
Plusieurs voix critiques s’élèvent : Romain Le Cour Grandmaison, responsable du programme Haïti à la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (Genève), estime que le contrat de Prince paraît difficilement concevable sans un feu vert de l’administration Trump . Gedeon Jean, dirigeant du Centre haïtien d’analyse et de recherche en droits humains, met en garde contre le recours à des sociétés militaires privées, souvent accusées de violations des droits de l’homme, et souligne les risques de privilégier une force étrangère au détriment des forces nationales sous-équipées .
Enfin, une commission conjointe gouvernement–organisations multilatérales a récemment estimé qu’Haiti perdait la moitié de ses recettes fiscales à la frontière dominicaine en raison du contrôle exercé par les groupes armés sur les voies commerciales, ce qui affaiblit gravement la capacité de l’État à répondre à la crise humanitaire et sécuritaire .
Article original (en anglais) publié par Reuters
Auteurs : Anna Hirtenstein, Sarah Morland et Harold Isaac

