Affaire Magalie Habitant-“Comptes bancaires fantômes, transferts en USD et HTG” : une source détaille l’anatomie financière présumée de Magalie Habitant au profit de “Viv Ansanm”…

Magalie Habitant, ex-directrice

Une source judiciaire révèle des détails troublants sur l’enquête visant Magalie Habitant : huit comptes bancaires inactifs totalisant des centaines de milliers de gourdes et de dollars, un patrimoine de véhicules de luxe acquis en pleine fonction publique, et de graves soupçons de réseaux financiers parallèles occultes destinés à alimenter les activités criminelles de l’organisation terroriste “Viv Ansanm”….

PORT-AU-PRINCE, jeudi 14 août 2025 (RHINEWS)Sqelon une source judiciaire, l’enquête visant l’ancienne directrice du Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides, Magalie Habitant, pour financement du terrorisme, vol de véhicule, recel et trafic illicite d’armes et de munitions au profit du groupe criminel Viv Ansanm, révèle une situation financière d’une rare opacité : effondrement du nombre de comptes bancaires actifs, inactivité prolongée de ces comptes depuis 2020, flux quasi inexistants et contradictions flagrantes avec un train de vie marqué par des acquisitions de luxe.

Âgée de 46 ans, née le 19 mai 1979 à Port-au-Prince, Magalie Habitant possédait entre 2006 et 2016 dix-neuf comptes bancaires répartis entre ses comptes personnels et ceux de cinq entreprises enregistrées à Pétion-Ville – ADECO Gravel, Adonai Sabaoth S.A., Adonai Sabaoth Studio de Beauté, Adonai Sabaoth Gravel et Becos Plus – logés dans plusieurs institutions financières dont Unibank, Banque Nationale de Crédit (BNC), Sogebank, Banque Populaire Haïtienne (BPH) et Scotiabank. Ces comptes servaient alors de support à des flux importants, notamment dans les années 2014-2016, période où elle exerçait des fonctions publiques et où elle enregistrait des biens mobiliers de grande valeur.

La source confie à RHINEWS que l’enquête en cours met au jour une mécanique financière d’une rare opacité au regard des chefs d’inculpation de financement du terrorisme, vol de véhicule, recel et trafic illicite d’armes et de munitions au profit de la coalition terroriste Viv Ansanm. La source,

décrit une personne politiquement exposée (PPE) passée d’une intense activité bancaire entre 2006 et 2016 à une quasi-désaffection du système financier formel sur la période 2020-2025, alors même que l’intéressée, présentée comme entrepreneure, informaticienne et gestionnaire, a occupé des postes publics, notamment directrice au Service Métropolitain de Collecte des Résidus Solides (nouvelle SNGRS). L’enquête recense des adresses personnelles multiples – à Pèlerin 5, Pétion-Ville ; Thomassin 25, morne Saint-Patrick, Pétion-Ville ; Laboule 10, “Le Repos”, Thomassin 32 ; Laboule 10, “Le Repos”– ainsi que des coordonnées téléphoniques, etc, “tous éléments consignés au dossier”, insiste la source.

Sur le plan entrepreneurial, cinq entités liées sont visées : ADECO GRAVEL, ADONAI SABAOTH S.A, ADONAI SABAOTH STUDIO DE BEAUTÉ,

ADONAI SABAOTH GRAVELet BECOS PLUS. “Des réquisitions et demandes de renseignements ont été adressées à plusieurs institutions financières et opérateurs de paiement et de transfert”, précise la source, citant la Banque Nationale de Crédit (BNC), la Banque Populaire Haïtienne (BPH), la Banque de l’Union Haïtienne (BUH), la Sogebank, l’Unibank, la Capital Bank, ainsi que Capitale Carte, Sogecarte, Sogexpress, Cam Transfer, Capital Transfer et Uni Transfer.

Le contraste temporel est qualifié de “frappant” : dix-neuf comptes bancaires ont été associés à Magalie Habitant entre 2006 et 2016 (huit personnels et onze rattachés aux cinq sociétés citées), contre seulement huit comptes actifs sur la période 2020-2025, soit une baisse de 58 %. Parmi les comptes personnels, la source détaille d’abord, en gourdes haïtiennes (HTG), le compte d’épargne (C/E) no 0102-2015-007480288 ouvert à l’Unibank le 21 juin 2006 avec un dépôt initial de 10 000,00 HTG, affichant un solde de 306 017,97 HTG au 28 février 2025, sans mouvement actif depuis janvier 2020, en dehors des intérêts crédités ; à la BNC, le compte présentait 44 785,92 HTG au 26 mars 2024, et le compte d’épargne ouvert le 7 mars 2012, 30 089,35 HTG au 26 février 2025, “les deux ne supportant que des frais périodiques et des intérêts minimes, sans dépôts ni retraits significatifs depuis des années”. En dollars américains (USD), la source cite deux positions : le compte Unibank, de type épargne, ouvert le 5 mars 2010, avec un solde de 61,33 USD au 27 mars 2025 ; et le compte Unibank no 0116-1052-01711845, de type épargne , ouvert le 10 décembre 2012, “sur lequel l’instruction observe deux seules opérations sur la période récente, un dépôt de 400,00 USD le 1er juin 2021 suivi d’un retrait de 300,00 USD le 2 février 2022, le compte affichant 100,00 USD à cette même date”, relève la source, qui précise que Magalie Habitant y apparaît comme signataire et non titulaire principal. S’agissant des comptes rattachés aux sociétés, la BPH atteste d’un compte courant (C/C) au nom d’ADONAI SABAOTH S.A., avec un solde de 28 376,91 HTG au 30 avril 2020 ; et, au nom d’ADONAI SABAOTH SALON DE BEAUTÉ, d’un C/C à 117,34 USD au 30 juin 2021, et d’un C/C  à 5 153,47 HTG au 31 mai 2021. “Aucune autre opération significative n’est documentée sur la période 2020-2025, les rares lignes visibles se limitant à la capitalisation d’intérêts et aux frais de tenue”, insiste la source judiciaire.

Ce présent gel de fait des flux est mis en regard d’éléments patrimoniaux acquis ou enregistrés lors des années 2013 à 2016, période décrite comme “financièrement faste”. Le dossier d’instruction énumère les véhicules et identifiants correspondants : un Great Wall Wingle pick-up noir (GW28TC.2-1303452898, année 2013), plaque AA-83040, immatriculé le 11 décembre 2013 ; un Toyota 4 Runner blanc (IGR-B042347, année 2015), plaque AA-95816, immatriculé le 9 juin 2015 ; un Porsche Cayenne noir (CEYA001841 SA2H-, année 2016), plaque AA-98825, acquis le 20 août 2015 ; un Ford Ranger pick-up blanc (PES73748, année 2015), plaque BB-11782, immatriculé le 9 novembre 2015 ; un Land Rover Range Rover rouge (0945214306 DT, année 2015), plaque BB-20496, immatriculé le 15 décembre 2015 ; un Audi Q3 rouge (G16T-122020, année 2016), plaque BB-23507, immatriculé le 1er mars 2016 ; et un Mercedes GLC 250 bleu (27492030593 737, année 2016), plaque BB-28545, immatriculé le 25 mai 2016. “L’empilement de plaques AA-83040, AA-95816, AA-98825, BB-11782, BB-20496, BB-23507 et BB-28545, adossé à des identifiants techniques détaillés, entre en contradiction frontale avec l’atonie bancaire récente”, souligne la source, rappelant que ces immobilisations “supposent, au minimum, des capacités de paiement substantielles et traçables au moment des acquisitions”.

Interrogée sur les causes probables de la disparition des flux bancarisés, la source judiciaire avance trois hypothèses qui “peuvent se cumuler” : une désintermédiation volontaire pour soustraire les mouvements à la surveillance, l’usage d’intermédiaires et de prête-noms – personnes physiques ou structures – afin d’opérer sur des comptes tiers, et la dissimulation d’avoirs dans un contexte post-mandat public. “L’absence d’activité depuis 2020, la qualité de PPE, la persistance d’un niveau de vie élevé et les imputations pénales graves nous conduisent à explorer des circuits alternatifs, en HTG et en USD, potentiellement informels et transnationaux”, déclare la source, qui mentionne des vérifications en cours auprès d’opérateurs de cartes et de transferts (Capitale Carte, Sogecarte, Sogexpress, Cam Transfer, Capital Transfer, Uni Transfer) et des établissements bancaires (BNC, BPH, BUH, Sogebank, Unibank, Capital Bank). L’instruction prévoit, en outre, des diligences d’audit ciblées sur ADONAI SABAOTH S.A. et ADONAI SABAOTH STUDIO DE BEAUTÉ “pour confronter la comptabilité à d’éventuelles opérations dissimulées”, ainsi que “l’examen de flux en espèces, de compensations hors du Système de Paiement Interbancaire Haïtien, et de tout indice de comptes offshore ou de correspondants étrangers”.

Sur le lien opérationnel avec Viv Ansanm, la source indique que les investigations tendent à établir que “des apports non bancarisés, agrégés via des circuits parallèles de type hawala ou des transferts fragmentés, ont alimenté des cellules logistiques en charge d’achats d’armes à feu, de munitions et de véhicules, du financement de caches, de points de repli, de télécommunications chiffrées et de rétributions régulières de membres” ; elle ajoute que ces flux “échappent quasi totalement à la visibilité des comptes identifiés – 0102-2015-007480288 (306 017,97 HTG au 28/02/2025, inactif), 1510032649 (44 785,92 HTG au 26/03/2024, inactif), 2810009997 (30 089,35 HTG au 26/02/2025, inactif), 0276-2016-012145605 (61,33 USD au 27/03/2025) et 0116-1052-01711845 (400,00 USD déposés le 01/06/2021, 300,00 USD retirés le 02/02/2022, 100,00 USD à cette date) – ainsi que des positions sociétés à la BPH no 0560120629 (28 376,91 HTG au 30/04/2020), no 0561125441 (117,34 USD au 30/06/2021) et no 0560120633 (5 153,47 HTG au 31/05/2021)”. Et de conclure : “Tout indique une architecture financière clandestine associant espèces, comptes tiers et transferts non conventionnels ; le hiatus entre l’atonie bancaire 2020-2025 et les immobilisations identifiées – des plaques AA-83040 à BB-28545 – constitue un indice majeur de dissimulation d’avoirs et de financement illicite.”